‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 130 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Quant à la réponse trop spirituelle citée plus haut, elle n'est certainement pas de l'invention de M. Éd. Fleury, qui n'en a été que le complaisant éditeur; mais elle est de tout le monde, chez le peuple le plus spirituel de la terre, excepté de celui auquel on l'a si gratuitement attribuée. Elle a été imaginée après coup, par quelque plaisant; c'est de toute évidence. Qui donc s'est jamais vanté de l'avoir entendue de la bouche de Saint-Just? N'était-on pas à cent lieues de prévoir alors la triste destinée réservée aux dantonistes ? Est-ce que, plus tard, Camille Desmoulins aurait manqué d'en faire mention dans son projet de défense? Saint-Just, d'ailleurs, avait une invincible répugnance pour toute espèce de plaisanterie. C'est lui qui a écrit ces lignes : « La où l'on censure les ridicules, on est corrompu ; là où l'on censure les vices, on est vertueux. Le premier tient delà monarchie, l'autre de la république. Celui qui plaisante à la tête du gouvernement, tend à la tyrannie (1). »

Montrons-nous donc sévères pour ces écrivains si prompts à accepter légèrement des commérages en l'air, dans l'unique but de flétrir la mémoire d'un homme. Que si quelques expressions de Saint-Just sont empreintes d'une violence regrettable, nous les avons citées et nous les citerons franchement, en faisant observer, toutefois, qu'il est de toute justice de lui tenir compte du moment où elles ont été prononcées. Au reste, dans ces temps de fièvre et d'irritation si légitime, nous trouverons difficilement une phrase plus sanglante que ces paroles froidement atroces dont un ministre du dernier roi s'est servi pour apprendre à la France l'assassinat de la Pologne : « L'ordre règne a Varsovie. »

(1) Institutions républicaines.

Les membres du Comité de Salut public appréciaient hautement la dignité sérieuse de leur jeune collègue, qu'ils estimaient surtout à cause de l'austérité de ses mœurs, pour laquelle ses ennemis loyaux lui ont toujours rendu justice. Quand il parut nécessaire d'envoyer à Strasbourg un envoyé extraordinaire pour rétablir l'ordre dans le département du Bas-Rhin, en proie à l'invasion ennemie, aux menées réactionnaires et aux folies de Schneider, ce fut Saint-Just qu'on choisit comme le plus digne de cette importante mission. On lui adjoignit, sur sa demande, son collègue Philippe le Bas, qui venait de se distinguer dans une mission à l'armée du Nord. Trois mois devaient leur suffire pour ramener la victoire sous nos drapeaux, réprimer la contre-révolution et faire rentrer dans le devoir la démagogie turbulente.

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