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i8k HISTOIRE
tilité du pouvoir, impressionna vivement l'esprit des élèves. Ils comprirent que l'existence de la maison était menacée, et qu'il importait de ne pas fournir de nouvelles armes à la malveillance. Dans mainte occasion, on les vit régulariser spontanément leur conduite, se prêter avec docilité, même avec un semblant de zèle, à des démonstrations qu'on n'avait pas pu obtenir de leurs devanciers. Si cette circonspection se démentit un jour par le fait de quelques-uns d'entre eux, il faut l'attribuer à l'imprévu d'une situation qui eût entraîné de plus fortes tètes.
Le proviseur cboisi pour remplacer M. Taillefer à Louis-le-Grand avait été M. Malleval, auparavant professeur de quatrième au même collège. C'était un homme parcimonieux, rustique d'apparence, infirme, car il ne marchait qu'avec une béquille , mais juste, vigilant, intelligent. Il dut son élévation à une sévérité proverbiale, qui cependant ne lui aliéna jamais la jeunesse. Il fut à la tête du collège tel qu'il s'était montré dans sa classe. Pendant cinq ans il maintint le bon ordre; niais cette longue tranquillité fut attribuée par les royalistes ardents à ce qu'il transigeait avec les principes et qu'il laissait carte blanche au libéralisme. On l'amena à donner sa démission, sous prétexte de santé ; et, comme s'il eût mis l'établissement à deux doigts de sa perte, on nomma un commissaire extraordinaire pour y rétablir les mœurs. Ce réformateiu^ fut M. Berthot, recteur de l'Académie de Dijon, homme d'un extérieur imposant et d'une humeur inflexible.
L'arrivée de M. Berthot, inexplicable pour les internes de Louis-le-Grand, éveilla parmi eux un sin-
gulier soupçon. Ils s'imaginèrent que les Jésuites allaient rentier en possession *du colle'ge, et.(|ue le passage de M. Bertbot n'avait d'autre fin que de préparer les choses à la dévotion des Révérends Pères. II n'en fallut pas davantage pour replonger l'établissement dans le désordre. Le mécontentement se manifesta d'abord dans la chapelle, par le silence que gardèrent les élèves, au lieu d'accompagner le chœur, comme c'était alors l'usage. De là, la sédition passa dansles salles d'étude; des maîtres furent insultés, et les sévices qui suivirent, loin de ramener le calme, augmentèrent encore l'effervescence. Telle était la rudesse de la répression, qu'une bande de mutins, dont l'expulsion avait été prononcée, furent jetés, dit-on, dans la rue, sans qu'on eût prévenu les familles. Par contre, une démonstration d'un genre nouveau fut complotée entre les sujets qu'on pouvait regarder à juste titre comme l'éfite du collège. Le trait, comme on va voir, était particulièrement cruel, allant à l'adresse d'un homme bien pensant et qui avait la mission expresse de répandre le grain de la bonne doctrine. Les collèges royaux, comme aujourd'hui les lycées, donnaient, le jour de la Saint-Charlemagne, un banquet aux élèves internes et externes qui avaient obtenu les premières places dans les compositions des quatre premiers mois. A la fête de 1 824, comme les invités entraient dans le réfectoire de Louis-le- Grand, un mot d'ordre lancé par les lycéens parcourut les rangs : « Faites passer qu'on ne répondra pas au toast du proviseur. » Les barbistes, de même que les élèves des autres institutions, recueillirent cet avis, et le transmirent à ceux qui marchaient derrière eux.
Au dessert le proviseur se lève, et de sa voix la plus forte propose le toast accoutumé : « Au roi ! » Silence des élèves; seuls, les professeurs présents répondent, et encore sans ensemble ; et ces quelques voix rendent l'effet préparé encore plus saisissant. Elles sont accueillies par des rires.
Le puits de l'abîme se serait ouvert devant M. Berthot, qu'on n'aurait pas vu un homme plus attéré. Puis la colère succéda à la stupeur. Il sortit de la salle hors de lui, et, sans attendre qu'il se fût remis de son émotion, il courut solliciter un arrêté par lequel tous les élèves présents au banquet furent chassés de Louis-le- Grand. C'était décapiter le collège. On s'en aperçut à la fin de l'année. Cet établissement, qui était toujours le premier par ses succès au grand concours, n'eut que deux prix à la distribution de 1824. Ce fut M. Maugras qui proclama le lendemain les prix à la distribution particulière du Collège royal. En annonçant ce triste résultat, il ne put pas retenir sa langue. « L'année a perdu son printemps, » dit-il d'un ton qui fit comprendre à tout le monde qu'il n'approuvait pas la rigueur déployée par M. Berlhot. Le vieux professeur paya cette parole imprudente. On l'obligea, l'année suivante, de donner sa démission, en le consolant par la promesse qu'il entrerait bientôt à la Sorbonne. Effectivement M. Millon, qui professait l'histoire de la philosophie à la Faculté, reçut l'ordre de prendre Maugras pour suppléant; mais M. Millon, dont cette contrainte violait le droit , profita du premier changement de ministère pour évincer Maugras, de sorte que celui-ci resta finalement immolé.
