‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 24 sur 169 · CHAPITRE VINGT-TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIEME

Mort de saint Pie V et élection

de Grégoire XIII.

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La famine à Milan. — La bataille et la victoire de Lépante. — Saint Charles et Marc-Antoine Colonna. — Maladie de saint Charles. — Mort d'Albuquerque. — Mort de saint Pie V. — Le saint se met en route pour Rome. — Le mulet chargé de médicaments tombe à l'eau. — Élection de Grégoire XIII. — La part qu'y prit le saint. — Son séjour à Rome. — Pèlerinage à Lorette. — Il se démet de toutes les charges et dignités dont son oncle l'avait comblé.

ES émotions éprouvées par saint Charles, à la suite de la révolte de la Scala et de la tentative d'assassinat dirigée contre lui, n'avaient point été capables de troubler, ni de ralentir sa sollicitude pour les âmes confiées à ses soins. Entre ces deux événements, il était retourné en Suisse, visiter ces populations au milieu desquelles, il y a trois ans, il avait trouvé tant de désordres, remarqué tant d'abus. L'année 1570 lui fournit l'occasion de donner à son peuple un éclatant témoignage de son amour. Une affreuse disette, comme on ne se souvenait pas en avoir jamais vue, ravagea Milan. La charité du saint archevêque se montra au niveau de la misère publique. Pendant trois mois, il nourrit à ses propres frais plus de trois mille personnes. Chaque jour, à des heures fixes, la foule se présentait à la porte de son palais où de grandes chaudières d'airain

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contenaient des aliments tout préparés. Il pourvut aux besoins des ouvriers d'une autre manière : il fit construire la majeure partie de son séminaire pour leur procurer des ressources et les mettre à l'abri des dangers de l'oisiveté.

Au commencement du printemps, on ne trouvait plus *de vivres à Milan; l'archevêque avait tout consommé pour ses pauvres : il fit alors venir de Pavie, du Tessin et du duché de Parme plus de cinq cents mesures de blé et de riz. Ayant épuisé toutes ses ressources, devenu pauvre lui-même, il plaida auprès des riches la cause de ses protégés et les secours vinrent de tous les côtés. Le duc d'Albuquerque imita le saint archevêque, il se montra secourable à tous, aux malheureux de la ville et à ceux de la campagne. La rigueur de l'hiver avait fait naître de sérieuses inquiétudes pour les récoltes. La neige, tombée en quantité considérable, avait atteint une hauteur qui dépassait la taille d'un homme; il était à craindre que le dégel n'amenât des inondations terribles qui pouvaient tout compromettre et tout perdre. Plus d'une maison s'était écroulée sous le poids de la neige. Personne, dit un historien du temps, ne nous porta secours, si ce n'est Dieu par sa bonté et Charles par les prières publiques qu'il ordonna. Le vent du midi souffla bientôt et la neige se fondit lentement (') ; loin de causer quelque dommage, elle rendit la terre si fertile qu'une récolte exceptionnellement abondante succéda à la disette précédente (2).

i. Parazozeri, cité par Oltrocchi, p. 211, note a.

2. En cette circonstance, le saint recommanda la culture du maïs. « Le peuple,dit Cantu,en appelant le grain turc Carlonc a voulu perpétuer le souvenir de l'empressement de saint Charles à recommander la culture

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Si l'Église de Milan avait à souffrir, la chrétienté était dans de terribles anxiétés : les armées catholiques étaient aux prises avec les Turcs et, du succès de leurs armes, dépendait le sort de la civilisation européenne. Les flottes d'Espagne, sous la conduite de Juan d'Autriche, celles de Gènes commandées par Doria, celles de Venise sous la conduite de Barbarigo, s'étaient unies à celles de l'Église sous les ordres de Marc- Antoine Colonna. Elles étaient sorties de Messine le 16 septembre 1 5 7 1 et elles se préparaient à combattre les Turcs. Les craintes étaient grandes ; les partisans de l'islamisme n'avaient jamais été battus sur mer. Pie V avait appelé sur l'armée catholique les bénédictions du Ciel et il avait sollicité les prières de l'Église entière.

Saint Charles ne pouvait rester indifférent à d'aussi graves intérêts. Dès 1566, il avait ordonné des prières publiques et une procession solennelle, à l'annonce d'une nouvelle expédition turque contre l'île de Malte. Les liens qui l'unissaient au prince Marc-Antoine Colonna, au fils duquel il avait donné sa sœur en mariage, l'engagèrent à écrire au commandant de la flotte pontificale.

<< Je ne puis pas ne point me réjouir, avec Votre Excellence, de ce que Sa Sainteté vous a donné l'honorable occasion de vous dépenser contre les ennemis du nom de Dieu et du saint siège. Entreprise laborieuse et pleine de périls ! mais on peut en espérer un bon succès, soit à cause du vicaire de Jésus-Christ sur

de cette céréale, récemment apportée d'Amérique, comme un préservatif excellent contre les disettes alors si fréquentes. » — Illustri Italiani, tom. II, p. 499.

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