Chapitre ttent^tictirtème
inspirées à ce monarque par des rapports mensongers. Il pouvait plus facilement encore envoyer le père Mathias Bellintano de Salo, Capucin, avec l'ordre de voir le roi lui-même et de réfuter victorieusement les calomnies dirigées contre lui. Enfin si ces moyens n'agréaient pas à l'archevêque, le cardinal Riario partait pour le Portugal, avec une mission papale, il pouvait le charger d'être son interprète et son défenseur, à son passage à Madrid. Aucun de ces moyens n'avait paru sourire au saint. Toutefois, la mort d'Ayamont l'engageait à ne pas différer plus longtemps l'exécution de son projet : il fallait agir auprès de Philippe, avant la nomination du nouveau gouverneur. Le départ du cardinal Riario lui fournissait l'occasion de pouvoir envoyer en Espagne un ambassadeur, avec le plus grand secret. L'archevêque avait près de lui un homme d'une grande vertu, le père Charles Bescapé ('). Avant de se faire religieux Barnabite, il avait été dans le monde un habile jurisconsulte; cette dernière qualité, jointe à sa prudence et à sa piété, déterminèrent saint Charles à le choisir pour la mission délicate qu'il voulait faire remplir auprès du roi d'Espagne. Il fut décidé qu'il ferait partie de la suite du cardinal Riario. Personne ne connut le but de ce voyage, le cardinallégat lui-même ignorait complètement l'objet de la mission de Bescapé. Le secret de cette ambassade fut scrupuleusement gardé : ni le nonce du pape, à Madrid, ni l'agent de saint Charles qui payait le père Bescapé, n'en eurent connaissance. Le roi et son
1. Le père Bescapé avait nom Jean François, il prit celui de Charles par vénération pour le saint archevêque.
%>àint Cfmrles a recours au roi D'Espagne. 277
confesseur, le pape et Mgr Speciano furent pendant longtemps les seuls dépositaires de ce secret.
Le cardinal Riario partit de Rome, le 26 avril 1580, et le père Bescapé le rejoignit, sur le versant des Alpes, dans le voisinage de Turin. Pendant ce temps.de nouvelles difficultés surgissaient à Milan. L'administration de la ville avait été confiée au chevalier donSancio di Guevara y Padiglia. C'était un homme animé des meilleurs sentiments, plein de vénération pour l'archevêque et, dans plusieurs circonstances, il n'avait pas craint de manifester le regret qu'il éprouvait de la conduite des gouverneurs vis-à-vis de lui. Néanmoins, arrivé lui-même au pouvoir, il ne sut ou ne put agir différemment que ses prédécesseurs. « Il est très enclin, disait saint Charles, à défendre la Religion; mais, frappé d'une vaine crainte, il hésite et il ne voudrait pas paraître manquer à la bienveillance qu'il a pour moi... Je le plains surtout beaucoup ; il m'a ouvert son cœur et, après m'avoir demandé le secret, il m'a montré des lettres qui prouvent la nécessité de sa dissimulation vis-à-vis de moi plutôt que sa volonté de se conduire ainsi (*). » Il ne permit pas aux tribunaux de l'archevêque de procéder juridiquement contre les laïcs qui avaient troublé les offices divins, en éloignant le peuple de l'église par des réjouissances et des concerts publics, donnés les jours de fête, à l'heure même des offices. Les pieuses confréries de pénitents avaient l'habitude, dans l'exercice de leurs œuvres de miséricorde et de dévotion, et quand ils assistaient aux processions, de se revêtir d'un sac. En dérobant leur