Ci-dessus, p
alors à M. Gondinet, un ancien professeur de la maison, qui ne resta ([ue jusqu'à la rentrée de 1838. Le successeur de M. Gondinet fut M. Passes. Ce dernier avait été désigné par MM. Sturm et Liouville comme un homme d'un mérite tout à fait supérieur. Malheureusement il était d'une santé déplorable. Il mourut au Collège (31 mai 1841), en exprimant le vœu que sa place fût donnée à M, Blanchet, son camarade à l'École polytechnique, qu'il avait fait venir pour le sup-. pléer pendant sa dernière maladie.
M. Blanchet, dont il est question ici, ne doit pas être confondu avec le défunt éditeur des œuvres de La Place, inspecteur-général de l'Université dans l'ordre des sciences, que Sainte-Barbe acompte aussi au nombre de ses professeurs. Ce dernier était M. Henri Blanchet; l'autre est M. Alphonse Blanchet.
Formé tour à tour au collège d'Amiens et à l'École polytechnique, M. Alphonse Blanchet annonçait une vocation décidée pour l'enseignement. Toutefois, avant de l'attacher définitivement à Sainte-Barbe, on voulut l'éprouver. Pendant près d'un an, il s'acquitta de la direction des études, seulement à titre provisoire et d'abord avec le concours de M. Abel Pages, officier d'at tillerie, frère du défunt Directeur. On traita avec lui le 15 avril 1842, lorsqu'on eut acquis l'assurance qu'on ne pouvait pas mieux rencontrer.
11 était difficile en effet de faire un meilleur choix. M. Blanchet est dans son département ce que M. Guérard est dans le sien. C'est sous lui et par lui que l'Ecole préparatoire s'est placée à la tête des maisons du même genre; la bonne discipline et les fortes études qui font cette supériorité, on les lui doit; il
les a constituées, il les maintient sur le pied où elles sont.
Ses commencements furent laborieux. Il arriva dans un moment où l'extrême accroissement du nombre des élèves rendait l'exercice de l'autorité d'autant plus difficile, que celle-ci n'avait point encore ses traditions. L'établissement en était seulement à la sixième année de son existence; et parmi les jeunes gens qui le peuplaient, alors comme aujourd'hui, ceux qui avaient reçu leur éducation première dans la division classique de Sainte-Barbe formaient une imperceptible minorité. La plupart étaient d'origine étrangère, et avant de les recevoir dans la maison, on ne les avait pas soumis à autant d'informations que depuis on a jugé nécessaire d'en prendre à leur égard. C'étaient de grands garçons , presque des hommes, ayant lâté de plusieurs genres de discipline ou n'en ayant jamais connu aucune, à qui généralement la perspective de l'état militaire donnait l'envie de s'émanciper, et que les jours de congé réunissaient au dehors à des étudiants affranchis de toute contrainte. Il n'était pas commode de mettre au pas cette multitude hétérogène. A deux reprises elle se souleva; à deux reprises, le 20 mars 1844 et le 21 janvier 1847, l'insurrection ayant été complotée pour la nuit, les bâtiments de Reims furent dévastés au milieu des ténèbres, avec un tumulte et des clameurs dignes de telles œuvres de vandales. Chaque fois, les patrouilles de nuit, étonnées du vacarme qui se faisait, prévinrent la police, qui accourut avec des détachements de garde municipale.
En 1 844, le désordre n'eut pas de cause connue, si-
non qu'il avait été suggéré dans des conventicules tenus au dehors, et dont d'autres écoles préparatoires ressentirent également l'effet. C'était une épidémie parmi les étudiants en mathématiques. A Sainte-Barbe, aucune démonstration n'eut lieu contre les maîtres. Tout se passa en saccagement. Lorsque la force armée arriva, les révoltés se barricadèrent. Le père de l'un d'eux, qui se trouvait être le chef du détachement, sut avec autant de prudence que d'énergie forcer en peu de temps toutes les positions. Un certain nombre, plutôt que de s'avouer vaincus, s'enfuirent de la maison à la faveur de l'obscurité.
