‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 168 sur 169 · Chapitre tccntc-sinème · texte numérisé non relu

Chapitre tccntc-sinème

notre âme n'est pas soumise au Seigneur ? Notre salut vient de lui. » Et le saint, commentant les premiers versets du psaume 102, trouva dans son cœur et dans sa foi la plus touchante exhortation ; tous les assistants pleuraient ; le duc fixait constamment le saint avec des yeux qui respiraient la reconnaissance et l'amour. << Sérénissime Duc, disait le cardinal, vous serez très agréable à Dieu ; vous serez semblable à Constantin le Grand qui, poussé par les mêmes sentiments qui vous animent, a voulu placer dans le mors de son cheval le très saint clou de la croix ; vous serez et vous êtes très cher à tous vos peuples. Dieu vous donnera tout le reste, parce que vous n'avez point demandé ni l'or, ni l'argent, mais la sagesse. Sous votre gouvernement, les peuples seront heureux : Nous vous verrons régner dans la justice. Vous ne songerez qu'à ce qui est digne d'un prince et vous veillerez sur vos magistrats, afin qu'aucune injustice ne soit faite à personne. Vous serez pour les orphelins, les veuves, les pauvres et les affligés, comme un port ouvert et sûr, où ils pourront se réfugier à l'abri des vents et des tempêtes. Pour ceux qui sont altérés, vous serez comme un doux ruisseau : pour ceux que la chaleur du soleil rend languissants, vous serez comme une ombre rafraîchissante. Et après avoir régné ici-bas, vous régnerez' sans fin dans le ciel. » Après avoir communié le prince, le cardinal voulut qu'on rendît à Dieu de publiques et solennelles actions de grâces, pour une guérison si inattendue, qui ne pouvait être, disait-il, que l'effet d'un miracle. Il quitta la ville, le soir même, au milieu des acclamations et de la joie de tout un peuple qui le bénissait et le remerciait. Il arriva à Milan pour célébrer la fête de la

^aint Cfmrles et les princes ne r^Europe. 419

Nativité de la Sainte Vierge et, dans une touchante homélie, il raconta à son peuple le sujet et l'heureux résultat de son voyage (I).

Le cardinal Borromée était devenu le confident indispensable, l'appui nécessaire du jeune duc de Savoie. Il s'occupa de son mariage ; Charles-Emmanuel le remercia « des conseils pleins de prudence et de charité qu'il lui a donnés à ce sujet et qu'il a résolu de suivre. Si de ce côté, les choses ne vont pas selon nos désirs, j'incline toujours de préférence vers le parti sur lequel Votre Seigneurie a mis le doigt (2). »

L'année suivante, le cardinal retourna voir son royal et cher disciple. « Ce jeune prince, écrivait-il, a un caractère d'or, il est toujours disposé et prêt à faire ce qui est droit ; néanmoins, je le vois toujours exposé aux dangers dont les cours abondent. » Et après avoir mentionné quelques-uns des conseils, qu'il crut devoir lui donner, il ajoute : « Sur la fin de notre entretien, un peu avant mon départ, tous les témoins se retirèrent et le duc resta seul avec moi ; tout à coup, impressionné par ses sentiments religieux, il fondit en larmes, en ajoutant des paroles qui étaient un témoignage splendide de sa piété, et il prenait à témoin de sa bonne volonté la Vierge, Mère de Dieu, dont il avait l'image devant lui (3). »

Hélas ! le pieux duc ne soupçonnait pas qu'il voyait pour la dernière fois celui dont les avis lui étaient si nécessaires, il le suppliait de vouloir bien assister au

i. V. Oltrocchi, p. 669, note a — Il en entretint aussi les religieuses Angéliques.

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