‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 58 sur 169 · Chapitre tringt^irième · texte numérisé non relu

Chapitre tringt^irième

docteurs, les procureurs, les notaires, les tailleurs et autres arts, et peu à peu, un jour une paroisse, un jour un collège, ou un corps d'état, etc. tous s'y rendirent. Bientôt des rumeurs de peste nous arrivèrent des environs, on défendit alors à ceux du dehors de venir en procession, par groupes, puis enfin, d'une manière privée. D'abord, il venait de la campagne de mille à deux mille personnes par jour. Je leur avais donné la faculté de repartir aussitôt après avoir fait une seule visite à l'Eglise. Chaque jour, dans toutes les églises et surtout au Dôme, moi et plusieurs autres dignitaires nous donnions la communion à tous ceux qui se présentaient et il y avait toujours des milliers de personnes qui la recevaient.

« Pour les étrangers nous avions établi un hospice où nous donnions à manger. Tout se faisait avec cette ardeur qu'on remarque en ce peuple : non seulement il nous pourvoyait d'aumônes suffisantes, mais encore il venait en personne laver les pieds des hôtes et rendre beaucoup d'autres services à cet hospice. La défense du gouverneur vint tout interrompre.

« La dévotion du peuple de cette ville a persévéré jusqu'à la fin, elle s'est même notablement accrue avec le temps. Pour les personnes du dehors, je leur ai permis de gagner le jubilé de la ville et ils s'y prêtent avec une semblable piété.

« J'ai publié à cette occasion un petit opuscule; je vous l'envoie, selon mon habitude et votre désir. Il me semble que cet envoi ne sera pas sans utilité : il serait bon que Sa Majesté connût la lettre insérée à la fin sur les conversations qu'on tient dans les églises. Dans les états de Sa Majesté, il y a là une

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grande occasion de pécher, malgré tout le soin qu'apportent les évêques pour y remédier. A l'occasion du jubilé, j'ai trouvé dernièrement un moyen qui me paraît de nature à détruire les principaux abus. J'ai divisé par le milieu les églises, avec des barrières en bois, plus élevées que la taille ordinaire d'un homme. Cela m'a déjà réussi pour faire disparaître une infinité d'abus. J'en ai éprouvé tant de satisfaction que, même après le jubilé, je me propose de l'introduire clans toutes les églises principales et les paroisses, avec quelque modification, de nature à faciliter l'audition de la messe de toutes les parties de l'église, quand les prêtres ne sont pas en assez grand nombre pour qu'on puisse la célébrer des deux côtés.

«Je n'ai pu obtenir la faveur que les membres de la confrérie des disciplinés aillent en procession, recouverts de leur sac ; néanmoins ils sont allés deux à deux ou isolément et personne ne les a inquiétés.

« En revanche beaucoup d'hommes, et des principaux, ont fait de nombreuses processions aux églises revêtus du sac, mais le visage libre et découvert ; ils portaient sur la tête un chapeau de feutre, comme des pèlerins, et, ils avaient en majeure partie, les pieds nus, tenant le crucifix à la main et donnant à tous un grand sujet d'édification.

« Beaucoup de dames nobles, et autres, ont fait de même publiquement leurs processions, revêtues également de sacs.

« Votre Seigneurie peut d'après cela s'imaginer ce qu'aurait été ce jubilé, si nous n'eussions point été troublés ('). »

i. Lettre du 10 juillet 1576. — Bib. des Barn. vol. II, del Governo.

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