La révolte de 1847 eut son programme, qui était la revendication de plusieurs libertés : liberté de fumer, liberté de porter à l'intérieur d'affreux et malpropres sarraux de toile jaune, dont l'usage s'était introduit dans la plupart des écoles préparatoires sous prétexte de ne pas salir ses habits avec la craie, liberté enfin de se défaire d'un professeur qui déplaisait;
Le commissaire de police et la garde vinrent à temps prêter leur appui à la Direction, qui allait d'un dortoir à l'autre sans arriver à se faire ouvrir les portes. On les enfonça. Les mutins furent réduits, et dûment informés qu'ils ne fumeraient pas, qu'ils déposeraient les sarraux , que le professeur désigné, homme de talent, qui faisait très-bien son devoir, serait maintenu. Comme ils promirent de passer le reste de la niiil tranquilles, sous la surveillance de MM. Labrouste et Blanchet, la troupe se retira. De l'autre côté de la rue, dans la division des études classiques, il fallut retenir les élèves, qui, réveillés par le bruit, voulaient venir au secours de leur Directeur bien-aimé.
L'issue des deux révoltes fut la même. L'Ecole fut dissoute, urr grand nombre d'exclusions prononcées après enquête, et dans les classes promptement réorganisées on n'admit de nouveau que les jeunes gens qui donnèrent l'engagement écrit de se soumettre àla discipline du Collège.
C'est à ce prix que les bons principes d'ordre, de régularité, de soumission prirent racine sur le sol de la Sainte-Barbe scientifique. Ils ont fructifié depuis. Les élèves ont francliement adopté l'esprit de la maison. Le règlement, sans cesse perfectionné sous le rapport de l'emploi du temps, ne laisse plus de place même à la pensée de mal faire. Toutes les classes s'empressent et frémissent, comme autant d'essaims, autour de la lâche qui leur est assignée, qu'il faut que chaque élève accomplisse en vue de la carrière où son âge le presse d'arriver. Un pouvoir sans bornes est acquis au Directeur des études sur les jeunes gens qui savent que toute son application est de préparer, d'assurer leur succès.
L'enseignement répond de la manière la plus rigoureuse à son objet. 11 est préparatoire; il n'a point de préférence à lui, point de système. Il suit pas à pas les programmes proposés pour l'admission aux grandes Écoles du gouvernement. Rien n'a été retranché de ces programmes, rien n'y a été ajouté. Les élèves se prirent un jour de passion pour la musique ; ils demandèrent à former entre eux une société chorale. Des études, des exercices de chant leur étaient nécessaires. On les leur accorda, à condition qu'ils en prendraient le temps sur leurs heures de récréation.
Les classes n'ont pas été scindées comme dans la
division des études classiques, parce qu'elles sont formées chacune de sujets visant tous au même but, de qui l'on n'exige pas qu'ils se surpassent les uns les autres, mais que l'on force à se maintenir pendant toute l'année avec la chance de réussir à l'épreuve finale. On n'est pas admis dans la classe qu'on serait incapable de suivre; on est retiré de celle où on aurait lâché pied. De cette façon, tous marchent ensemble, sinon du même pas, du moins sans se nuire.
Le mode d'enseignement a pour caractère particulier un contrôle incessant, qui s'exerce au moyen d'interrogations appelées colles dans le langage des écoliers, de sorte que les professeurs à qui est confié le soin de ces interrogations sont les colleurs.
On se rappelle les récapitulations prescrites dans l'ancienne Université pour empêcher que l'instruction d'une semaine, d'un mois ne chassât de la mémoire des enfants l'instruction qu'ils avaient reçue la semaine ou le mois d'avant. La nouvelle Université a eu tort de ne point rétablir cette précaution salutaire; mais les fréquentes intei rogations, introduites dès l'origine à l'École polytechnique, ont passé de là dans l'enseignement piéparatoire. C'est l'origine des examens dont nous venons de parler. M. Blanchet en a porté le système au dernier terme de la perfection. V oici comment les choses se passent dans ces épreuves à huis-clos :
Deux élèves à la fois, pas davantage, sont mis en présence d'un examinateur. C'est le Directeur des éludes lui-même qui a désigné ces élèves; il les choisit et les accouple à son gré , de même qu'il choisit entre une quinzaine de personnes l'examinateur du
jour pour tel nombre de couples à examiner, de même qu'il choisit encore le jour où il lui semble bon que l'épreuve ait lieu. Pas d'ordre régulier, pas de tour de rôle, rien de ce qui pourrait faire que les jeunes gens fussent mieux préparés à un moment qu à un autre, ni plus exercés sur un point au détriment du reste. Les questions sont consignées sur un cahier, la valeur des réponses traduite en chilfres, et ces chiifres, additionnés tous les trois mois, donnent lieu à un classement général par moyennes, classement dont le tableau est affiché pour l'instruction des élèves et des familles. Il est impossible d'iujaginer une appréciation du travail plus équitable, plus sûre, plus mathématique. Ceux qu'elle concerne l'acceptent comme la certitude même, et ils règlent leurs efforts en conséquence.
