‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 27 sur 168 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE V

pour n'en retirer aucun fruit, lorsqu'on les suit avec fidélité. Ignace en avait lui-même éprouvé les effets ; aussi à ceux qu'il voulait amener soit à changer de vie, soit à une plus grande union avec Dieu, il demandait de consacrer seulement quelques jours de retraite aux considérations qu'il leur présenterait.

Il fit faire les Exercices à des hommes d'une vie déréglée comme à des chrétiens d'une médiocre vertu, et toujours les résultats dépassèrent ses espérances : les uns s'amendaient, les autres progressaient dans la perfection.

Parmi les premiers disciples que se donna Ignace dans les voies spirituelles, se trouvait un prêtre nommé D. Manuel Miona, portugais, né à Algarve, homme de grands talents, et jadis son confesseur à l'université d'Alcala. Il lui écrivit de Venise pour l'engager à faire les Exercices. Les termes de cette lettre donneront une idée de l'estime que saint Ignace faisait de ces Exercices (6o).

« J'ai un grand désir d'avoir des nouvelles de tout ce qui vous « concerne, et ce n'est pas merveille, vous étant aussi redevable « que je le suis, en ma qualité de votre fils spirituel. Je voudrais, « comme il est juste, répondre à l'amour, au dévouement si pa- « ternel que vous avez toujours eu pour moi, et que vous m'avez « manifesté par les œuvres ; mais je ne connais en cette vie « d autre moyen d'acquitter une partie de ma dette envers vous, « qu'en vous engageant à faire, sous la direction de celui que «je vous ai nommé, les Exercices spirituels durant un mois, « ainsi que vous me l'avez offert vous-même. Si donc vous les « avez essayés et goûtés, je vous prie, pour le service de Dieu « Notre-Seigneur, de vouloir bien me l'écrire ; et si vous ne « l'avez pas encore fait, je vous supplie par son amour et par la « très douloureuse mort qu'il a soufferte pour nous de vous y « mettre. Si vous vous en repentez un jour, non seulement j'ac- « cepte de bon cœur la peine qu'il vous plaira de m'infliger, « mais je consens encore à être regardé par vous comme un « homme qui se moque des personnes spirituelles, auxquelles « cependant je dois tout... C'est deux, trois fois, autant de fois « qu'il m'est possible, que je vous conjure, pour le service de « Dieu Notre-Seigneur, de faire ce que je vous ai dit, afin que « le divin Maître ne me reproche pas un jour de ne point vous

« avoir pressé de toutes mes forces; les Exercices spirituels sont, « en effet, tout ce que je puis concevoir, sentir et comprendre « de meilleur en cette vie, soit pour l'avancement que l'homme « peut en tirer pour lui-même, soit pour les fruits, les secours, « les avantages spirituels qu'il peut y puiser en faveur des autres. « Et quand bien même vous n'en sentiriez pas la nécessité « pour votre bien personnel, vous verrez qu'ils vous serviront, « au delà de tout ce que l'on peut attendre, pour procurer le bien « spirituel du prochain. Venise le j6 novembre 1536 (6l). »

Miona se rendit aux instances de saint Ignace, et par suite à la volonté de Dieu qu'il connut en faisant les Exercices. Il devint meilleur, se consacra au salut du prochain jusqu'à la fondation de la Compagnie, puis après cette fondation se fit le disciple de son fils spirituel.

Les Exercices ne sont pas seulement une préparation plus ou moins lointaine au service de Dieu ; ils embrasent encore le cœur d'un ardent amour pour notre divin Sauveur. Nos annales racontent qu'une furieuse persécution s'étant élevée au Japon contre les chrétiens, on les vit aussitôt hommes, femmes et enfants accourir auprès des Pères de la Compagnie pour demander l'armure sainte que leur offraient les Exercices. Un espoir aussi légitime ne fut point trompé ; à l'héroïque patience, à la joie incompréhensible que montrèrent dans les tortures ces généreux athlètes, il était aisé de reconnaître la force qu'ils avaient puisée à cette source ; les tourments d'un feu lent.de l'eau bouillante ou glacée, la mort sur la croix ou sous le glaive, les supplices les plus barbares que sut imaginer la haine de leur foi, les trouvèrent invincibles.

Aux prêtres surtout les Exercices portent des lumières, une conviction qui ne tardent pas à se manifester au dehors par une vive et incessante action sur les cœurs. Un général de l'ordre.le P. Mercurian (62), déclarait que le livre des Exercices bien étudié pouvait servir de bibliothèque aux prédicateurs, de guide aux maîtres de la vie spirituelle. Gilles Foscarari, l'un des trois théologiens chargés d'examiner cet ouvrage, devint évêque de Modène ; sur-le-champ il fit donner dans son nouveau diocèse les exercices de la première semaine. Les résultats en furent merveilleux dans Modène même et dans une foule d'autres

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