‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 15 sur 168 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE II

chemin lui-même, toujours large et uni, aboutissait à un gros bourg, distant de cinquante pas environ, Ignace laissa aller son cheval la bride sur le cou, résolu, si sa monture prenait le chemin que suivait le Maure, à taire rétracter au mécréant ses paroles impies ou à l'en punir en lui ôtant la vie.

Il croyait concilier ainsi son zèle avec les secrets mouvements de sa conscience ; mais le Seigneur, touché de compassion pour son ignorance qui ne lui permettait pas encore de distinguer les sentiments du chrétien de l'esprit chevaleresque, vint à son secours. Contre toute apparence, le cheval quitta la route large et battue qui menait à l'hôtellerie où le Maure était déjà arrivé, pour s'engager dans le sentier rocailleux.

Dans un bourg situé au pied de la montagne, Ignace acheta le costume de pèlerin et de pénitent sous lequel il voulait se montrer désormais, une tunique de drap grossier avec une ceinture de corde, des sandales et un bourdon.

Le fameux monastère de Montserrat et l'image miraculeuse de la Mère de Dieu, que des pèlerins, de toutes les parties du monde viennent y visiter, sont confiés à la garde des Pères Bénédictins. L'observance de leur Institut y est en pleinevigueur, et la sainteté de ces vénérables religieux répond parfaitement à celle du sanctuaire (29).

Le premier soin d'Ignace, à son arrivée, fut de préparer sa confession générale qu'il écrivit avec soin. A cette époque, vivait parmi les Bénédictins de Montserrat, un Français nommé Jean Chanones (3°), ancien vicaire-général de Mirepoix. Il n'y était venu d'abord que pour satisfaire sa dévotion à la sainte Vierge ; mais bientôt, édifié de la vie toute sainte des religieux, il resta parmi eux pour embrasser la règle de Saint-Benoît. Depuis l'âge de trente ans jusqu'à celui de quatre-vingt-huit, époque de sa mort, jamais il ne se relâcha de sa première ferveur. Dans sa vieillesse, comme aux premiers jours, il observait la plus rigoureuse abstinence, et donnait constamment aux pauvres le tiers de la portion qui lui revenait ; il portait un cilice qui lui descendait jusqu'aux genoux, ne prenait que le repos absolument indispensable, et passait la plus grande partie des nuits en prières, soit au chœur, soit dans sa cellule. Dieu éprouva sa patience par de longues et douloureuses infirmités, surtout vers

la fin de sa vie ; à cet âge qui en est lui-même une si grande ! La résignation, l'obéissance, l'humilité du saint religieux brillèrent d'un tel éclat que sa vie devint un modèle pour d'autres religieux du même ordre en Portugal et en Espagne. Grâce à cet exemple, des monastères entiers revinrent à une observance plus rigoureuse de leur règle. Quand saint Ignace se présenta à Montserrat, Chanones était chargé de dispenser les sacrements aux pèlerins. Il lui fit donc sa confession générale ; elle fut si exacte, si complète, si souvent interrompue par les larmes et les sanglots, que trois jours entiers y furent employés : pensées, sentiments, projets, tout fut dévoilé à l'homme de Dieu. Celui-ci en échange communiqua au pénitent les trésors les plus précieux de son expérience dans la vie spirituelle.

Ignace voulut alors paraître au dehors un homme nouveau, comme il l'était intérieurement. Cherchant donc, à l'entrée de la nuit, un mendiant à qui il pût donner ses anciens vêtements, il s'en dépouilla, revêtit le sac de pénitent, et, les reins ceints d'une corde, un bourdon à la main, il retourna à l'église. Il avait résolu d'appliquer à son nouvel état ce qu'il avait lu jadis dans les romans profanes sur l'initiation des chevaliers. Lui aussi voulut faire sa veillée des armes. Il passa donc la nuit entière qui précéda la fête de l'Annonciation, priant debout ou à genoux au pied de l'autel de Notre-Dame de Montserrat.

A la pointe du jour, le nouveau pénitent suspendit son épée et son poignard à une colonne de l'autel, reçut pieusement la sainte communion, fit don de son cheval au monastère (3I),et partit de grand matin pour ne pas être reconnu ; car la solennité du jour et la sainteté du lieu devaient attirer nombre de pèlerins. Plus tard, la mémoire de cette noble et touchante veille devint sacrée en ces lieux. En souvenir du saint chevalier, un abbé de Montserrat fit graver sur un marbre les paroles suivantes : « Dans « ces lieux, Ignace de Loyola, mêlant ses larmes à ses prières, « se consacra à Dieu et à la sainte Vierge. Ce fut ici qu'il veilla « toute une nuit, revêtu d'un sac, comme de ses armes spirituelles ; <(. ce fut d'ici qu'il partit pour fonder la Société de Jésus, en «l'an de grâce 1522. Cette pierre a été consacrée par l'abbé « F. Laurent Neto, en 1603 (32). »

Devenu pauvre pour Jésus-Christ; Ignace s'en allait pénétré

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