APPRECIATION
de la doctrine de saim r.f.rnaud , et son autorité dans
l'Église '\
Saint Bernard , fidèle disciple des Pères de l'Eglise , a mérité de partager avec eux ce titre ghuieux. I\on-seu!emcnt il les a égalés par sa science et sa doctrine , mais Dieu semble l'avoir doué de toutes lis ipialités éminentes qu'on trouve diversifiées dans les quatre Docteurs de l'Eglise latine où il a fleuri.
Connue saint Ambroise , il a prêché la pénitence aux peuples et aux rois; il a arraché au moiule les graiuls et les princes, pour en faire de saints pénitents : les savants du siècle aussi bien que les ecclésiastiques venaient en foule des
* Martin Ltithor, in Colloq. convivial., cap. de Putrib. Eccl. — Buccrins, Iib. de Concord., art. de Justif. — - Calv. , Iib. IV, inst. , cap. 10, J 17, — et «ap. H , S 10. — 3 D'après Mabillon , et l'ilist. liltéraiio , p. 402.
pays les plus él;)igni;s se mettre sous la discipline tle l'abbaye de Clalrvaux , où l'on voyait jusqu'à cent novices se consacrer à Dieu en un seul jour.
Comme saint Jérôme, il a été \' oracle de l'univers, répondant aux consultations des docteurs , des évêques , des papes même , des princes , des rois et des empereurs.
Comme saint Grégoire le Grand , il a conduit presque toute l'Eglise durant sa vie par ses admirables lettres où respirent son zèle, sa sagesse, sa science. A l'exemple de ce grand pape qui a expliqué les devoirs des pasteurs , saint Bernard a parlé avec force des mœurs et de la discipline pastorale ; il a développé comme lui la morale sublime de l'Evangile et a expliqué les dogmes d'une manière aussi solide (jue lucide.
Conmie saint Augustin, instruit à l'école du Saint-Esprit, il a été l'interprète de l'Eglise dans ses combats contre les hérétiques et dans l'exposition de la science ecclésiastique. « Il a soutenu la pureté de sa foi et l'excellence de sa doctrine , dit l'auteur de l'Histoire littéraire , contre les raisonnements vains et trompeurs de certains esprits qui, enflés d'une science mondaine, attaquaient nos saints mystères, en voulant les soumettre à leur faible pensée ^. » Marchant sur les traces de saint Augustin, il a pris la défense de la grâce de Jésus- Christ et a fuit voir avec une précision admirable comment elle exerce sa puissance sur le cœur de l'homme , sans blesser sa liberté ; et de quelle manière l'homme coopère librement au bien qu'il fait par la grâce.
« Dieu semblait avoir pris plaisir, dit l'abbé Fleury , à réunir en saint Bernard tous les avantages de la nature et de la grâce : la noblesse, la vertu des parents , la beauté du corps, les perfections de l'esprit, vivacité, pénétration , discernement fin , jugement solide; un cœur généreux, des sentiments élevés, un courage ferme , une volonté droite et constante. Ajoutez à ces talents naturels une bonne éducation , les meilleures études qu'on pût faire de son temps soit pour les sciences humaines, soit pour la religion , une méditation continuelle de l'Ecriture sainte, une grande lecture des Pères , une élocjuence vive et forte , un style véritablement trop orné , mais conforme au goût de son siècle ". »
L'autorité de saint Bernard, en matière de doctrine, est suffisamment établie par le glorieux titre de père de VEglise qui lui a été décerné , et qu'il a mérité, n'ayant été inférieur en rien aux plus grands docteurs qui l'ont instruite , éclairée, défendue par leurs paroles et leurs écrits. Il est à la vérité le dernier des Pères dans l'ordre des temps, mais il ne le cède point aux premiers : Ullinius inter paires ; scd priniis cerle non impur "*.