On conçoit combien d'assurance les élèves contractent à de tels exercices , combien ils s'y aguerrissent pour leurs futurs examens, en se familiarisant avec les diverses foruies que peuvent prendre les interrogations, selon les divers' professeurs. Ce n'est pas tout : on les habitue encore a travailler ensemble, à s'interroger entre eux, par une sorte d'enseignement mutuel, aussi profitable à celui qui sait qu'à celui qui ne sait pas.
Les résultats obtenus par M. Blanchet ont fait pendant plusieurs années l'étonnement du public. Sans s'informer de ce qu'était sa méthode, on en parlait comme d'une chose où il y avait de l'extraordinaire, voire même du surnaturel. On l'appelait culture en serre chaude^ système d'entraînement^ etc. : pures erreurs qu'un ministre s'est chargé dedissiper. M. Fortoul ayant envoyé faire une élude du régimede Sainte-
Barbe afin d'organiser mieux qu'il ne l'était renseignement scientifique de ses lycées, les règlements de l'Ecole piéparatoire, libéralement communiqués, sont devenus du domaine public. On a reconnu qu'ils ne poussent pas à l'abus des forces de la jeunesse, qu'ils n'impliquent l'emploi d'aucun artifice, que pour tout mystère, ils tiennent les esprits sans cesse en éveil et en marche vers le but qu'il s'agit d'atteindre.
Les écoles spéciales, auxquelles on prépare, sont au nombre de sept : Écoles Polytechnique, Normale supérieure (section des Sciences), des Mines (section des élèves libres), de la Marine, Centrale des arts et manufactures , Forestière , 3Iilitaire de Saint-Cyr. Les mathématiques étant la partie fondamentale de l'instruction exigée par tous les programmes , c'est à cette science que le plus grand nombre de chaiies est consacré. Il n'y a pas moins de huit cours distincts de mathématiques élémentaires : trois pour trois années de préparation à l'École de marine; deux pour les aspirants à l'École Centrale ; deux pour ceux' de Saint- Cyr, et un que suivent à la fois les candidats à l'École Forestière et tous les élèves qui passeront l'année suivante en spéciales. Les cours de mathématiques spéciales sont au nombre de deux, sans compter celui du lycée, qui est suivi par une vingtaine d'élèves.
En 1850, on s'affranchit tout à fait de la fréquentation du lycée, qui avait cessé d'être obligatoire en vertu de la nouvelle loi sur l'enseignement. La chance de remporter le prix d'honneur des sciences au grand concours, que le lycée offrait aux élèves, n'était pas à mettre en balance, dans leur calcul, avec la chance de réussir aux examens telle que la leur offrait l'ensei-
gnement de la maison. L'École préparatoire n'eut donc plus de relations au dehors. Mais, peu après, lorsque M. Fortoul fit sa réorganisation de l'enseignement scientifique dans les lycées, non content d'etnprunter le système d'études de Sainte- Barbe, il manifesta le désir que Sainte-Barbe envoyât de nouveau de ses malliémaiiciens à Louis-le-Grand; et quoique cette demande an ivât accompagnée d'un décret qui élevait à 250 francs le prix des frais d'études, néanmoins, afin de conserver à Sainte-Barbe le titre à^ auxiliaire dé- K>ouée de l'enseignement de lEtat, qu'elle avait reçu du ministre lui-même, on recomposa pour la classe de spéciales de Louis-le-Grand un peloton <l'élèves barbistes. Ce cours a aujourd'hui de la réputation. La direction du Collège désigne ceux qui doivent le suivre.
