‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 125 sur 169 · Chapitre trent^troisième · texte numérisé non relu

Chapitre trent^troisième

des ennemis; le clergé montre une grande ardeur pour obéir à ses ordres et pour accepter les ordonnances du concile; chaque jour il récite avec lui l'office canonial et il l'assiste dans toutes les fonctions épiscopales. Pour récompenser ce zèle, le cardinal demanda au saint père pour l'archiprêtre d'Asola le privilège de porter les insignes violets de la prélature.

Près d'Asola, se trouve une petite yille dont le nom jusqu'ici n'avait eu qu'une célébrité commune à beaucoup d'autres villes d'Italie: habitée par le prince Gonzaga ou Gonzague, elle devait voir sortir de cette illustre famille un enfant dont la gloire rejaillirait un jour jusque sur elle. Châtillon délie stiviere avait déjà donné le jour à de vaillants guerriers; la maison des Gonzaga, divisée en plusieurs branches, occupait une place distinguée dans l'histoire du pays ; un de ses membres avait épousé la sœur du saint archevêque de Milan. Le cardinal Borromée connaissait cette famille: si son devoir de visiteur apostolique l'obligeait à s'arrêter à Châtillon, son cœur l'y attirait également et il l'y retint pendant cinq jours. Le prince de Châtillon avait un jeune fils âgé de douze ans. Louis, c'était son nom, portait sur son visage un reflet de l'innocence et de la candeur de son âme. Le cardinal Borromée n'avait point voulu descendre au château des Gonzaga, malgré les instances de ses habitants; selon son habitude, il logea chez l'archiprêtre de Châtillon. Il y était installé, depuis quelques heures à peine, lorsque le jeune Louis vint remplir auprès de lui un ordre du prince son père. Charles fut frappé de l'éclat céleste imprimé sur le visage de cet enfant; il le conduisit dans sa chambre et, après avoir écarté tous les témoins,

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il l'entretint pendant un temps considérable des choses divines, de façon à exciter l'admiration de tous ceux qui étaient cachés derrière les portes.

Le cardinal prenait plaisir à contempler ce noble rejeton, croissant au milieu des dangers d'une cour séculière, tout entier aux choses du ciel, déjà florissant de force et de beauté et arrivé à un haut degré de vertu chrétienne. De son côté, le jeune enfant se réjouissait d'avoir rencontré un homme auquel il pût confier tous les secrets de son âme, demander des explications sur les points de la perfection chrétienne qui lui semblaient les plus obscurs. Depuis longtemps, il avait entendu parler de la sainteté du cardinal Borromée: en ce moment sa joie était égale à sa vénération : il écoutait toutes ses paroles, il accueillait ses décisions comme autant d'oracles qui lui venaient du ciel.

Le cardinal lui demanda s'il avait reçu la sainte Eucharistie. Sur la réponse négative du pieux enfant,. Charles l'exhorta à s'y préparer. Il n'avait aucun doute sur l'intégrale virginité de cette âme: la maturité de sa raison, son intelligence des choses divines l'avaient émerveillé et il le jugeait digne depuis longtemps de recevoir son Dieu par la communion. Il lui remit le catéchisme romain. Le jeune Louis en fît dès lors sa lecture habituelle autant par suite de la recommandation du cardinal que par le charme qu'il y trouvait. Il se disposa à faire sa première communion, il se confessa avec larmes et quand il reçut la divine hostie des mains du saint archevêque, l'église de Châtillon offrait un spectacle digne du ciel. Tous les yeux étaient fixés sur eux. On ne pouvait se lasser d'admirer la candeur de ce jeune prince, prosterné devant l'autel : il semblait

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