Chapitre Vingtième
défendre les droits de l'Eglise, mais encore pour les accroître (I). »
D'après un manuscrit conservé aux archives de l'archevêché de Milan, portant pour titre : Considerationi sopra il bando publicato a Milano per ordine del signor governatore etc., attribué par A. Sala à saint Charles lui-même, la promulgation de cet édit aurait eu lieu en vue de la visite pastorale de l'église de la Scala, que le cardinal se disposait à faire : on espérait l'intimider ou le mettre dans l'impossibilité d'agir, en lui enlevant tous ses agents. Mais une âme vigoureusement trempée, comme l'était celle de l'archevêque, ne se laisse point détourner de l'accomplissement d'un devoir par des menaces, quelle que soit la puissance de celui qui s'y oppose. S'il n'avait point fait encore la visite de la Scala, c'est qu'il avait voulu atteindre les dernières limites de la prudence et éviter, par une longanimité et une patience vraiment paternelles, le scandale que l'obstination des chanoines ne lui faisait que trop redouter.
En 1381, l'épouse de Barnabe Visconti, Regina délia Scala, ht construire une église, dédiée à la sainte Vierge, sur l'emplacement des maisons détruites à l'époque des luttes soutenues par les Torriani pour l'indépendance de Milan. Afin de la distinguer des nombreuses églises de la cité, consacrées à la Mère de Dieu, on ajouta à sa dénomination le nom de la duchesse, sa fondatrice : sainte Marie délia Scala. Elle y avait établi un chapitre dont les membres seraient nommés par les ducs de Milan. Le dernier
1. Lettre latine du 19 oct. 1569 adressée au gouverneur et au sénat de Milan. — Publiée par Aristide Sala. V. Docum., etc., vol. II, p. 20.
Les Chanoines De la §>cala.
duc, François Sforza, avait demandé au pape Clément VII de soustraire cette collégiale à la juridiction ordinaire de l'archevêque de Milan. Le pape y avait consenti, à la condition toutefois qu'on obtiendrait le consentement de l'archevêque ; mais ce consentement n'ayant jamais été demandé, le privilège pontifical avait perdu toute sa valeur. Le cardinal Borromée crut de son devoir de soumettre à la visite épiscopale le chapitre de la Scala, comme toutes les églises et collégiales de son diocèse. La teneur des anciennes lettres pontificales, l'interprétation qu'en donnaient les plus habiles jurisconsultes ne permettaient pas le moindre doute sur ses droits. Néanmoins, en présence des prétentions des chanoines, appuyées par l'autorité civile, l'archevêque voulut employer tous les moyens suggérés par la prudence la plus rigoureuse et il consulta le souverain pontife. Saint Pie V reconnut tous ses droits. Malgré cette réponse décisive, saint Charles différa encore sa visite ; il donna aux chanoines deux mois pour réfléchir et se décider à accepter de bonne grâce le droit de visite de l'archevêque. Le délai expiré, à la prière du duc d' Albuquerque, il consent de nouveau à attendre, afin d'enlever tout prétexte à la désobéissance. « Nous avons cédé, écrit-il, aux vœux d'un si grand personnage ; nous ne voulions pas être accusé d'avoir omis quoi que ce soit pour que tout se passât avec tranquillité ('). »
Les chanoines n'imitèrent pas cette modération ; ils choisirent pour conseiller et pour avocat un prêtre de Pavie, nommé Pierre Barbesta, qui eut l'audace de fulminer l'anathème contre Nicolas Galerio, vicaire de
i. Lettre du 17 août 1569.