‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 21 sur 168 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE IV

maître, peu de leçons suffisent à rendre un homme habile et un seul rayon de lumière qui brille et disparaît comme un éclair, découvre quelquefois à l'âme un horizon de merveilles qui absorbera son admiration pendant de longues années. Ce sont là, il est vrai, des faveurs extraordinaires, mais c'est justement pour cette raison que Dieu les donne ou les refuse à qui il veut et quand il veut.

Outre ces grâces de choix, Ignace fut encore favorisé de fréquentes visions. Un jour entre autres, pendant qu'il était en oraison sur les marches du chœur de l'église des Pères Dominicains, il vit d'une manière distincte le plan de la sagesse divine dans la création du monde. Une autre fois, pendant uVie procession, son esprit fut ravi en Dieu, et il lui fut donné de contempler sous une forme et sous des images adaptées à la faible intelligence de celui qui habite encore la terre, le profond mystère de la très sainte Trinité. Cette seconde vision inonda son cœur de telles douceurs, que dans la suite ce souvenir seul lui faisait verser d'abondantes larmes.

Le langage même du Saint se ressentit de ces merveilleuses révélations. Malgré la profondeur du mystère, profondeur qui le rend presque inexplicable à la parole humaine, Ignace trouvait, pour exprimer ses conceptions, des comparaisons si lumineuses, des termes si expressifs, que la source où il avait puisé paraissait évidemment plus féconde que l'étude et la spéculation. Tout illettré qu'il était, il composa, même sur ce sujet, un livre de quatre-vingts feuilles (45).

Ce ne fut pas la seule fois que l'adorable Trinité daigna se rendre sensible au Saint ; vers la fin de sa vie, cette divine faveur lui était souvent accordée. Il eut aussi le bonheur de voir dans le saint sacrement de l'autel le divin enfant Jésus ; et, une lumière céleste éclairant tout à coup son esprit, il connut clairement de quelle manière notre adorable Sauveur se trouve sous les espèces consacrées. Ces différentes visions n'avaient eu longtemps pour objet qu'un mystère particulier ; mais il reçut, pour ainsi dire, un faisceau de semblables grâces, un jour qu'il priait au pied de la croix du Tort (4Ô). Là Dieu se plut à dévoiler à ses yeux l'économie du monde surnaturel, et à lui en donner une connaissance claire et précise.

Son intelligence reçut ainsi de si admirables lumières sur tous les mystères de la foi ; ses convictions en furent tellement affermies, qu'elles n'eussent été ébranlées en rien, disait-il plus tard, par la perte totale des livres saints, et qu'il eût donné joyeusement sa vie pour défendre chacune de ces vérités (47). Ces grâces lui furent accordées un jour qu'il allait, comme à son ordinaire, prier dans l'église de Saint-Paul, à un mille environ de Manrèse. Du reste Ignace percevait ces mystères non sous une forme sensible, mais dans un rayonnement purement spirituel qui rejaillissait parfois jusque sur les vérités de l'ordre matériel et lui communiquait en particulier le don inappréciable de discerner les esprits. Rien n'égalait la vivacité de ces impressions surnaturelles. Aussi jusqu'à la fin de sa vie un seul regard, porté en arrière sur ce passé de Manrèse, suffisait pour en raviver les émotions, pour embraser le Saint d'une ardeur semblable à ces premières effusions de son âme. Il avait coutume dédire sur ses derniers jours, que toutes ces lumières reçues de Dieu, ou acquises depuis par ses efforts, ne dépassaient pas, réunies, celles dont il avait été favorisé en un court espace de temps pendant qu'il se tenait assis sur les bords du Cardoner, ou à genoux au pied de la croix du Tort (48). La vision qu'il eut sur la très sainte Trinité, dans l'église des Dominicains, resta durant toute sa vie ineffaçablement gravée dans sa mémoire. Du reste, ces mêmes révélations allèrent se renouvelant dans la suite avec plus d'éclat et devinrent plus intenses sur l'essence de Dieu et les relations des personnes divines, comme en font foi ses propres écrits. Le temps de son noviciat dans les voies surnaturelles fut de courte durée, on le voit ; car les enseignements qu'il recevait semblent convenir plutôt à un séraphin qu'à un homme. Dieu, ainsi qu'Ignace le faisait observer plus tard, s'était fait son maître, et le traitait comme un enfant pour qui on ne passe à une leçon plus difficile qu'autant que la précédente a été bien comprise.

Cependant le démon, irrité des faveurs extraordinaires dont Ignace était l'objet, voulut les lui rendre suspectes en essayant d'y mêler quelques visions purement illusoires. Il commença par lui faire voir un long sillon lumineux, semblable à un serpent tacheté de feu et brillant des plus vives couleurs. Ce serpent se

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