‹ Histoire de Saint-BarbeChapitre 83 sur 110 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Révolution de 1848. — Réfugiés des Tuileries à Sainte-Barbe. — École d'administration. — Journées de juin. — L'insurgé Raguinard. — La garnison du Panthéon alimentée par le Collège. — Le général Cavai-' gnac, président du pouvoir exécutif, à la distribution des prix.— L'année des trois prix d'honneur. — Décorations conférées au Directeur. — Choléra de 1849. — Affaire des fusils. — Coup d'État du 4 décembre 18S1.

Dans la nuit du 23 au 24 février 1848, de l'infanterie et de la cavalerie prirent position sur la place du Panthéon, à prroximité de Sainte-Barbe. La journée du lendemain vit ces troupes se fondre et disparaître, sans laisser plus de vestiges que les autres corps qu'on avait disséminés dans Paris. La République fut proclamée, mais le gouvernement de M. Labrouste resta le même. Le seul changement de quelque importance, survenu dans la zone oii ce fortuné monarque exerçait son autorité, fut que le collège Louis-le-Grand perdit encore une fois son nom, pour prendre celui de lycée Descartes.

Là même oii une révolution se fait le moins sentir, elle ne passe pas inaperçue. Celle de février a eu à Sain te- Barbe ses épisodes, qu'il ne faut pas omettre de raconter.

Au milieu de la confusion du premier moment, lorsque les uns couraient se cacher, que les autres se cherchaient sans parvenir à se joindre; une dame vint avec son enfant demander asile à Sainte-Barbe. C'était la femme de l'honorable M. Régnier, le précepteur du comte de Paris, sorti des Tuileries en compagnie du prince et de sa mère, et qui n'était plus revenu. Mme Régnier, dévorée d'inquiétude^ sans nouvelles de son mari, sans protection aucune dans le château envahi, prit son plus jeune fils par la main, et s'échappa ne sachant point où elle allait. Son instinct maternel l'amena à notre Collège, où elle avait un autre fils en pension. Elle y resta plusieurs jours. Dans sa précipitation à fuir, elle n'avait rien emporté avec elle. Le barbiste Guinard se trouva très à propos investi de la garde des Tuileries : il fit lever courtoisement les scellés de l'appartement de Mme Régnier, afin qu'elle put s'approvisionner de ce dont elle avait besoin.

On peut avoir oublié aujourd'hui, mais on se rappellera quelque jour l'école que MM. Carnot et Jean Reynaud essayèrent d'instituer, pour fournir à l'administration des fonctionnaires préparés comme il convient. L'établissement se ressentit par trop de la pénurie du moment et de la parcimonie toute républicaine de ses créateurs. Il fut la pauvreté même. Le ministre, désirant que les élèves fussent surveillés dans leur conduite et dirigés dans leur travail sans qu'il en coûtât rien à l'Etat, avait émis le vœu qu'ils fussent placés dans les institutions et pensions de Paris. Il demanda même si Sainte-Barbe ne consentirait point à ajoutera ses autres divisions un internat de ce genre. Le Directeur, d'accord avec le Conseil de la maison,

accepta d'eo faire l'essai. Des sujets furent recrutés, et l'on décida que des classes préparatoires seraient formées en faveur des aspirants à la même carrière. Le journal officiel proposa à l'imitation des autres établissements le bon exemple donné par notre Collège*. Ce fut l'occasion pour MM. Alfred Blanche et Boulatignier, professeurs de la nouvelle école déjà nommés par le gouvernement, de commencer leur cours à Sainte-Barbe, en attendant qu'on eût remis en état des salles qui leur avaient été destinées dans ce vieux, sombre et maussade Plessis.

Sainte-Barbe vint encore en aide au gouvernement provisoire pour une autre conception qui se fit jour dans le même temps. Il s'agissait d'ouvrir un concours solennel entre toutes les écoles primaires de Paris; les élèves les plus distingués auraient obtenu l'avantage de faire gratuitement leurs études classiques. Sur la proposition de M. Labrouste, qui avait eu voix consultative dans la discussion du projet , le Conseil d'administration du Collège offrit de fournir quelquesunes des récompenses promises. 11 mit à la disposition du gouvernement quatre bourses entières, pourvu que les sujets présentés fissent preuve d'une aptitude suffisante, et que le Directeur eût sur eux, comme sur ses autres élèves, pleine et entière autorité ^ Le ministre accepta, trouvant la condition juste; mais l'affaire n'ayant pas pu avoir d'effet sur le moment, ne fut pas reprise après la retraite de M. Carnot, bien que notre Collège ait réitéré son offre en 1849.

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