‹ Histoire de Saint Ignace de LoyolaChapitre 5 sur 31 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Père, je me sentis comme porté en sa présence. Mes cheveux se dressèrent sur ma tête, j'éprouvais un ébranlement général, et une ardeur brûlante dans tout mon corps; puis les larmes redoublèrent et j'eus une plus vive dévotion et une connaissance surnaturelle de la très-sainte Trinité. Il y avait tant de douceur dans ces lumières et ces visions, que le langage humain ne la saurait exprimer...

« Toujours même abondance de lumières surnaturelles, de visions célestes, de consolations indicibles, de larmes intarissables... Les seuls noms de Dieu et de Notre-Seigneur me pénèirent d'un respect et d'une humilité inexprimables.A Après l'oraison, nouveaux mouvements intérieurs, tout à fait inaccoutumés : larmes et sanglots, grand amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, vif désir de mourir pour lui et avec lui, plutôt que de vivre avec tout autre.

« En approchant de l'autel, le nom de Jésus me

venant à la pensée, je me sentais entraîné vers lui, et je comprenais que la plus forte raison de nous vouer à une extrême pauvreté, était précisément que nous avons Jésus pour chef de la Compagnie... Je me souviens qu'au moment où Dieu me réunit à son Fils, j'éprouvai un ardent désir de graver dans mon cœur le nom de Jésus, et ce désir était accompagné d'une grande abondance de larmes...

<( Lorsque je conversais avec la divine Majesté, je

sentis pour elle une affection si vive, qu'elle me semblait répondre à son amour; jamais je n'avais reçu une visite céleste aussi excellente; jamais je n'avais éprouvé un amour aussi doux, aussi sensible... Dans la chapelle, non-

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velleslarmes, nouvelle dévotion. Une fois babillé et à l'autel, ce fut une surabondance de larmes et de sanglots accompagnée d'un amour brûlant pour la très-sainte Trinité. En disant la messe, mômes impressions, mes pleurs continuant, malgré la douleur que je ressentais à un œil ; il me vint en pensée que je le perdrais si ces larmes ne s'arrêtaient pas. A ces paroles: Vlaceat tihi, sanda Trinitas, j'éprouvai un surcroît de ces inénarrables émotions... Toutes ces délices spirituelles avaient pour objet la trèssainte Trinité, qui m'attirait à elle et à son amour.

« Après la messe, je me mis en oraison, prés de l'autel... toujours larmes et sanglots causés par cet attrait vers la très-sainte Trinité. J'en éprouvai des délices ineffables dont il me fut impossible de me distraire pendant toute cette journée, soit dans la maison, soit dans la ville. Ces sentiments impétueux et cette disposition aux larmes se renouvelaient en pensant à la très-sainte Trinité.

J'allaisdire une messe du Saint-Esprit; je m'adressai tendrement à ce divin Maître: alors, il me sembla le sentir et le voir au milieu d'une clarté singulière, sous la forme d'une llamme brillante et d'une manière inaccoutumée, et cela pendant qu'on préparait l'autel et que je m'habillais. Je célébrai avec une grande émotion inléiienre; par moments, je perdais la parole... Jesentiset je vis ensuite que Notre-Dame m'était propice auprès du Père éternel. Pendant les oraisons adressées soit au Père, soit au Fils, et au moment de la consécration, je voyais qu'elle était coDime la porte de la source des grâces ; en me montrant la chair sacrée de son divin Fils, elle me montrait aussi la

sienne, et je concevais ces choses en esprit, avec une clarté inexplicable...

« Dans mon oraison ordinaire, j'ai eu beaucoup de

lumières et de dévotion...

" Dans l'église, et plus tard hors de la maison, j'ai

aperçu la Patrie céleste, et au milieu son souverain Seigneur, comme j'aurais pu apercevoir trois personnes distinctes, et, dans le Père, la seconde et la troisième...