L'Eglise , selon la remarque du savant éditeur des œuvres de l'abbé de Clairvaux, donne le nom de docteur à ceux dont elle reçoit la doctrine par une approbation publique, surtout lorsque la sainteté se trouve jointe à l'enseignement; mais elle ne donne le titre de père qu'à ceux qui sont recommandables par leur sainteté , leur science, leur ancienneté , et dont la doetriise est plus appuyée sur l'Ecriture et la tradition que sur des raisonnements philosophiques.
Saint Bernard a mérité le double titre de docteur et de père de l'Eglise *. Alexandre III le lui donna le premier à la messe qu'il célébra pour sa canonisation; Innocent III lui confirma ce litre dans la cùillecte qu'il composa pour lui , où il l'appelle un docteur illustre, doclor cgregins.
Quant au titre ùe père , saint Bernard le mérita tant par son émineuto sain-
1 Pag. 404, — 2 Fleur., Disc, 8 , u. 4. — 5 Mabilj, , Pra;f., n. 23. — * Mabill. , id.
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teté et pur sa science , que par l'autoritc ([ii'il s'est acquise et par la manière dont il u traite les ilo,";ines de la relij'.ioii , n\ ne s'appiiy.int (]ne sur l'Ecrituro et la tradition. <■ Si (hk'1i|u'iiii doutait, dit Miibillon, du la scit-nce sublime du saint HLMiiard et de su pi'iictration dans les choses smiialnrelles, il ap|ircndra par la lecture de deux de ses sermons (80 et 81) sur le. Cuntique des cantiques, où il j):ule du Verbe et de l'essence di\ine, (;ne personne , ni avant ni après lui , n'a traite ce sujet av(;c plus de profondeur et pins de lumière. Nous disons la même chose de la lettre 100® au piq)c Innocent II, où il s'explique d'une manière admirable sur le mérite infini des soufTrances de Jcsus-Christ pour les hommes '. >
Sa principale élude fut celle des livres sacrés. Il s'en était tellement imprimé les expressions dans la mémoire, par la profonde et continuelle méditation de la parole divine, ([ue tons ses discours et ses écrits ne semblent qu'un enchaînement de textes sacrés , illuminant les mystères et réglant les Uiocurs.
Mais l'Ecriture sainte n'était pas la seule source où il puisait, l.'étude des Pères l'avait profondément inifié dans l'antiquité chrétienne , et il professait j)Onr la tradition sacrée autant de respect que pour l'Ecriture elle-même. Son Traité de la p.ràce et du libre arbitre suffit pour démontrer combien il avait lu les écrits de saint .\u3ustin ; car ce traité renferme en substance toute la doctrine du saint évèijue d'ilijipone sur cette matière.
On voit dans sa lettre à lionnes de Sairt-Victor que saint Ambroise ne lui e'tait pas moins familier (|ue saint Augustin ; et il déclare dans cette lettre combien il demeure attaché à ces deux colonnes. Il cite saint Athanase dans son opuscule contre Abeilard , et quehpiefois saint Grégoire le Grand. Partout il s'élève contre les nouveautés qui s'éloignent des enseignements de ces illustres docteurs. L'étude des canons de l'Ejlise ajoutait un grand poids à ses paroles; et ainsi il vérifiait cette sentence de saint Léon ; Vents recii amor in semeptijjso habet et aposloliras auclorilales , et ca)iot:icas sancliones ^.
Enfin , pour ce qui regarde le style et la manière d'écrire du saint, on ne saurait mieux le caractériser que ne l'a fait l'éditeur de ses ouvrages dont nous empruntons les paroles : « On y voit briller, dit Mabillon , un espiit naturellement noble , ferme, élevé, n:ais doux, chaste, attrayant; une éloquence née pour ainsi dire avec lui , et plus ornée des grâces de la nature que de celles de l'art, des fleurs d'elles-mêmes écloses; nu style léger et serré, de la hardiesse dans les expressions, de la précision dans le choix des termes, de la sublimité dans les pensées, de la tendresse dans les sentiments; en un mot, mi langage qui n'offre ([ue des idées de Dieu et des choses célestes. •