LIVRE DEUXIEME
sein Bertrand, membre de la commission des Douze, qui s'opposa courageusement à ses violences; elle rappelle dans son sein les autres détenus, plutôt trompés que coupables.
» Art. IV. La Convention nationale ordonne l'impression des pièces remises au Comité de Salut public, et décrète l'envoi aux départements. »
Les conclusions de ce rapport, qui avait été fréquemment interrompu par les applaudissements de l'Assemblée, furent adoptées sans discussion dans la séance du 28 juillet.
A part quelques erreurs manifestes, que nous avons pris soin de relever en passant, erreurs provenant certainement des calomnies répandues par Camille Desmoulins dans son Histoire des Brissotins, presque tous les faits dénoncés par Saint-Just ont été, comme nous l'avons dit, confirmés par l'histoire; et l'auteur du libelle en deux volumes publié contre Saint-Just, n'a pas, luimême! essayé d'en justifier les Girondins.
Ce rapport, auquel le talent de son auteur et la modération qui y règne donnaient une portée immense, eut en France un long retentissement, et contribua pour beaucoup à rallier à la Convention un grand nombre des départements insurgés contre elle. Une brochure anonyme, attribuée à Louvet et datée de Caen, parut en réponse. Mais, rédigée par des gens trop spirituels, émaillée de sarcasmes plus ou moins absurdes, elle ne pouvait avoir aucune portée. Ce n'est pas ainsi que se défend l'innocence. L'auteur y plaisante agréablement Saint-Just, qu'il appelle Monsieur le Chevalier, sur « sa gentillesse, ses charmantes sottises, ses nobles joues et ses brillantes antithèses. » Railler n'est pas
répondre; et les meilleures plaisanteries ne valent pas la plus petite justification.
Que l'on compare à ce rapport, si ferme et si modéré à la fois, le livre de Camille Desmoulins, où le cynisme des accusations le dispute au cynisme de l'expression, et l'on verra de quel côté sont le bon goût, le tact et la dignité qui convenaient à un représentant du peuple. Je ne veux citer comme exemple que ces quelques lignes tirées du Brissot dévoilé : « On se demandera un jour ce que c'était qu'un Brissotin. Je fais la motion que pour en conserver la plus parfaite image, celui-ci (Rabaut) soit empaillé, et je m'oppose à ce qu'on le guillotine, si le cas y échet, afin de conserver l'original entier au cabinet d'histoire naturelle. » Ah! le jour où ces pauvres Girondins furent condamnes à mort par le tribunal révolutionnaire, il eut bien raison, l'auteur de cette phrase indigne, de s'écrier, en pleurant : « Malheureux, c'est moi qui les tue! » s'il est vrai qu'il prononça ces paroles (1).
Ce n'est pas lui cependant qui leur a été le plus fatal. Quatre jours après celui où Saint-Just avait décrit, dans ce style plein de grandeur et de passion patriotique, dont nous avons donné une idée, les troubles suscités au sein de la République par quelques hommes égarés, Marat qui, malade au physique comme au moral, avait cessé, pour ainsi dire, de paraître à la Convention, fut
(1) Il est plus que probable que jamais ees mots ne furent prononcés. Us ont élé prêtés à Camille par Vilate, qui, détenu en thermidor, essaya, par tous les moyens, d'intéresser en sa faveur les thermidoriens, anciens amis de Camille Desmoulins. Celui-ci n'écrivait-il pas encore, longtemps après la mort des Girondins, dans son n° 5 du Vieux Cordelier, en s"adressanl à Hébert : « Je vais te démasquer comme j'ai démasqué Brissot. » Voyez le Vieux Corddier.