‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 119 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

vigueur ni avec faiblesse, parce que la liberté vient par une salutaire anarchie, et que l'esclavage vient souvent avec l'ordre absolu. »

Puis, après avoir dépeint tous les rois intéressés à faire la guerre à la France pour empêcher l'établissement du gouvernement républicain, et ne perdant que des esclaves tandis que le feu et les maladies déciment par milliers les défenseurs de la liberté, il termine en ces termes :

« Il faut donc que notre gouvernement regagne d'un côté ce qu'il a perdu de l'autre; il doit mettre tous les ennemis de la liberté dans l'impossibilité de lui nuire à mesure que les gens de bien périssent. Il faut faire la guerre avec prudence et ménager notre sang, car on n'en veut qu'à lui, l'Europe en a soif : vous avez cent mille hommes dans le tombeau qui ne défendent plus la liberté !

» Le gouvernement est leur assassin; c'est le crime des uns, c'est l'impuissance des autres et leur incapacité.

» Tous ceux qu'emploie le gouvernement sont paresseux; tout homme en place ne fait rien lui-même, et prend des agents secondaires; le premier agent secondaire a les siens, et la République est en proie à vingt mille sots qui la corrompent, qui la saignent.

» Vous devez diminuer partout le nombre des agents, afin que les gens travaillent et pensent.

» Le ministère est un monde de papier. Je ne sais point comment Rome et l'Egypte se gouvernaient sans cette ressource : on pensait beaucoup, on écrivait peu. La prolixité de la correspondance et des ordres du gouvernement est une marque de son inertie; il est impossible que l'on gouverne sans laconisme. Les représentants du

peuple, les généraux, les administrateurs sont environnés de bureaux comme les anciens hommes de palais ; il ne se fait rien, et la dépense est pourtant énorme. Les bureaux ont remplacé le monarchisme; le dénom d'écrire nous fait la guerre, et l'on ne gouverne point.

» Il est peu d'hommes à la tête de nos établissements dont les vues soient grandes et de bonne foi : le service public, tel qu'on le fait, n'est pas vertu, il est métier.

» Tout enfin a concouru au malheur du peuple et à la disette : l'aristocratie, l'avarice, l'inertie., les voleurs, la mauvaise méthode. Il faut donc rectifier le gouvernement tout entier pour arrêter l'impulsion que nos ennemis s'efforcent de lui donner vers la tyrannie. Quand tous les abus seront corrigés, la compression de tout mal amènera le bien; on verra renaître l'abondance d'ellemême.

» J'ai parcouru rapidement la situation de l'État, ses besoins et ses maux : c'est à votre sagesse de faire le reste ; c'est au concours de tous les talents à étendre les vues du Comité de Salut public. Il m'a chargé de vous présenter les mesures suivantes de gouvernement.

Du gouvernement.

« Art. I. Le gouvernement provisoire de la France est révolutionnaire jusqu'à la paix.

» II. Le Conseil exécutif provisoire, les ministres, les généraux, les corps constitués, sont placés sous la surveillance du Comité de Salut public, qui en rendra compte tous les huit jours à la Convention.

» III. Toute mesure de sûreté doit être prise par le conseil exécutif provisoire , sous l'autorisation du Comité, qui en rendra compte à la Convention.

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