INTRODUCTION. XXXI
*« saccagée à cause de nos péchés, par un peu- « pie sacrilège el ennemi de la croix. Bientôt, « hélas! si l'on ne résiste vigoureusement à sa « fureui-, la cité sainte sera renversée, et les « monuments sacrés de notre rédemption, et a les lieuv où ruissela le sang de l'agneau sans a tache, seront livrés à la profanation et au (f scandale ! »
Notre but est rempli. L'ouvrage que nous avons traduit étant purement historique, nous pourrions nous abstenir d'insister sur les qualités oratoires de saint Bernard, qualités que le lecteur apprécieia, du reste, dans un grand nombre de fragments que contient l'ouvrage. Mais nous avons lu quelque part que ce moine avait une éloquence outrée, et pleine d'un enihousiasjne qui paraîtrait ridicule à une nation policée (i). Noua avons dû appeler, en terminant, d'un semblable jugement, qui nous paraît injuste, et en poursuivre la réforme: (pi'il nous suffise de citer au hasard, pourcela, quelques passages de ces homélies tendres et affectueuses que le saint adressait parfois aux moines de Clairvaux.
(i) E. Lavigne, Précis philosophique de l'histoire de l' Eglise, page iHa
XXxij INTRODUCTION.
« O homme! dit-il dans une de ces «homélies, que crains-tu? Pourquoi trem- « hier à la face du Seigneur qui approche? a II vient, non pour juger, mais pour sauver « la terre. Jadis un serviteur infidèle t'a per- « suadé d'enlever furtivement le diadème royal (f pour en ceindre ta tête; surpris dans ton M larcin, comment n'aurais-tu pas tremblé ? « Comment ne pas éviter la face du Seigneur? « Peut-être portait-il déjà le glaive flamboyant. ce Maintenant tu vis dans l'exil , et tu trempes « des sueurs de ton visage le pain qui te nour- « rit. Et voici qu'une voix a été entendue sur « la terre, annonçant la venue du maître du K monde. Où iras-tu pour éviter le souffle de « son esprit? Où fuiras-tu pour ne pas ren- « contrer son visage? Garde-toi de fuir, garde- <f toi de trembler, 11 ne vient pas armé , il ne « cherche pas pour punir, mais pour délivrer, « et pour que tu ne dises pas encore une fois : « J'ai entendu ta voix et je me suis caché. y>
Certes, rien de rude, rien d'outré dans ces sentiments exprimés avec autant de naturel que de goût et de vérité. On trouve l'éloquence abondante et facile (i) qui est propre
(i) Sponte fluens eloquium. Guill. de Tyr, liv. I, ch. 2.
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à saint Bernaid, qui est son caractère distinclif, dans tous les monuments oratoires qu'il nous a légués, et dont s'enorgueillirait, certes, une nation policée. Si le plaisir que nous a procuré l'étude de sa vie, la lecture de ses œuvres, de ses lettres si riches d'images et de raison , avait dû surprendre et égar-er notre cœur, avait dti nous faii-e découvr-ir, à travers un prisme , des beautés qui n'existent réellement pas, ce jugement d'un écrivain qui, dans la question, nous semble devoir faire autorité, parce que ses travaux sont sérieux et sévères, ne nous autornseiait-il pas à persévérer dans le iiôtr-e ?« Les beautés comme les défauts que nous « rencontrons dans les monuments que saint (c Bernard nous a laissés, attestent plutôt la <f culture excessive de l'esprit c{ue les écarts « d'une imagination barbare. Le rhéteur parait « quelquefois à côté de l'orateur-, mais il ne l'ef- « face pas, parce que la vérité du sentiment, « la grandeur des idées et la vigueur logique « subsistent sous la recherche de l'expression. « Pour le langage, il suit l'école de saint Augus- « tin plutôt que celle de Cicéron. Il cherche « seseffets non-seulement dans le contraste des « idées, mais encore dans le rapport des sons