Ceux des barbistes qui furent frappés par la loi
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d'expulsion allèrent terminer leur année à Henri TV. Leur talent profita au Collège royal qui leur avait donné asile. Quant à la direction de Louis-le-Grand, il ne lui suffit pas, pour se laver devant le Conseil royal, d'avoir tranché si impitoyablement dans le vif; elle imputa très-injustement aux externes l'idée du complot auquel ils n'avaient fait que s'associer. Il y eut à cette occasion contre Sainte-Barbe une recrudescence de plaintes et de dénonciations, qui fut cause que, pour empêcher cette dangereuse école d'infecter de son souffle l'innocente jeunesse du Collège royal, les classes de Louis-le-Grand , dédoublées d'abord en vue d'une surveillance plus active, reçurent bientôt à part les internes et les externes. Cette séparation fut maintenue jusqu'en 1829.
Après le récit des jours néfastes, il est de toute justice d'ajouter que leur retour si fréquent, loin de nuire au travail, opéra au contraire sur les écoliers à la façon d'un stimulant, de même que ces accès des maladies chroniques, dans l'intervalle desquels on se sent plus d'énergie que si l'on s'était toujours bien porté. C'est là encore un trait caractéristique du temps, un fait qui s'étendit à tous les établissements d'instruction publique. La même ardeur qui, mal employée par moments, enfanta les tempêtes, se laissa tourner le reste du temps en une émulation salutaire, de telle sorte que le niveau des études, fort affaiblies à la fin de l'Empire, se releva partout sous le règne de Louis XVIIL
A Sainte- Barbe, aussi bien que dans les Collèges royaux, le mérite de cette régénération revient pour une bonne part à la jeunesse du corps enseignant, dé-
sireuse de faire ses preuves, lorsqu'on était sans cesse à lui opposer l'ancien régime et les inslitiileurs de robe longue. Une mention est due à ceux de ces jeunes gens, devenus depuis des hommes de mérite, qui trouvèrent dans notre collège le premier emploi de leur talent. Ce sont des contemporains, sur lesquels nous n'aurons pas à nous étendre beaucoup.
31. Jules Pierrot, formé à l'ÉCole normale, humaniste d'un goût consommé, l'un des meilleurs professeurs de rhétorique de ce siècle-ci, fit, à plusieurs reprises, des conférences à nos rhétoriciens jusqu'en 1830. Il avait déjà passé par cet emploi lorsqu'il perdit la chaire de rhétorique du collège Bourbon, pour avoir, dans le discours latin prononcé à la distribution du grand concours de 1819, représenté Mirabeau comme le plus éloquent de nos orateurs politiques, A la nouvelle de sa disgrâce, M. de Lanneau lui écrivit que, puisque l'Université lui fermait sa porte, Sainte- Barbe lui ouvrait la sienne; qu'il y revînt, et qu'il y trouverait encore la place qu'il avait précédemment occupée. M. Pierrot accepta cette offre, et en conserva toute sa vie une inaltérable reconnaissance. On en verra une preuve plus loin, par ses bons procédés envers notre collège, lorsqu'il fut devenu proviseur de Louis-le-Grand.
M. Desmichels, autre élève de l'ancienne École normale, naguère recteur des académies d'Aix et de Rouen, qui a contribué par son enseignement et par ses livres au réveil des études historiques, entia à Sainte-Barbe comme professeur de seconde, à la fin de 1816.
M. Desforges, homme déjà mûr, mais jeune par le
talent et par les idées, captiva pendant sept ans consécutifs nos humanistes des classes intérieures. Il fit, de 1817 à 1823, d'abord la troisième, et ensuite la seconde. Ce fut son beau temps. Des infirmités précoces éteignirent ce brillant professeur , qui termina sa carrière universitaire dans l'une des chaires de rhétorique de Louis-le-Grand.
M. Alexis de Jussieu, qui fut tour à tour préfet de l'Ain, de la Mayenne, de la Vendée et de la Vienne, servit Sainte-Barbe, avant de s'enrôler dans la politique. C'était un aimable esprit, sympathique à la jeunesse, sur laquelle il exerçait par sa parole une sorte de fascination. D'excellents résultais furent produits par un cours de littérature qu'il professa, en 1 823 et années suivantes, devant toutes les classes d'humanités réunies.
