Chapitre tomgt*eMuuème
d'aller dans vos appartements, de pénétrer même jusqu'à votre chambre, non seulement de jour, mais de nuit, jusqu'à dix et onze heures. Comme à l'ordinaire, vous sortez à cheval, avec une suite peu nombreuse et souvent vous êtes encore dehors, au milieu des ténèbres de la nuit. Cette manière de faire est presque une invitation aux méchants de réaliser ce qu'ils n'ont pu effectuer une première fois. Quant à votre nourriture, on ne fait pas paraît-il pour la cuisine un choix très rigoureux de personnes fidèles et l'on manque de la vigilance convenable. Tout cela, cher et illustrissime Seigneur, n'est point approuvé ici de vos amis, ni des gens qui vous sont dévoués. Ils disent que vous commettez une erreur, même un péché, en tentant Dieu de cette façon. Vous devez vous rappeler les exemples de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des apôtres et des autres saints qui, par la prudence et par les autres moyens humains, ont évité les dangers, donec hora sua veniet.
« Que Votre Seigneurie illustrissime me pardonne de lui écrire aussi franchement; j'y suis contraint autant par mon attachement et ma vénération pour votre personne que par l'intérêt de la conservation d'une vie si nécessaire au service de Dieu et au salut du troupeau qui vous est confié. De grâce, que Votre Seigneurie illustrissime prenne une bonne résolution, qu'elle use de meilleures précautions, dans l'intérêt public et pour la consolation de ses amis et serviteurs ('). »
Nous regrettons de n'avoir pu retrouver la réponse du saint à cette affectueuse lettre; mais nous avons celle
i. Bib. DES Barn. Vol. -I del Govetno.
Les humiliés. 33
adressée à Ormanetto, qui lui communiquait les mêmes recommandations de la part du pape : « Quant à la garde de mon corps, pour laquelle vous insistez tant, je ne la néglige point, mais je ne l'observe pas plus attentivement. Je ne voudrais pas, en fermant mes grilles, m'empêcher moi-même de vaquer librement aux devoirs de ma charge. Quelqu'un, ayant trop de confiance en une vaine vigilance, ou accordant trop à l'affection qu'il me porte, aura sans doute dit ces choses au pape dans le but de m'obliger, à mon grand déplaisir, de prendre des précautions. Je trouve trop dur et contraire à tout sentiment de religion d'éloigner de ma chapelle les étrangers, de les priver du fruit que peut en retirer leur âme, et cela à cause de ma personne. Songez qu'en hiver les prières commencent à la nuit tombante, en été, elles se terminent avec le jour. Quoiqu'on ait déjà pourvu d'une large manière à toutes nouvelles embûches, on a transporté dernièrement la chapelle dans l'intérieur du palais, il n'y a donc plus rien à redouter (*). »
Le baron Sfondrate lui avait écrit : « Dieu vous a comblé de dons si nombreux que vous devez avoir à lutter contre les assauts de l'orgueil. »
— «Je rends grâces à Dieu, répond-il, de ce que vous animez ma ferveur par des conseils si salutaires. Je dois à Dieu ma préservation elle-même, cette pensée suffit pour me mettre à l'abri du danger de l'orgueil. Cependant j'ai toujours sous les yeux ces milliers d'Israélites que Dieu délivra des flots de la mer et des menaces de Pharaon, qu'il nourrit dans le désert pour