Chapitre trentc=troistème
en extase et, sur le visage austère du grand cardinal, on voyait briller une joie céleste, qui paraissait les envelopper tous les deux comme d'une auréole radieuse et divine.
Le jeune Louis de Gonzague n'oublia jamais ce jour et, depuis, il ne put assister à la messe sans répandre d'abondantes et douces larmes. Cette cérémonie achevée, les deux saints ne devaient plus se revoir sur la terre. Le cardinal Borromée venait de mourir, quand le prince Ferdinand envoya son fils à Milan, en 1585, pour y achever ses études, au collège de Bréra, confié aux Jésuites par l'archevêque de Milan. Nous aimons à nous représenter le jeune étudiant à son arrivée dans cette ville. Depuis sept mois, le cardinal Borromée était dans la tombe, mais cette tombe était déjà célèbre, à l'égal des plus illustres. La foule y venait prier, elle y accourait chercher la santé de l'âme et celle du corps. Au milieu d'elle, nous aimons à voir le jeune premier communiant de Châtillon : le marbre, qui recouvrait la dépouille du saint cardinal, n'était point capable, nous semble-t-il, d'empêcher les douces communications de ces deux âmes.
Le 24 juillet, le cardinal Borromée fit son entrée à Salo, situé sur les rives occidentales du Lac de Garde; il y séjourna jusqu'au sept août. « La population de Salo est de cinq mille âmes, écrit l'archevêque à Mgr Speciano (r); une fausse renommée m'avait représenté ces habitants comme étant d'un caractère indomptable: je les ai trouvés très soumis. » Il fit dans cette ville une translation de reliques : deux évêques relevaient par leur présence l'éclat de cette solennité. La fatigue sup-