Conjointement avec les cours de mathématiques marchent ceux de mécanique, de physique et de chimie. Il y a en outre des conférences, soit sur la totalité des cours, soit sur certaines parties des études auxquelles les programmes ne donnent que peu de place. Enfin l'École possède un cours particulier qui prépare sur toutes les matières du baccalauréat èssciences les élèves à qui le diplôme est nécessaire, et qui ne l'ont pas encore.
Pour mener de front les conférences, les cours, les interrogations, il faut un personnel très-nombreux. C'est avec l'élite du corps enseignant que Sainte-Barbe a toujours rempli ses cadres. Elle a vu, dès le principe, s'associer à son œuvre des membres de l'Institut, les professeurs les plus renommés de la Faculté des sciences, de l'Ecole polytechnique, des lycées; et
lorsqu'un décret l'eut privée, en 1852, du concours de ces derniers', par la promptitude avec laquelle elle put combler ces vides regrettables, elle prouva qu'elle avait tous les hommes de talent pour alliés.
M. Blancbet participe de sa personne à renseignement. Il seconde le travail individuel des élèves, et de plus il professe la géométrie, sa science de prédilection. 11 y a fait ses preuves aux yeux des connaisseurs par un remaniement du traité de Legendre, d'où est sorti un livre tout nouveau, un livre qui, depuis des années, est classique en France, eu Suisse et en Allemagne*. Depuis quelque temps M. Blancbet partage les soins de son enseignement avec M. Aimé Godart, son ancien élève, sur qui nous aurons bientôt à revenir.
Un mathématicien, dont l'étonnante précocité restera l'un des faits notables de l'histoire des sciences à notre époque, M. Joseph Bertrand, a enseigné à Sainte- Barbe dès l'âge de vingt ans, étant déjà professeur suppléant à la Faculté. L'École préparatoire l'avait eu d'abord pour élève, élève qui^ au dire de ses maîtres, aurait été capable le plus souvent de professer la leçon qu'il recevait. Il fut admis le premier a l'École polytechnique en 1839. 11 y serait entré plus tôt, s'il avait pu obtenir une dispense iVà^e : les règlements furent inflexibles. Alors il employa ce qu'il avait de temps
i. Article 13 du décret du 16 avril 1852.
2. Éléments de Géométrie, par A. -M. Lpgendre, avec additions et modiOcations par AI. A. Blanchet, ancien élève de l'Ecole polytechnique, directeur des études mathématiques de Sainte- Barbe. In-8° (ligures dans le texte), Paris, Didot.
devant lui à se faire recevoir docteur ès-sciences, et, avant seize ans accomplis, il remporta cette palme, qui n'était jamais échue à un si jeune homme. L'association 'des barbistes lui témoigna son admiiation en lui déférant, cette année même, la présidence du banquet du 4 décembre.
La promotion de l'École polytechnique à laquelle appartient M. Bertrand est la première qui ait mis en renom l'enseignement scientifique de Sainte-Barbe. L'École préparatoire eut non-seulement le premier élève admis, mais encore le second (M. Camille Jacquot, un jeune homme accompli, qui mourut à vingtquatre ans), et, avec les deux premiers, six autres, placés dans de très-bons rangs, c'est-à-dire huit candidats reçus, sur onze qui avaient été présentés. Le nombre a grossi par la suite en proportion de celui des élèves. Le plus beau succès en ce genre est celui de l'année 1854 : quarante-quatre barbistes figuraient sur la liste d'admission. C'est l'usage que les conscrits de chatjue année, le jour qu'ils étrennent leur uniforme, viennent en corps rendre une visite de remercîment au Directeur du collège. Ils sont introduits par M. Blanchet. A la présentation de 1854, M. Labrouste ne put s'empêcher de dire : «Mes enfants, je ne suis point orgueilleux, mais je suis tenté vraiment de le devenir, quand je songe que je suis le seul en France à qui il soit donné de recevoir une pareille visite, n
Les autres écoles du Gouvernement, celles surtout dont les portes sont le plus étroites , ont eu de temps en temps à subir de semblables invasions. C'est ainsi que l'institut scientifique de Sainte-Barbe se plaît à
rompre la monotonie des nombres qui représentent le produit de ses années communes.
