‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 57 sur 169 · Chapitre tringt-strième · texte numérisé non relu

Chapitre tringt-strième

pleins de douceur. Il fut profondément touché de l'affection du pape et il aimait à faire l'éloge de ses vertus. Il racontait qu'un jour Grégoire l'avait emmené faire une promenade à la campagne. « Nous avions marché beaucoup, dit-il, et nous étions fatigués.» Sa Sainteté le retint à souper. Le pape dit, en souriant, que cette promenade l'avait très altéré et qu'il avait plus soif que d'habitude, néanmoins, il ne voulut prendre que sa ration de vin habituelle. En racontant ce fait, le saint ne se lassait pas de manifester son admiration : « Oh! quelle tempérance! s'écriait-il, quelle tempérance (')! »

Parmi les faveurs que le saint archevêque sollicita du pape, nous en signalerons deux qui sont de nature à faire connaître le degré d'humilité qu'il avait atteint. Il obtint d'abord l'autorisation de laisser le blason de sa famille et de n'avoir plus pour cachet que l'image de saint Ambroise, au milieu des saints Gervais et Protais, avec la devise déjà acceptée par le saint docteur : taies ambio defensores. Ce cachet est jusqu'ici resté celui de la curie archiépiscopale de Milan.

En second lieu, il sollicita l'autorisation d'abandonner le nom de sa famille, pour ne plus signer que celui de son titre cardinalice. On eût dit qu'il eût voulu effacer tout ce qui le rattachait encore à la terre et aux grandeurs de ce monde: le nom et les gloires des Borromée n'existaient plus pour lui. A partir de ce moment toutes ses lettres furent signées : le cardinal de Sainte- Praxède. « Quand il fut de retour à Milan, raconte son vicaire Fontana, depuis évêque de Ferrare. je profitai de sa bonté à mon égard pour l'interroger un jour sur la cause de ce changement dans sa signature. Il me

i. Témoignage de Mgr Fontana — Bib. Amb. : Ms. G, 30, p. 55.

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répondit: Depuis longtemps j'avais la pensée d'abandonner le nom de ma famille. Les évêques, en effet, par leur consécration,doivent renoncer à toute attache pour leur maison paternelle et leur parenté; mais je n'avais pas voulu mettre ce projet à exécution, avant d'en avoir entretenu Sa Sainteté. Je l'ai fait et le saint père a loué mon dessein. J'avais fait valoir qu'en lisant les œuvres du pape Innocent III, et surtout son opuscule intitulé : Du mépris du monde, j'avais trouvé plusieurs brefs adressés à des cardinaux dans lesquels le nom de leur famille avait été remplacé par celui du titre de leur église. C'était là une règle et une tradition antiques dans la sainte Église de Dieu (x). »

Le saint archevêque quitta Rome le cœur inondé de joie et tout heureux de pouvoir répandre avec abondance sur ses chers diocésains, les trésors de grâces qu'il en rapportait. Il rentra à Milan, après avoir fermé les yeux à son beau frère Gonzaga, comme nous le raconterons plus tard ; il y arrivait le 24 février 1575: tout le collège métropolitain était allé à sa rencontre à six milles de la ville.

Grégoire XIII, fidèle à suivre les avis du saint, ayait désigné pour l'église de Milan un visiteur apostolique, M?r Jérôme Ragazzonio, évêque de Famagosta et il avait confié au cardinal Borromée lui-même la visite des deux diocèses de Bergame et de Crémone. Il entreprit ces visites aussitôt après son retour de Rome.

Il n'avait encore dit à personne la faveur que le pape avait accordée à son diocèse pour l'année suivante, la grâce du jubilé; mais cette pensée ne l'abandonnait pas et dans le recueillement et la prière, il cherchait les

l . BlB. AMB. Ms. G. 30, p. 48.

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moyens de la rendre plus fructueuse pour son peuple. Enfin le 2 février 1576, jour de la fête de la Purification, à la messe solennelle de sa cathédrale, il annonça publiquement, en présence du gouverneur et du sénat, l'insigne privilège que le pape avait accordé à Milan. Il fit lire le bref pontifical et son propre édit par lequel il réglait les conditions nécessaires pour gagner cette indulgence.

Le 6 février, il adressait à tout son diocèse une lettre pastorale pour annoncer ce bienfait signalé. « Nous eussions voulu, disait-il, que personne de vous ne fût empêché de se rendre à Rome, l'année passée ; que tous vous eussiez pu vous enrichir spirituellement et faire un acte spécial de reconnaissance envers la sainte Eglise romaine, mère de toutes les autres, en allant vous-mêmes, en personne, recevoir les bénédictions apostoliques, visiter cette cité sainte arrosée et consacrée par le sang de martyrs innombrables. A cause de cela et pour beaucoup d'autres raisons mystérieuses, à Rome, où la chaire de saint Pierre est fixée d'une manière immobile, où se trouvent l'infaillibilité de la foi et le magistère des mœurs chrétiennes, la terre ellemême, les murs sacrés, les autels, les églises, les cimetières des martyrs, tout inspire une dévotion particulière que ressentent d'une manière sensible tous ceux qui visitent ces saints lieux avec les dispositions voulues. Par ce motif, nous vous avions exhortés souvent par nos paroles, excités par nos lettres et invités encore par notre propre exemple à entreprendre ce voyage... Malgré cela, beaucoup d'entre vous, ou par négligence, ou par froideur, ou par de légitimes raisons, se sont privés de ce trésor; aujourd'hui ce serait une négli-

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gence par trop coupable et très répréhensible, si quelqu'un d'entre vous avait assez peu de souci de son salut pour laisser passer cette nouvelle occasion, si facile, de faire l'acquisition de ce saint jubilé (!). »

Ces exhortations ne suffirent point au zèle du cardinal. Il chargea Jean François Bescapé, chanoine de la cathédrale, de publier une notice sur la vie des saints qui ont vécu à Milan et le père Perusci, de la Compagnie de Jésus, d'écrire un opuscule sur le jubilé, son origine, la manière de le gagner et les fruits qu'on en peut retirer.

Il désigna quatre églises comme lieux de stations pour gagner l'indulgence et il tint constamment son peuple en éveil par des processions, des exercices pieux et des prédications. Il donnait en tout et partout l'exemple; on le vit plus d'une fois servir de ses mains les pèlerins, leur laver les pieds. Il profita de cette solennité pour faire la translation des reliques de saint Mona, 6me évêque de Milan, de l'église de Saint-Vital (2) à la cathédrale. La ville de Milan, le peuple des campagnes répondirent avec empressement à l'appel de leur pasteur.

« Ce peuple a continué de suivre les exercices du jubilé avec une grande dévotion, écrit-il au nonce d'Espagne, beaucoup de personnes allaient nu-pieds, d'une manière privée, ou en procession, réunis en collèges, tous sous la croix de leur paroisse, et sous celles des corps d'État; ainsi firent les médecins, le collège des

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