LIVRE TROISIEME
glaive à côté de l'abus , en sorte que tout soit libre dans la République, excepté ceux qui conjurent contre elle et qui gouvernent mal...
» Aujourd'hui que la République a douze cent mille hommes à nourrir , des rebelles à soumettre et le peuple à sauver ; aujourd'hui qu'il s'agit de prouver à l'Europe qu'il n'est point en son pouvoir de rétablir chez nous l'autorité d'un seul, vous devez rendre le gouvernement propre à vous seconder dans vos desseins, propre à l'économie et au bonheur public.
» Vous devez mettre en sûreté les rades, construire promptement de nombreux vaisseaux , remplir le trésor public , ramener l'abondance , approvisionner Paris comme en état de siège jusqu'à la paix; vous devez tout remplir d'activité , rallier les armées au peuple et à la Convention nationale. »
Il trace ensuite, de main de maître, les devoirs des députés envoyés en mission aux armées :
« Il n'est pas inutile non plus que les devoirs des représentants du peuple auprès des armées leur soient sévèrement recommandés ; ils y doivent être les pères et les amis du soldat; ils doivent coucher sous la tente; ils doivent être présents aux exercices militaires, ils doivent être peu familiers avec les généraux, afin que le soldat ait plus de confiance dans leur justice et leur impartialité quand il les aborde; le soldat doit les trouver jour et nuit prêts à l'entendre ; les représentants doivent manger seuls; ils doivent être frugals, et se souvenir qu'ils répondent du salut public, et que la chute éternelle des rois est préférable à la mollesse passagère.
» Ceux qui font des révolutions dans le monde, ceux
qui veulent faire le bien, ne doivent dormir que dans le tombeau. »
Après s'être plaint de l'inertie de la plupart des chefs, devenus un objet de risée pour les vieux soldats, il critique l'ancien système militaire de la monarchie, comme ne convenant plus aux temps modernes et surtout au caractère français, et développe, d'intuition, les préceptes de l'art nouveau qui , sous la République et sous l'Empire, attacha presque constamment la victoire à nos drapeaux.
« Le système militaire de notre nation, dit-il, doit être autre que celui de ses ennemis : or, si la nation française est terrible par sa fougue, son adresse, et si ses ennemis sont lourds, froids et tardifs, son système militaire doit être impétueux.
» Si la nation française, poursuit-il , est pressée dans cette guerre par toutes les passions fortes et généreuses, l'amour de la liberté, la haine des tyrans et de l'oppression; si, au contraire, ses ennemis sont des esclaves mercenaires, automates sans passions, le système de guerre des armes françaises doit être l'ordre du choc. »
L'administration , suivant lui , doit venir en aide à la discipline et être purgée des brigands qui volent les rations des chevaux , les vivres et l'habillement des troupes, et contre lesquels il faut user delà plus grande sévérité si l'on veut éviter la dissolution de la République. Il énumère les difficultés de toute nature dont est accablé un gouvernement nouveau : la superstition des uns pour l'autorité détruite , l'ambition et l'hypocrisie des autres. « La liberté a son enfance ; on n'ose gouverner ni avec