Il y eut un temps que la partie du collège de Reims dont avaient disposé MM. de Lanneau fut trouvée spacieuse pour le nombre d'étudiants qu'on avait à v mettre. Tout d'un coup, on se sentit à l'étroit; il fallut s'étendre à la fois au nord et au levant, sur les propriétés contiguès. Aujourd'hui l'établissement occupe la presque totalité des anciens collèges de Reims et de Coqueret; mais son installation n'est pas définitive. Maîtresse de tout le terrain de Reims, et rentrée en possession des maisons qui constituaient la dotation Dugast, dans les rues du Four et d'Ecosse, Sainte- Barbe médite des travaux qui lui procureront l'espace dont elle a besoin pour tous ses services, en même temps qu'ils contribueront à l'assainissement et à l'einbellissement du quartier.
Le lecteur connaît à présent les deux grandes provinces de l'empire barbiste. 11 possède le secret de leur prospérité; il sait qu'elles sont devenues ce qu'on les voit être par le talent des hommes qui les dirigent. Il faut qu'il sache qu'elles ont subsisté par la bonne administration. Cette partie est celle où s'est fait sentir particulièrement l'action du Conseil représentant la Société du collège.
Le Conseil, à travers mille difficultés que lui suscitait un capital social insuffisant, a comblé l'ancien déficit, acquitté les dettes de la reconnaissance, acheté des immeubles importants, exécuté des constructions immenses, et augmenté la bonne réputation de l'entreprise, à mesure qu'il a fait prendre à celle-ci une plus grande extension. Ses moyens pour accomplir
tant de belles opérations ont été son dévouement à l'œuvre commune, l'expérience, on peut dire le talent et la science en affaires de la plupart de ses membres, enfin et surtout la régularité, l'ordre rigoureux qu'il a introduits en tout ce qui regarde le matériel et les finances de la maison. Une comptabilité bien tenue lui a fourni ses principales ressources. C'est M. Agathon Prévost, agent général de la Caisse d'épargne, aujourd'bui président du Conseil, qui a organisé cette partie du service. Elle embrasse à la fois toutes les divisions de l'établissement, et concentre la responsabilité sur une seule personne, un fonctionnaire remplissant les devoirs d'économe envers le Collège, en même temps qu'il est l'agent comptable de la Société.
Cet emploi a déjà passé par les mains de deux titulaires, qui méritent qu'on parle d'eux à meilleur titre que les procureurs de l'ancien régime, mentionnés dans les volumes précédents.
Le premier, M. Fortuné Romet, seconda les efforts tentés dès 1831 pour relever la maison. Il était associé avec M. Jubé, l'honorable cbef d'institution dont nous avons déjà prononcé le nom. Par son entremise fut négocié d'abord un projet de fusion entre Sainte- Barbe et l'institution Jubé, projet qui écboua. M. Romet entra alors avec une part importante d'in= térèt dans la première Société de Sainte -Barbe ; puis, quand on se forma en société anonyme, il renonça à cette part, pour devenir économe agent-comptable avec les attributions qu'on vient d'expliquer. C'est lui qui fit souscrire, et avec une promptitude étonnante, les 520 000 francs d'actions émises en premier
lieu. Les deux administrations qui ont employé les services de M. Romet n'ont eu qu'à se louer de lui. C'était un homme honnête, entreprenant, et d'une vive imagination, qu'il savait faire tourner au profit des affaires. Avec lui il n'y avait pas d'enibarras à redouter. En face des difficultés les plus subites, il se montra toujours plein de ressources. Nous en citerons deux exemples, qui se rapportent à des événements mémorables.
En 1838, le musée de Versailles étant encore dans sa nouveauté, Louis-Pliilippe eut l'idée d'en faire les honneurs aux collèges royaux de Paris\ L'invitation envoyée au collège Louis-le-Grand s'adressait à la fois aux internes et aux externes, par conséquent à Sainte-Barbe. Il devait y avoir une collation dans l'Orangerie, pour tenir lieu du dîner que les écoliers font dans le milieu du jour. Il est difficile qu'un gala pour un nombre indéterminé de convives ne laisse pas à désirer. Notre Directeur, dans sa sollicitude pour ses élèves, chargea l'économe de veiller à ce que rien ne leur manquât. Un coup d'œil jeté par 31. Romet sur les préparatifs lui fit apercevoir en effet que le service allait pécher d'une étrange façon. Il eut bientôt trouvé à se mettre en mesure par une expédition qu'il exécuta dans\'ersailles. On se mit à table. La bonne chère et la boisson abondaient, mais le pain était rare, mais une partie des enfants n'avaient ni assiettes, ni couverts, ni verres pour boire. Qu'on juge du dérangement et des réclamations que cela occasionna. Il n'y eut de satisfaction que dans le coin où fonctionnaient
i. Le jeudi, 12 juillet.
