‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 112 sur 169 · Lettre à Speciano note a · texte numérisé non relu

Lettre à Speciano note a

8 septembre 1580. — V. Oltrocchi, p. 557,

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visage et leur qualité aux regards du public, ce costume favorisait l'humilité et donnait une plus grande indépendance à l'exercice même de la charité. Les pénitents reçurent l'ordre de marcher dans les processions et à l'église, le visage découvert et l'on menaça de la prison ceux qui refuseraient d'obéir. Enfin, un boucher, qui depuis plus de dix ans, par ordre du saint et au su des gouverneurs, vendait de la viande au clergé, sans payer aucun droit, fut conduit en prison : il n'obtint la liberté qu'en payant au fisc une somme considérable.

Le fameux comte Pierre-Antoine Lonato, décurion de la ville, l'un des deux ambassadeurs députés vers Grégoire XIII, imagina de singuliers moyens pour se venger de l'échec de leur mission à Rome. Il était chargé de désigner aux troupes les endroits de la province où elles devraient prendre leurs quartiers d'hiver. Par ses ordres, la Rocca d'Arona fut occupée par un nombre très considérable de soldats. Le saint, supérieur à toutes les préoccupations purement matérielles, ne fit pas même attention à cette tracasserie, aussi inconvenante que puérile. Lonato ne pouvait se faire illusion sur l'effet qu'elle produirait, aussi il avait réservé à l'archevêque un coup plus sensible. Il était procureur royal del'hôpital-majeurde Milan, mais en vertu même des conditions de la fondation de cet asile de la souffrance, l'archevêque de Milan avait le droit, par luimême ou par des délégués ecclésiastiques, de se faire rendre compte de tout ce qui concernait l'administration; les contrats ou transactions ne pouvaient avoir aucune valeur, si ce prélat ne les avait pas sanctionnés de son approbation. Le concile de Trente donnait également

battit Charles a recours au roi n'OÊgpagne. 279

les mêmes droits aux évêques. Lonato cacha avec grand soin tous les livres de comptes, afin de les soustraire à l'inspection du cardinal ; puis, il défendit à tous les députés laïcs de se prêter, en quoi que ce soit, à une enquête quelconque faite par l'archevêque ou par son vicaire. Saint Charles avait déjà exercé son droit, et en toute liberté, en l'année 1576. En 15S0, occupé à la visite apostolique du diocèse de Brescia, il chargea Mgr Fontana, archiprêtre de sa cathédrale, de le remplacer dans cette circonstance. Quand le délégué de l'archevêque arriva, il rencontra une opposition inattendue, les livres lui furent refusés et personne ne voulut lui donner les renseignements dont il avait besoin. Fontana rappela ses droits formels; il menaça de l'excommunication tous ceux qui s'opposeraient à sa visite, ou le mettraient dans l'impossibilité de l'accomplir selon les règles. Les députés cédèrent, en déclarant qu'ils auraient obéi, dès le principe, s'ils n'avaient pas reçu des ordres formels pour ne pas le faire. Le représentant du roi, Lonato, s'obstina dans son refus de livrer les livres. Mgr Fontana n'avait plus qu'une chose à faire ; ses prières, ses instances, ses menaces avaient été vaines, il en vint à l'exécution et il excommunia publiquement le ministre du roi. Celui-ci était chevalier d'Alcantara et, à ce titre, il prétendait échapper à la juridiction de l'archevêque de Milan. Le vicaire de Pavie était le protecteur apostolique de cet ordre, Lonato eut recours à lui. Il en obtint un décret qui déclarait Fontana lui-même excommunié. Cette sentence fut affichée aux portes du palais royal de Milan et Lonato la fit garder par des soldats, dans la crainte qu'elle ne fût enlevée ou déchirée par quelque partisan de

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