‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 28 sur 168 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE V

villes ; il est vrai que le prédicateur était le P. Landini (63), homme de science et de pratique tout à la fois : saint Ignace avait été son maître dans les voies de Dieu.

On a remarqué, en effet, que le fruit des Exercices dépend beaucoup de ceux qui les donnent. Parmi tant d'hommes nourris de son esprit et versés dans la conduite des âmes, le saint Fondateur en comptait très peu qui sussent les donner absolument d'après son plan. A leur tête figurait Pierre Le Fèvre ; ensuite venaient Alphonse Salmeron, François Villanueva, Jérôme Domenech et François Strada. La raison des difficultés qu'on y trouve est toute simple. Ces Exercices sont des remèdes pour l'âme ; mais les remèdes doivent varier selon le tempérament et les maladies.

Aussi la sagesse du Saint vit-elle la nécessité de quelques additions, qui servent d'appendice à l'œuvre principale. Ce sont des règles pour le maître et pour l'élève, pour le directeur comme pour le dirigé.

Si les grandes conversions que les Exercices opéraient infailliblement au début ont cessé de se produire de nos jours en aussi grand nombre, il faut, comme le fait observer le P.Jacques Miron (64), attribuer en grande partie ce changement, à la manière de les donner ou de les faire. On ne suit plus la méthode prescrite par saint Ignace dans les additions et dans les annotations, et les modifications ainsi introduites défigurent les Exercices. Les additions sont si bien adaptées aux diverses parties des Exercices que les faire autrement c'est s'exposer à n'en retirer aucun fruit. Que sera-ce donc si aux Exercices mêmes on mêle des méditations et des additions étrangères ? C'est l'usage de ces règles qui distingue principalement entr'elles les diverses méthodes d' Exercices.

On se flatterait vainement de faire ceux de saint Ignace et d'en retirer le fruit qu'on pouvait en attendre, si on les suivait sans guide, d'après les inspirations personnelles, et sur des livres qui renferment des méditations quelconques, que ces méditations soient ou non distribuées en quatre semaines. Quelques réflexions confirmeront ce que nous venons de dire.

Quand des maîtres de la même profession vivent réunis, il s'en rencontre toujours qui éprouvent le besoin de se distinguer

Histoire de S. Ignace de Loyola. 4

et qui croiraient ne rien faire, s'ils n'occupaient le premier rang. Dès les premiers temps de la Compagnie, certains religieux, témoins des prodiges de conversion opérés par les Exercices de saint Ignace, furent assez présomptueux pour entreprendre d'en composer eux-mêmes d'autres. Ils allaient, eux aussi, pensaientils, faire des miracles. Ils voulaient faire école ; mais ils manquaient des qualités voulues pour tirer de leur fonds une œuvre démérite, et ils ne réussirent qu'à gâter l'œuvre de saint Ignace. C'était la gâter, en effet, que d'y introduire jusqu'à cinquante méditations auxquelles ne pouvait s'adapter aucune des additions des vrais Exercices.

Ainsi pour ne parler que de la première semaine qui a trait à la voie purgative, ils y ajoutèrent de leur cru vingt méditations, une sur la noblesse de l'âme, quatre sur le dépouillement, sur l'offrande, sur la donation et la consécration de soi-même à Dieu ; d'autres sur le néant de l'homme, sur les habitudes vicieuses, sur la vocation à la foi ou à l'état religieux ; enfin, chose plus étrange ! des méditations sur la gloire des saints au ciel et sur les bienfaits reçus de Dieu, sujets que saint Ignace a réservés pour la quatrième et dernière semaine! Un édifice si mal ordonné, où les fondements occupent la place du faîte n'eut pas besoin de choc violent pour crouler. Une présomption sans égale, une imprudence sans bornes, voilà le seul souvenir qui nous reste de cette tentative.

Le Saint au contraire tenait d'une manière étonnante à tous les détails ; il ne voulait rien en retrancher, il ne voulait non plus rien y ajouter. On aurait dit que ce livre ne lui appartenait pas, qu'il était non l'œuvre de sa pensée, mais l'enseignement d'un maître plus élevé. Citons quelques faits. L'abbé Martinenghi, ancien nonce apostolique en Allemagne, et l'un des premiers prélats de la cour pontificale, s'était retiré au monastère de Saint- Jean pour faire les Exercices. Saint Ignace s'opposa à ce qu'il eût auprès de lui un de ses serviteurs. La présence d'un de ses domestiques aurait pu réveiller en Martinenghi les souvenirs de la cour. Ignace le fit servir par Laurent Maggi, neveu du prélat, jeune homme animé alors du désir de la vie religieuse et qui entra plus tard dans la Compagnie. Les religieuses de Sainte- Marthe ayant commencé leur retraite d'un mois, (c'était alors la

Page 1