‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 20 sur 168 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE III

« juger qu'il y a péché là où il n'y a point de péché, comme « dans une parole ou une pensée sans importance. Au contraire, « si 1 ame est peu scrupuleuse, l'ennemi s'efforcera de la rendre « moins scrupuleuse encore. Par exemple, si jusqu'ici elle ne « faisait aucun cas des péchés véniels, il l'amènera à ne plus « faire cas des péchés mortels ; et si elle faisait encore quelque « cas des péchés mortels, il la portera à y faire beaucoup moins « d'attention, ou à les mépriser entièrement.

«5. — L ame qui désire avancer dans la vie spirituelle, doit « toujours procéder d'une manière contraire à celle de l'ennemi. «S'il veut la rendre peu délicate, qu'elle tâche de se rendre « délicate et timorée ; mais si l'ennemi s'efforce de la rendre « timorée à l'excès pour la pousser à bout, qu'elle tâche de se « consolider dans un sage milieu pour y demeurer entièrement « en repos.

« 6. — Lorsqu'une âme pieuse désire dire ou faire quelque « chose, qui ne s'écarte ni des usages de l'Eglise, ni des tradi- « tions de nos pères, et qu'elle croit propre à procurer la gloire « de Dieu Notre-Seigneur, s'il lui vient du dehors une pensée « ou une tentation de s'en abstenir, sous prétexte de vaine « gloire ou d'autre défaut, qu'elle élève son entendement à son « Créateur et Seigneur ; et si elle voit que cette parole ou cette « action tend au service de Dieu, ou du moins ne lui est pas « contraire, qu'elle fasse ce qui est diamétralement opposé à ce « que lui suggère la tentation, répondant à l'ennemi avec saint « Bernard : Ce n'est pas pour toi que j'ai commencé, ce n'est « pas pour toi que je cesserai : Nec propter te incepi, nec pr opter « te finiam. »

Histoire de S. Ignace de Loyola.

Grâces singulières qu'Ignace reçoit à Manrèse.

EPENDANT les grâces qu'Ignace reçut à Manrèse, surpassèrent infiniment les afflictions par lesquelles Dieu éprouva sa patience ; et ici nous devons admirer un merveilleux rapport entre la conduite de Dieu et de son fidèle serviteur. Bien qu'Ignace n^u^4^Pi^>R^i connût l'immense dette qu'il avait jadis contractée dans une vie si mondaine, il ne songeait point, comme il le dit plus tard, à satisfaire la justice divine par ses rudes mortifications. S'élevant plus haut, il voulait surtout plaire à Dieu, l'honorer, le servir, par un holocauste de souffrances offert à sa divine gloire. D'autre part, le Seigneur semblait avoir oublié qu'Ignace, homme du monde, s'était rendu coupable de bien des fautes ; dès l'abord, en effet, il répandit sur lui des grâces sans nombre, le conduisant en quelques jours là où de grands mérites et de longs services mènent rarement les plus fidèles et les plus chers serviteurs.

Aussi le Saint avouait-il un jour au P. Laynez qu'une heure d'oraison à Manrèse lui en avait plus appris sur les choses célestes que les enseignements de tous les docteurs réunis n'auraient pu lui en faire connaître. C'est pourtant d'un tel homme que l'on a osé dire : il n'est pas l'auteur des Exercices spirituels ; il était trop novice dans les voies spirituelles pour composer ce livre. Etrange raisonnement ! comme si la science de. Dieu se mesurait par le temps consacré à l'étudier, et non par l'habileté du maître qui l'enseigne ! Dans la divine école de Jésus-Christ, ne voit-on pas les jeunes gens devancer les vieillards, et le débutant surpasser en profondeur l'homme blanchi dans l'étude de la science sacrée ? D'où vient donc cette anomalie ? Le premier reçoit une grâce qui est refusée au second. Là où Dieu se fait le

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