« Quand j'entrai dans la chapelle pour prier, je sentis, ou, pour parler plus exactement, je vis, par une vertu surnaturelle, la très-sainte Trinité et Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui m'était représenté comme mon médiateur auprès d'elle, ou comme le moyen par lequel cette vision intellectuelle m'était communiquée. Elle me fit verser des ruisseaux de larmes et éprouver une surabondance d'amour.

« En disant la messe avec beaucoup de dévotion, j'eus un moment cette même vision de la Irès-sainte Trinité, et elle accrut toujours davantage mon amour envers la divine Majesté.

« Au Te igitur, sentiment et vision, non point obscurs, mais une perception très-claire de VÈtre même ou de l'essence divine sous l'aspect d'un soleil. De cette essence paraissait sortir le Père, et, lorsque je dis ces paroles : Te igitur, clementissime Pater, je me représentai plutôt l'essence divine que le Père. Et, en me représentant aussi l'être divin ou l'essence de la sainte Trinité, sans distinction des trois personnes, je fus saisi d'une profonde dévotion pour cette essence diviue ainsi figurée... En outre, attendrissement, larmes et sentiments d'amour ardent.

« Après la messe, je priais à l'autel, quand la même essence divine se montra de nouveau à moi sous une forme sphérique, et je voyais, eu quelque sorte, les trois personnes comme la première, c'est-à-dire que le Père, le Fils et le Saint-Esprit semblaient dérivés de cette essence divine, sans sortir toutefois des limites de cette vision sphérique, laquelle me porta à de nouvelles et brûlantes aspirations, et à des larmes abondantes...

« J'étais dans la chapelle, et rempli de piété envers

la très-sainte Trinité : je ne vis pas ainsi que les jours précédents, les trois personnes distinctes, mais je vis, comme dans une brillante clarté, une essence qui m'embrasait d'amour. Au commencement de la messe, l'ardeur de mes sentiments m'empêchait de prononcer In nomme Pains..., et pendant toute la durée du saint sacrifice, je ressentis cette dévotion avec ses manifestations habituelles. Ces vives émotions se rapportaient à la très-sainte Trinité. Par moments, j'éprouvais les mêmes sentiments pour Notre-Seigneur : il me semblait être sous son ombre et sa direction, ce qui, loin de diminuer mon union avec la divine Majesté, ne faisait que l'accroître...

« .... Je me préparais à célébrer la messe : soudain je fus saisi de la pensée que, pour le faire dignement, je devrais être un ange, et de douces larmes coulèrent de mes yeux... Dans un autre moment, la vision de la très-sainte Trinité se représenta d'abord : celle de l'être, puis celle du Père, allant ainsi de l'ensemble à chacune des personnes. Dans d'autres moments, cette perception m'arrivait d'une autre manière et avec moins de netteté...

« Pendant la messe, de fréquentes interruptions des lumières accordées par la très-sainte Trinité, éclairaient mon intelligence... Il me semblait que les plus longues études n'auraient jamais pu ra'enseigner ces choses...

« Pendant la messe, des larmes abondantes m'ôlaient la parole, puis, des communications spirituelles si claires, que je croyais n'avoir plus rien à comprendre au sujet de la très-sainte Trinité. Pendant cette messe, je connus, je sentis, etDominus scit, qu'en parlant du Père, et voyant qu'il était une des personnes de la sainte Trinité, je m'attachais d'autant plus à l'aimer, que les autres personnes étaient renfermées en lui. J'éprouvai m\ effet semblable eu priant et Fils et le Saint-Esprit, adorant chacune des personnes divines, me consacrant à elles, et me réjouissant d'appartenir à toutes les trois, ce qui était pour moi un si grand bonheur, que je ne cessais de me dire : Qui es-tu ? Que méritestu ? Pourquoi reçois-tu tant de grâces ?

