‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 108 sur 169 · Chapitre trentectamième · texte numérisé non relu

Chapitre trentectamième

Enfin, au moment de la canonisation du saint, dixhuit ans après sa mort, les lettres de Grégoire XIII furent présentées comme l'un des plus éloquents témoignages de la sainteté de l'archevêque de Milan.

La mission du docteur Riccardi semblait également terminée. Toutes les réformes établies par l'archevêque sont justes et saintes, avait dit le pape, et, après les avoir sanctionnées de son approbation, il concluait son Bref, en ces termes: « Dieu, par un effet de sa bonté, vous a ramenés de la voie qui conduit à la mort, vous devez donc suivre les sentiers d'une discipline droite et salutaire. Il faut que vous y couriez si bien, que personne ne puisse vous empêcher d'obéir aux ordres de votre pasteur. Suivez les avis, les conseils d'un homme dont la charité vous est bien connue. Ne soyez pas différents de vous-mêmes : grâce à l'aide de Dieu, vos ancêtres vous ont légué, comme un droit héréditaire, la modestie, la probité des mœurs et la vertu d'obéissance; saint Ambroise loue admirablement dans ses sermons leur zèle pour bien faire. Charles, cardinal et archevêque, dans nos entretiens, et dans ses lettres, nous a dit souvent la même chose de vous : il nous a donné des preuves de l'ardent amour qu'il vous portait. Votre constance, votre sagesse demandent que vous agissiez ainsi, afin de vous montrer dignes des éloges mérités par vos ancêtres, du bon témoignage de votre archevêque et du nôtre et de répondre ainsi à l'attente générale (*). »

Après son retour de Rome, le cardinal resta peu de temps à Milan, il se rendit dans le diocèse de Brescia

1. Oltrocchi a publié intégralement cet important document, v. p. 517 et suiv.

les cntiogé0 milanais à iRome. 273

pour procéder à la visite apostolique. Pendant son absence, on chercha à lui occasionner de nouvelles vexations: on détourna les eaux qui arrosaient plusieurs terres appartenant à son Eglise et le typographe chargé d'imprimer ses conciles provinciaux fut arrêté et emprisonné. L'édition fut confisquée, l'on déchira même plusieurs feuillets du manuscrit; si le père Bescapé n'eût eu entre les mains une copie des décrets, cette perte eût pu se réparer difficilement. Saint Charles, rentré à Milan pour la semaine sainte, alla visiter le gouverneur dans l'espoir de le ramener à de meilleurs sentiments. Il lui parla avec une certaine chaleur. D'Ayamont l'écouta en silence, le remercia même de ses paroles, puis, levant les yeux au ciel, il dit : « C'est une terrible chose qu'on veuille obtenir de Milan ce que jusqu'ici aucune ville d'Italie n'a observé! » Les solennités de Pâque étant achevées, le cardinal retourna à Brescia pour achever son œuvre. Il y était depuis quelques jours à peine lorsqu'on lui écrit que le gouverneur est gravement malade, que sa vie est en danger. Il n'hésite pas et, selon son expression, « il vole aussitôt vers Milan, dans l'espérance d'arriver à temps, pour lui rendre les devoirs de la charité (l). » Le marquis, sentant la gravité du mal, avait exprimé le désir de voir l'archevêque ; mais quand il arriva à Milan, le gouverneur n'avait plus l'usage de la parole. Charles resta près de lui et, pendant quatre heures, il l'assista, lui donna l'absolution de toutes les censures qu'il avait pu encourir, l'exhorta au repentir et à la confiance en Dieu, par les plus suaves discours, lui parla des joies du paradis et reçut enfin son dernier soupir. Les témoins

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