‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 123 sur 169 · Lettre du 2 novembre 1575. — Bibl. Amb. Ms. C. S. I · texte numérisé non relu

Lettre du 2 novembre 1575. — Bibl. Amb. Ms. C. S. I

310 Cïmpitte trente troisième,

théâtre. Dès le début un scandale l'affligea vivement. Un monastère de la ville basse était dans un état si déplorable et si inconvenant qu'il obligea les religieuses à changer de résidence et à se transporter dans l'intérieur de la ville. Leur église possédait les corps des saints martyrs Ferme et Rustique et le cardinal ordonna leur translation solennelle dans l'église principale de Bergame. Les habitants de ce quartier regardaient la présence de ces précieuses reliques, comme une bénédiction pour eux. Au jour fixé pour la cérémonie, ils pénétrèrent armés dans l'église, avec l'intention de s'opposer, par tous les moyens en leur pouvoir, à l'enlèvement des deux martyrs. Le cardinal Borromée, ne pouvant laisser impunie cette violation de la maison de Dieu, lança l'anathème contre ces hommes qu'une dévotion mal entendue et exagérée avait portés à de tels excès. Ceux-ci s'aperçurent alors de leur égarement, ils le déplorèrent aussitôt et supplièrent les magistrats de la ville de demander leur pardon. L'archevêque accueillit avec joie cette requête. Revêtu de ses habits pontificaux, il se rendit à l'église et, à la porte, il donna l'absolution publique de toutes les censures à ceux qui les avaient encourues par un zèle inconsidéré. Pour témoigner de la sincérité de leur repentir, ces hommes prirent des cierges et se mêlèrent au cortège qui accompagna les saintes reliques, à travers les rues de Bergame, jusqu'à l'église cathédrale, où elles furent reçues et déposées avec de grands honneurs. De retour à Milan, Charles fut heureux de s'entretenir avec le visiteur apostolique de son diocèse. Loin de lui demander des appréciations indulgentes ou de chercher à écarter les mesures rigoureuses, il s'efforça, au

Les tusites apostoliques.

contraire, d'appeler son attention sur tous les points qui lui semblaient avoir le plus grand besoin de réforme et de perfection. Il profita même de cette circonstance pour mettre en pratique des projets qu'il n'avait pu encore réaliser, désirant surtout en placer l'exécution sous les auspices d'une autorité exceptionnelle, plus grande que la sienne. Cette visite fut pour lui un grand sujet de joie. Il n'avait pas de plus vif désir que de corriger et de perfectionner la discipline de son Église ; il était ravi qu'on lui signalât les choses imparfaites, il se hâtait d'y remédier et de remettre tout en place.

Un jour de fête, de son siège, placé sur les degrés de l'autel, levêque visiteur annonça son départ au peuple de Milan. Il dit qu'il avait parcouru tout le diocèse, visité par lui-même les principales églises et les moins importantes par ses délégués : partout il avait trouvé une discipline et un ordre si admirables que cette visite lui avait été très utile à lui-même. Ce qui n'est pas parfait, ajouta-t-il, est sur le point de le devenir et une seule parole suffira pour atteindre cette perfection.

De son trône, saint Charles répondit: « Je puis dire comme les apôtres: Nous avons travaillé toute la nuit et nous n'avons rien pris. Maintenant, sur votre parole, nous jetterons les filets ». Et, développant cette pensée, il ajoutait que ses travaux n'avaient jusqu'ici obtenu presqu'aucun résultat; mais, il l'espérait bien, les vertus et la parole du prélat, envoyé par le saint siège, pour visiter son diocèse, donneraient enfin à ses travaux la récompense et la fécondité qu'il désirait. Il arriverait ce qui était arrivé aux apôtres : sur la parole de leur divin maître, ils jetèrent une seconde fois leurs filets

Cïmpitre trente-troisième.

à la mer et ils prirent une grande quantité de poissons. Il termina en protestant de nouveau de son dévouement absolu à l'autorité du saint siège.

En 1580, il visita le diocèse de Brescia. Nous avons déjà vu l'empressement de la population de cette ville pour le saluer et le retenir dans ses murs, à son retour de Venise; lui-même raconta à Mgr Speciano qu'il y fut reçu, au moment de la visite apostolique, « avec des manifestations de joie infinies et splendides (I). » Cette visite fut l'une des plus pénibles et des plus laborieuses entreprises par le saint archevêque. Voisine des Alpes Rhétiennes, cette contrée avait été infectée par les erreurs des hérétiques et démoralisée par leurs mauvais exemples. Le clergé, presque tout entier, avait foulé aux pieds la dignité de son caractère et abandonné ses devoirs les plus sacrés. A Venise, on n'était pas sans crainte sur les conséquences de cette visite: on redoutait les vengeances et les colères des coupables dont le saint devrait nécessairement reprendre les vices. Le sénat avait même prié le souverain pontife d'engager le cardinal à ne pas entreprendre seul cette, difficile mission et à accepter l'appui que les ministres de la République étaient tout disposés à lui prêter. Mais les difficultés n'étaient point de nature à diminuer l'ardeur du zèle de l'archevêque : plus le mal lui semblait grave, plus il sentait la nécessité d'y opposer des remèdes énergiques. Il montra du reste une prudence égale à son ardeur et le résultat de cette mission apostolique montra, une fois de plus, qu'il n'y a point de nature si mauvaise ou si sauvage qui puisse résister à l'ascendant de la vertu.

Page 1