M Encore une tendre dévotion, des larmes à la messe, perte de la parole... Il me semblait, en priant le Père, que le Sauveur Jésus lui présentait mes prières. Je le voyais le le sentais d'une manière qu'il m'est impossible d'expliquer... Soit dans la maison, soit dehors, Jésus s'offrait de nouveau à moi... Alors mes larmes coulaient encore, et les émotions intérieures se faisaient vivement sentir... Entendre, voir Jésus Notre-Seigneur m'embrasait d'un tel amour, que rien au monde ne me paraissait capable de me séparer de lui... »

Le saint fondateur de la Compagnie de J(''sus, — on a pu en juger par les fragments qui précèdent, — vivait entre le ciel et la terre et n'était jamais loin de Dieu par la pensée. Est-il surprenant que l'enfer le poursuivit de sa haine et lui susciiât de si fréquentes persécutions ! Est-il surprenant que le ciel le couvrit toujours de sa protection elle fit triompher si glorieusement de ses ennemis?

Il n'y avait pas encore un an que la Compagnie était érigée en ordre religieux, que, sur la réputation de science et de vertu de ses membres, tous les Étals européens demandaient à en posséder quelques-uns. Le roi de Portugal, ne pouvant obtenir de garderpour Lisbonne les deux saints apôtres qn'on lui avait accordés, envoya François de Xavier dans les Indes, d'après la décision d'Ignace, et garda Simon Rodrigucz qu'il chargea de fonder un collège et une pépinière d'apôtres de sa sainte Compagnie, pour les besoins du Portugal et de ses possessions dans les Indes; il prit sur lui tous les frais de ces établissements.

Don Pedro Ortiz, qui avait obtenu du pape la faveur d'emmener Pierre Lefèvreà la diète de "Worms, où il se rendait comme ambassadeur de Charles- Quint, sollicita l'autorisation de l'emmener en Espagne, où il espérait lui

voir faire autant de bien qu'eu Allemagne. Mais Pierre Lefèvre avait opéré des prodiges pour la gloire de Dieu, à Worms, à Vienne et à Ratisbonne; ces deux dernières villes ne purent consentir à le perdre qu'à la condition qu'on leur donnerait un autre membre de la Compagnie pour le remplacer. Le pape en accorda deux pour l'Allemagne : Nicolas Bobadilla, qu'il enleva à l'île d'Ischia, et Claude Lejay.

L'Irlande, à son tour, fit valoir le danger auquel la défection d'Henri VIII exposait la foi catholique de ses populations, et le souverain Pontife demanda à notre saint deux de ses apôtres pour l'y maintenir par leur zèle et la sainteté de leur vie ; Ignace désigna les Pères Salmeron et Brouët. Il avait choisi d'abord Jean Godure, mais, le départ pour l'Irlande ayant été ajourné, le Père Codure tomba malade et donna aussitôt de vives craintes pour sa vie. Le 29 août de cette môme année 1541, saint Ignace, accompagné du Père Laynez, allait dire la messe pour son cher malade, à l'église de Saint-Pierre in Montorio, lorsque, passant sur le pont de Sixte, il s'arrêta soudain et dit au Père Laynez :

— Retournons à la maison, mon Diego, car notre Codure est mort.

Il était mort, en effet, au moment où notre saint en avait eu la révélation. On remarqua que le Père Jean Codure, né le 24 juin, fête de la naissance de son patron, avait reçu les ordres sacrés le 24 juin, et était mort le même jour et au même âge que le saint précurseur.

Salmeron le remplaça pour la mission d'Irlande. Le pape lui donna, ainsi qu'au Père Brouët, le titre et les pouvoirs

de nonce apostolique, comme il l'avait fait pour François de Xavier partant pour l'Orient. Il leur donna en même temps des instructions confidentielles dont saint Ignace ne s'occupa nullement; mais ce dont il s'occupa pour eux dans leur nouvelle mission ce fut de leur tracer par écrit le plan de conduite qu'ils devaient suivre pour ne rien perdre de l'esprit de la Compagnie. Nous reproduisons ce monument de prudence et d'habileté, dont nous empruntons la traduction à M. Grétineau-Joly.