nos barbistes, pourvus par M. Romet de tout ce qui manquait aux autres. Ils furent assez bons camarades pour partager avec les élèves de Henri IV, qu'on avait placés près d'eux. La fête finit par une visite du palais, que le Roi, en personne, conduisit depuis la Galerie des batailles jusqu'à la Salle de spectacle. Là Sa Majesté barangua la jeunesse de dessus la scène, et prit • congé d'elle.
L'autre occasion où se signala M. Romet fut la cérémonie du 15 décembre 1840, pour la translation des restes de l'Empereur. Le Directeur voulut procurer à ceux de ses élèves qui n'étaient pas sortis le spectacle d'un cortège auquel on peut dire que tout Paris assistait. Une terrasse, située sur l'avenue de Neuilly, avait été mise à sa disposition. Les enfants furent entassés dans des fiacres. Cela faisait une bien longue file, pour un jour où il y avait tant de monde dehors; d'ailleurs on apprit, au moment de se mettre en route, que la circulation des voitures était interceptée sur toute la rive droite au-dessous des Tuileries. M. Romet se fit fort de surmonter tous les obstacles. Il était officier d'état-major de la garde nationale. Il prit, en uniforme et à cheval, la tête des fiacres, les dirigea par le Champ-de Mars, et leur fit traverser toutes les haies de soldats, qui non-seulement ne s'opposèrent pas, mais qui s'ouvrirent avec respect, comme si c'eût été un corps constitué qui passât.
Encore un trait de cet ingénieux administrateur. Lorsque la sollicitude maternelle commença à s'introduire si avant dans le régime des maisons d'éducation, et que Sainte-Barbe n'avait pas encore à se débattre contre l'insuffisance du local, il mit une vacherie dans
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l'un des rez-de-chaussée de Reims, afin d'avoir en abondance, pour le déjeuner des petits enfants, le lait pur qu'on ne peut pas se procurer à Paris. Les bétes étaient de choix, etl'étable d'une tenue parfaite. Plus d'une visiteuse, subjuguée à la vue de cette partie de l'établissement, a donné son enfant au Collège pour l'amour du lait qu'il y prendrait le matin.
M. Remet, atteint d'une maladie mortelle, donna sa démission au commencement de 1849. Le Directeur, qui nomme à toutes les places du Collège, a encore le droit de présentation à celle-ci. 11 jeta les yeux, pour la remplir, sur quelqu'un qui n'y pensait guère. 11 alla chercher l'économe du lycée Saint- Louis (alors lycée Monge), M. Frôly, homme consommé dans sa partie, qu'il avait exercée avec talent et la réputation d'une insigne probité dans les collèges royaux de Coimar , de Strasbourg et de Lyon. Les liens par lesquels l'Université s'attache ses agents comptables ne sont pas de ceux que l'on puisse tenir pour indissolubles. M. Frôly accepta les conditions qui lui étaient faites par Sainte-Barbe, et fut nommé le \ 2 février 1849. Ce jour est resté comme un jour heureux pour le Collège dans la mémoire des membres du Conseil qui firent la nomination. Le»baron ïhènard/qui a si bien connu les affaires de l'Université, disait une fois, moitié en riant, moitié avec regret : « Ces messieurs de Sainte-Barbe sont tout à fait sans gène. Ils ont besoin de quelqu'un pour leur comptabilité : que font-ils? Ils nous prennent tout bonnement le meilleur économe de tous nos lycées. »
La complication toujours croissante des affaires est cause que, depuis quelques années, on a ciéé un sousm 19
économe en la personne de M. Arthur Jacqiîinet, employé auparavant dans les bureaux de Ja Guerre. M. Frôlv en a fait son digne élève et son gendre.