Goubaux, instituteur recommandable au premier chef sous son nom de Goubaux , dramaturge constamment applaudi sous le pseudonyme d'Aithur Dinaux, enseigna le grec à Sainte-Barbe pendant cinq ans. C'était dans le temps que l'étude du grec était encore facultative pour les élèves instruits dans l'intérieur de la maison, état de choses qui cessa en 1821 seulement, par suite de l'ordonnance qui mit l'examen du baccalauréat sur le pied où il est encore aujourd hui.
Tout en faisant ses leçons à nos barbistes, Goubaux eut l'idée de fonder un pensionnat, dont il était loin de prévoir alors la prospérité future. L'entreprise, au commencement, ne lui rapporta que des tribulations. 11 aurait succombé, sans l'assistance paternelle de M. de Lanneau qui, après l'avoir aidé de ses propres moyens , lui fit obtenir du généreux Jac-
ques LafTitte une avance de fonds. Goubaux a publié ce trait de bienfaisance dans un livre qu'il fit paraître en 1822', et en l'honneur du directeur de Sainte-Barbe, il donna à son établissement, relevé au moyen du secours qu'il avait obtenu, le nom à' Institut Saint-Victor . De la rue d'Enfer, où elle était placée d'abord, cette maison fut transportée en 1 825 dans la circonscription du collège Bourbon. Peu à peu son chef y organisa l'enseignement dit professionnel^ auquel elle a fini par être entièrement consacrée. La ville de Paris en fit l'acquisition en 1845, et lui donna le nom de Collège François Y" . C'est aujourd'hui le collège Chaptal.
Feu Philippe Le Bas , helléniste de l'école de Boissonade, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres , débuta dans l'enseignement par des leçons de grec élémentaire, à l'usage des élèves qui devaient suivre plus tard le cours de Goubaux. Il quitta Sainte-Barbe aux vacances de 1 820, parce qu'il fut appelé à Augsbourg par la reine Ilortense, pour diriger l'instruction du prince qui est aujourd'hui l'Empereur des Français.
M. Huguet, mort des suites d'une chute en 1853, étant professeur de troisième à Saint- Louis, homme de beaucoup d'esprit et d'un talent supérieur pour l'enseignement , accomplit à Sainte - Barbe la plus grande partie de sa carrière. Il y entra en 1 8 1 7 comme professeur de cinquième; depuis il fut maître de conférences pour toutes les classes d'humanités.
MM. Cuvillier-Fleury, Boitard, Louis Hachette exer-
1 . Esquisses des mœurs françaises à différentes époques. In-S" Paris, Arthus Bertrand, 1822.
cèrent simultanément l'emploi à' examinateur , qui consistait à lire, pour le contrôle du travail quotidien, les devoirs des élèves suivant les classes du Collège royal. Il sera parlé de M. Cuvillier-Fleury dans la suite de cette histoire. Boitard est l'auteur des Leçons de procédure civile, le savant regrettable dont la mort précoce fut une si grande perte pour l'enseignement du droit. M. Hachette, naufragé de l'École normale qui sombra en 1822, s'est fait un nom européen par le commerce de la librairie.
Le dernier ministre de la Justice, aujourd'hui premier vice-président du Sénat, M. Delangle, exerça à la fois les deux emplois de professeur de septième et d'inspecteur du Petit-collège en \ 817. Philippe Dupin, qui était son compatriote et son camarade d'enfance, l'exhorta à tourner ses vues du côté du barreau. Ainsi lui fut ouvert l'accès aux dignités dont il a atteint le faîte.
M. Frédéric Dufour, fondateur du Courrier de V Ain, membre depuis de longues années du Conseil général de son département; M. Jubé, élève de la maison, chef d'une institution justement recommandée ; M. Lamotte, décédé inspecteur de l'enseignement primaire, à l'organisation duquel il travailla avec zèle et intelligence; M. Cirodde, qui eut le renom, en son vivant, d'un admirable professeur de mathématiques-, M. Raspail, dont la vocation première fut l'enseignement, remplirent à Sainte-Barbe, entre 1816 et 1821, les fonctions de maîtres d'étude. Le dernier était nouvellement sorti du séminaire d'Avignon, où il avait déjà régenté en scolastique et en théologie. Il a laissé dans la mémoire de ses élèves le souvenir d'un maître re-
douté. Quant à M. Cirodde, on l'a revu plus tard à Sainte-Barbe; il fut F un des professeurs qui contribuèrent aux premiers succès de l'École préparatoire.