« Je vous recommande d'être avec tout le monde en général, mais surtout avec vos égaux et vos inférieurs, sobres et circonspects dans vos paroles, toujours disposés et patients à écouter, prêtant une oreille attentive jusqu'à ce que les personnes qui vous entretiennent vous aient dévoilé le fond de leurs sentiments. Alors vous leur donnerez une réponse claire et brève, qui prôvieune toutes les instances. Afin de vous concilier la bienveillance des hommes, dans le désir d'étendre le royaume de Dieu, vous vous ferez tout à tous, à l'exemple de l'Apôtre, pour les gagner à Jésus- Christ. Rien, en etfet, n'est plus propre que la ressemblance des goûts et des habitudes à se concilier ralTection, à gagner les cœurs. Ainsi, après avoir étudié le caractère et les mœurs de chaque personne, vous chercherez à vous y conformer, autant que le permettra le devoir, en sorte que si vous traitez avec un caractère vif et ardent, vous secouiez toute lenteur ennuyeuse. Il faut, au contraire, devenir lents et mesurés, si celui auquel vous parlez se montre plus circonspect et plus pesé dans ses discours. Du reste, si

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celui qui doit traiter avec un homme de tempérament irascible, a lui-même ce défaut, et s'ils ne s'accordent pas en tout l'un et l'autre dans leurs jugements, il est grandement à craindre qu'ils ne se laissent emporter à quelque accès de colère. C'est pourquoi celui qui reconnaît en lui cette propension, doit s'observer avec le soin le plus vigilant et nourrir son cœur d'une provision de force pour que la colère ne le surprenne pas, mais qu'il supporte plutôt avec égalité d'âme tout ce qu'il soulTrira de la part de l'autre, fût-il même son inférieur. Les contestations et les querelles sont bien moins à craindre de la part des esprits tranquilles et lents, que de celle des personnes vives et ardentes.

« Pour attirer les hommes à la vertu et combattre l'ennemi du salut, vous emploierez les armes dont il se sert pour les perdre : tel est le conseil de saint Basile. Lorsque le démon attaque un homme juste, il ne lui découvre pas ses pièges, il les cache au contraire et ne l'attaque qu'indirectement, sans combattre ses pieuses inclinations, faignantmême de s'y conformer; mais peu à peu il l'attire et le surprend dans ses pièges. Ainsi convient-il de suivre une marche semblable pour retirer les hommes du péché. Commencez par louer avec prudence ce qu'ils ont de bon, sans attaquer d'abord leurs vices ; lorsque vous aurez ga- ■ gné leur confiance, appliquez le remède propre à les guérir. A l'égard des personnes tristes ou troublées, montrez, en leur parlant, autant que vous le pourrez, un visage gai et serein ; usez delà plus grande douceur dans vos paroles, afin de les ramener plus aisément à la tranquillité de l'âme, combattant un extrême par un extrême.

GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 4t

« Non-seulement dans vos sermons, mais encore dans vos discours particuliers, surtout lorsque vous réconcilierez entre eux des ennemis, ne perdez pas de vue que toutes vos paroles peuvent être publiées, ce que vous dites danj les ténèbres, manifesté au grand jour. Dans les affaires, anticipez le temps plutôt que de différer ou d'ajourner. Si vous promettez quelque chose pour demain, faites-le aujourd'hui.

« Quant à l'argent, ne touchez pas même à celui qui serait fixé pour les dispenses que vous accorderez. Faites-le distribuer aux pauvres par des mains étrangères, ou employez-le en bonnes œuvres, afin que vous puissiez, si besoin était, assurer avec serment que, dans le cours de votre légation, vous n'avez pas reçu une obole. Lorsqu'il faudra parler aux grands, que Pasquier Brouët en soit chargé. Délibérez entre vous sur tous les points à l'égard desquels vos sentiments seraient partagés ; faites ce que deux sur trois auraient approuvé ; écrivez souvent à Rome durant votre voyage, aussitôt que vous serez arrivés en Ecosse, et aussi quand vous aurez pénétré en Irlande. Reudez compte, tous les mois, des affaires de la légation. »

Le saint fondateur était donc dépouillé de ses premiers, de ses plus chers disciples ; il lui restait encore le Père Laynez : la république de Venise le demanda si instamment, qu'il lui fut accordé.

