NOTICE SUR LE SCEAU DE S. BERNARD
COPIE D riSE LETTRE ADRESSEE A M. LE SECRETAIRE PEUPETCCL DE l'académie des liNSCRlPTlOJNS.
Rouen, le IG août 1837.
Monsieur , « Une heureuse circonstance vient de mettre entre mes mains le sceau en nature de saint Dernard. L'Acailémie n'apprendra pas, sans doute, sans intérêt,
* Voy. cil. XLIV. — Cette intéressante notice , avec le dessin exact du sceau de l'abbé de Clairvaux , est extraite de la récente éditimi des uîuvres de siiint Bernard. Opéra omiiia, éd. quarU», vol. priiu. Parisiis, ap. Gaunio lialre», \8'à\).
APPENBICE. 447
que le cachet de cet homme célèbre , qui jnua un si grnnd rôle dans les (SvtîfM»nients pohliques et religieux de son temps , subsiste encore ; et clic me permettra de lui transmettre quelques détails sur ce petit monument , un des plus précieux , sans contredit, de ceux que nous a légués le douzième siècle.
» Ce sceau est en cuivre jaune et de forme ovale; il a 40 millimètres do long (17 lignes) sur 30 dans sa plus grande largeur (13 lignes). Son épaisseur est de 5 millimètres; il pèse 30 décagrammes (l once environ).
» On y voit représenté , gravé en creux , saint Bernard en costume monacal, la tète tonsurée et nue, le menton ras, et assis sur un pliant dont les bras so terminent en tête de serpent. Le saint tient de la main droite , qui devient la gauche à l'impression, une crosse fort simple, à enroulement, dans le gencc du lituus antique ; et de la main gauche, tjui est étendue ainsi que la droite, un objet que la grossièreté et la petitesse du travail ne permettent d'apprécier que difficilement ; je crois y reconnaître une porte d'église , divisée en deux vantaux par une colonnette (jui est surmontée de son chapitau *.
» L'inscription suivante est tracée sur la frange du sceau, autour de la figUBe. (Une petite croix , placée au-dessus de la tète du saint , indique son point do départ). La voici :
» j Sigillum ; Bernardi : abbalis Claraîvall. A l'exception du fj du mot sigillinii, du d de Bernardi et de l'e de Clarwcallis , qui sont dans la forme {jothique, les caractères de l'inscription rappellent l'onciale ronnùne, et ne s'écartent en rien, du reste , des caractères en usage au douzième siècle.
L'absence du mot sancli avant celui de Bernardi achèverait de prouver , sll était possible , que ce sceau est contemporain du personnage dont il porte le nom , et lui a bien appartenu, puisqu'on sait que saint Bernard, qui décéda en 1 153, a été canonisé un asseï petit rmmbre d'années après sa mort (en 1174), par le pape Alexandre III. Si ce sceau, dont on ne s'expliquerait pas trop l'usage dans ce cas, était postérieur à la canonisation, on n'eût pas manqué d'ajouter le mot sacramentel de sanctiis a côté de celui de Bernardus ; il n'eût guère même été profitable de s'affranchir de cette addition.
» La seule objection peut-être , pour un œil exercé , qu'il eût été possible d'élever contre l'authenticité de ce sceau, c'est que le caractère du dessin, le costume et les accessoires, ainsi que la forme elle-même du sceati, semblent se reporter à la deuxième moitié , ou tout au plus au milieu du douzième siècle. Or, saint Bernard ayant pris la crosse en 1115, pourquoi sou sceau abbatial, qu'il dut faire exécuter à cette époque , n'a-t-il pas les caractères du temps V car la différence, d'après la longue étude que j'ai faite de nos monuments, était tranchée à mes yeux. Telle était la question que je m'adressais.
» En relisant les lettres de saint Bernard, j'en trouvai la solution. Saint Bernard écrivant au pape Eugène III , en l'année 1151, lui a[)prend qu'il s'est vu forcé de changer son sceau, par suite d'un abus de confiance, et qu'il s'en est fait graver un second, sur lequel sont tracés son image et son nom. (Suit le texte de la lettre de saint Bernard que nous avons cité).
» Ce second sceau est celui (jue je possède. L'image et le nom de saint Bernard y sont retracés. Sa forme, son exécution correspondent parfaitement au style de l'époque où saint Bernard nous ap[irend qu'il l'a fait faire ; il a , sous tous ces rapports, tous les caractères d'authenticité désirables.
* Habillon a pris cet objet pour un livre. Je ])ciise que c'est à toit. La personne de qui je tiens le sceau le prenait pour un sablier. (Note du directeur du musée de Rotien) .
448 ArPENDlCF..
« Il mo r(>sto à faire connaître A l'Acatlemîe comment je suis devenu possesseur lie c«'t ii)i)p|)rt'-('iiil)Iu objet iriintîquitii. Jo le dois à la {jûncrositô d'un ollicier en retraite, .M. l'ays, d'issoiuluii, qui m' (écrivait, il y a peu de jours, fil uio l'envoyant : " Ce cachet a été acheté chez un revendeur (]ui s'était rendu acciiiéreiir , en 1790, des vieux enivres de la colléf;iaIe de Saint-Cyr d'Issoudnn, afliliee à Clairvanx. i> Comment et pourquoi ce sceau se trouvait-il ili'posé à la colléciale de Saint-Cvr d'Issoudnn ? C'est ce que j'ignore.
» Je' joins à cette lettre une empreinte du sceau * (jue je vous prie de vouloir bien mettre sous les yeux de l'Académie.
» J'oubliais de vous dire que la revers est plat et uni , et sans aucune apparence de manche ou d'appendice. 11 est évident qu'on s'en servait en pressant le sceau contre la cire avec le doigt.
• Agréez , etc. » DEVILIE, »
Directeur du muse'e d'antiquités de Rouen.