Chapitre trente^irième
Plus que jamais, le cardinal témoigne son mécontentement ; mais tout est inutile, le contadino veut continuer à remplir ses bons offices. Ce que voyant, le saint ordonna d'achever la route à pied, pour ne pas laisser plus longtemps cet infortuné se livrer à son fatigant travail. « Eh bien ! reprit cet homme, ému de tant de bonté, puisque je ne puis, par mes fatigues, vous prouver mon respect, alors j'implore votre assistance ! »
L'archevêque l'exhorte à dire franchement ce qu'il attend de lui. Par suite d'empêchements douteux, ce pauvre homme vivait séparé de sa femme : leur cause avait été déférée devant le tribunal de l'évêque de Verceil, il en attendait avec angoisse la solution, dans l'espérance de voir son droit triompher et de reprendre sa vie de famille. Le cardinal promit de s'occuper de son affaire dès son arrivée à Verceil et d'en presser l'exécution. Il tint parole et notre paysan fut récompensé de son dévouement.
A Verceil, les courtisans et la fleur de la noblesse vinrent à la rencontre de l'archevêque ; ils le conduisirent au palais où il fut reçu avec une grande joie.
La ville était dans la consternation, l'état du prince semblait désespéré : plus d'une fois, on avait dit au cardinal dans le trajet de Milan à Verceil que, malgré sa grande hâte, il ne trouverait pas le duc vivant. Il arriva néanmoins à temps pour le voir et pour le guérir.
Charles ordonna de faire les prières des quarante heures ; il adressa plusieurs fois la parole au peuple qui remplissait le temple saint et demandait avec larmes la guérison de son souverain. Un témoin, Jean Botero, familier et commensal du duc de Savoie, a déposé au
^aint Cbarles et les princes De r<2£uropc. 417
procès de canonisation que le duc Charles-Emmanuel était convaincu qu'il devait la santé au cardinal Borromée. Son état était désespéré, les médecins l'avaient condamné, lorsque le cardinal vint le visiter et en sa présence, « il retrouva en un instant la santé, récupéra in un tratto la sanità (I). »
Le 5 septembre, le surlendemain de son arrivée, l'archevêque de Milan, voyant que le duc se remettait sensiblement desa maladie, voulut lui apporter la sainte communion. En présence de toute la noblesse, accourue près du lit de son bien-aimé maître, le cardinal Borromée adressa à Charles-Emmanuel ces touchantes paroles :
<£ Sérénissime Duc, Jésus-Christ, le Fils de Dieu dans l'éternité, et, dans le temps, né de la Vierge Marie, vient vers vous. Il vient ce roi du ciel et de la terre, si riche, si puissant en miséricordes, et il veut signaler sa venue par les largesses insignes de son amour. Vous étiez presque aux portes de la mort, il a fait cesser la très grave maladie dont vous souffriez ; c'est lui qui vous a, en quelque sorte, ramené à la vie; maintenant il veut s'approcher de vous, en ajoutant à la santé du corps des grâces et des dons spirituels, qui mettent le comble aux grands bienfaits qu'il vous a déjà départis. Il serait juste et digne de votre noblesse d'aller au-devant d'une si grande majesté, de vous jeter à ses pieds ; votre santé, encore imparfaite, ne vous permet pas de le faire, allez du moins à sa rencontre en esprit et excitez votre cœur à lui rendre les plus grandes actions de grâce. Redites avec le Roi prophète: Est-ce que
i. BiB. Amb. Ms. G, 30, p. 24 a tergo *# 27