Il est vrai que le nombre des novices était déjà considérable. On a vu que plusieurs n'aiiendaient plus qu'un mot de notre saint pour accourir et se soumettre à ce qu'il de-

manderait d'eux. Il les avait reçus dès que la Compagnie avait été approuvée par le pape, et leur noviciat était d'autant plus facile à leur ferveur, que saint Ignace lui-même les y avait préparés plus longtemps. Nous y retrouvons le neveu chéri de notre saint, Antonio d'Araoz ; Francisco Strada, qu'il avait empêciié d'aller s'enrôler dans l'armée de Naples ; Diego d'Eguia, cet ami qui l'aidait dans ses bonnes œuvres à Alcala, et qu'il retrouva à Venise, et Pierre Piibadeneira. Tous rappelaient à Ignace la vertu de ses premiers disciples, tous s'aimaient avec une incomparable charité. Leur vie tout angélique répandait au loin un parfum qui attirait les âmes et les fixait auprès d'eux, ou les attachait à Dieu pour toujours.

Un ardent luthérien, venu à Rome pour faire de la propagande hérétique, ménagea si peu ses moyens de prosélytisme, qu'il se fit arrêter et enfermer. Il était assez jeune et avait assez de talent pour faire espérer de le ramener à la vérité ; mais tout ce qu'on put faire pour l'éclairer n'aboutit qu'à l'irriter. On eut alors la pensée de le mettre dans la maison de saint Ignace, et de ne se plus occuper de lui en apparence ; on ne pouvait croire qu'il résistât longtemps au spectacle qu'il aurait sans cesse sous les yeux. Ignace l'accueillit avec sa bienveillance et sa mansuétude ordinaires, lui dit qu'il serait parfaitement libre dans l'intérieur, et qu'on ne lui demandait autre chose que d'éviter le bruit qui trouble le recueillement, et les entretiens hors des heures de récréation, le silence étant indispensable dans leur maison.

Le jeune hérétique, bientôt ravi de respirer un air si pur,

de vivre dans une atmosphère si calme, si douce, si embaumée, se trouva vaincu sans s'en douter. Il chercha à se rendre compte du changement de sa disposition, et sa conscience lui répondit que le calme de l'esprit, la paix de l'âme, la joie du cœur ne se trouvent que dans la vérité. Ce qu'il voyait,ce qu'il admirait,c'était l'Évangile en action ; ce qu'il sentait, ce qu'il savourait avec délices, c'était le parfum évangélique, c'était l'esprit de la véritable foi qui se rapprochait de lui par l'effet des prières et des mérites de la Compagnie de Jésus.

Après sa conversion, un grand personnage lui demandait comment il avait pu résister silongtemps aux raisonnements et aux preuves des plus savants docteurs :

— C'est, répondit-il, parce que la discussion est irritante, tandis que l'exemple est tout-puissant. Quand j'ai vu toutes les vertus, toute la sainteté du Père Ignace et de sa Compagnie, il m'a semblé impossible que la véritable foi ne se trouvât pas unie à cette vie si pure, si douce, si mortifiée, si angélique ; c'est là seulement ce qui m'a touché et éclairé.

Et pourtant, il avait été témoin des épreuves auxquelles la vertu des novices était soumise. Saint Ignace n'admettait que les saints dans sa compagnie de héros. Si les épreuves ne fortifiaient pas les novices de manière à garantir de véritables saints, il refusait de les recevoir à la profession...

— Si je désirais que ma vie fût prolongée, disait-il, ce serait pour redoubler de surveillance dans le choix de nos sujets K

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