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Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de Milan

Les affaires de la juridiction ecclésiastique. — Le duc d'Albuquerque et le sénat. — Proclamation du gouverneur de Milan. — Plaintes de l'archevêque. — Origine de l'église de Ste-Marie délia Scala. — Les chanoines. — Longanimité de saint Charles. — Les chanoines fulminent l'anathème contre le vicaire de l'archevêque. — Saint Charles se rend à la Scala pour user de son droit de visite. — Les chanoines refusent de le recevoir. — Ils l'excommunient. — Patience du saint. — Il expose l'affaire à Rome. — AJbuquerque et le sénat prennent parti pour les chanoines. — Saint Pie V écrit au gouverneur de Milan pour venger l'honneur et le droit de l'archevêque. — Lettre de saint Charles au roi d'Espagne.

®L= i A question de la juridiction ecclésiastique de xk Aifë) Milan n'avait point été terminée par l'inter- ^lIL»/Jr vention du pape ; elle semblait seulement vi» assoupie. Le cardinal Alexandrin avait

écrit au nonce Rossano, en Espagne, à la date du 7 décembre 1568 : Touchant la famille armée du cardinal Borroméejeschoses en resterontlà jusqu'ànouvel ordre; l'archevêque continuera à procéder contre les laïques dans les cas autorisés par le concile, selon ce qu'il a fait précédemment. Il ajoutait : Les ministres du roi comprendront, je l'espère, les raisons de l'Église; loin de vouloir soulever les peuples contre Sa Majesté, le saint père n'a qu'un désir, celui d'accroître leur soumission ('). Les négociations ne continuèrent pas sur ce grave sujet. Saint Charles regretta dans la suite que la

1. Archives secrètes du St-Siège, Nonciature tt Espagne, tom. 6.

Cbapître Vingtième.

question n'eût point été tranchée alors par le pape. Quoi qu'il en soit, le démon, inquiet des merveilles opérées par le zèle de l'archevêque, chercha à lui susciter de nouveaux embarras pour entraver son œuvre et troubler les âmes faibles et timides.

Le gouverneur de Milan était pieux et brave ; mais son intelligence et son tact politique n'étaient point à la hauteur de ces deux premières qualités. Plusieurs membres du sénat, très intrigants, conservant au fond du cœur le ressentiment de l'échec qu'ils avaient éprouvé dans leur première tentative contre le cardinal, n'avaient point renoncé au dessein de recommencer la lutte. Comprenant qu'ils ne pourraient arriver à leurs fins, s'ils ne gagnaient le duc d'Albuquerque, ils l'entourèrent de flatteries, lui montrèrent avec habileté l'autorité royale perdant de plus en plus son crédit, parmi le peuple : bientôt à Milan, on oublierait jusqu'à l'existence même du roi, disaient-ils, si luimême, son représentant, semblait abdiquer et laissait l'archevêque de Milan user, sans protestation, de tous les- droits qu'il s'arrogeait. Cet esprit turbulent, ce prélat exagéré avait besoin d'être rappelé à la modération ; il fallait le renfermer dans le cercle de ses attributions ecclésiastiques : il y allait de l'honneur du roi, de l'intérêt même du gouverneur et de la tranquillité du peuple. On était fatigué de ces réformes continuelles, de ces sévérités excessives, il était temps d'y mettre un terme.

Le duc d'Albuquerque se laissa persuader et, poussé par les ennemis du saint plutôt que convaincu de la justesse de leurs raisons (*), il résolut de mettre un frein

i. Ce sentiment est confirmé par ce passage d'une lettre écrite à S. Charles, le lendemain de la promulgation de Pédit du gouverneur :

Les Cbanomes ne la ^cala.

aux prétendus empiétements de l'archevêque. Le 25 août 1569, il faisait afficher un édit, en vertu duquel quiconque contribuerait à violer ou à amoindrir la juridiction du roi serait puni des peines les plus sévères. Cette ordonnance était habile : elle n'avait pas, aux yeux du public, l'apparence d'être dirigée contre l'archevêque de Milan et contre son tribunal. Cependant aucun des intéressés à la question ne s'y trompa et, ledit à peine connu, les notaires et autres officiers de l'archevêque lui refusèrent leur concours. Dans sa protestation adressée au gouverneur et au sénat, saint Charles constate ce fait et s'en plaint : « Nous avons, dit-il, appelé nos notaires et nos officiers ministériels, ils nous ont ouvertement résisté dans la crainte d'encourir les peines portées par l'édit qu'ils nous ont présenté pour leur justification. » Le cardinal énumère ensuite au gouverneur et au sénat « tous les torts et préjudices causés par cette promulgation à la liberté ecclésiastique », afin qu'ils ne puissent ignorer tout le mal qui en découle et dont ils sont responsables. Il leur rappelle les peines et les censures portées par les canons et les conciles contre ceux qui entravent directement ou indirectement la juridiction ecclésiastique. Il les engage « à songer à eux-mêmes, à rentrer au fond de leur conscience, comme il convient à des ministres très religieux d'un roi si catholique qu'il n'épargne aucuns travaux, aucunes veilles, aucunes dépenses non seulement pour

« Enfin le temps est donc arrivé où nous voyons Albuquerque, quoique à contre cœur, déclarer une guerre ouverte à Borromée. » Cité par Oltro- CHi, p. 169, note a

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