‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 134 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

il garda près de lui la plus jeune de ses sœurs, Henriette, pour en faire la compagne de sa femme, devenue enceinte dès le premier mois de son mariage, et qu'il ne voulait pas abandonner à des soins mercenaires.

Henriette le Bas, sans être d'une beauté remarquable, était assez jolie ; elle plut à Saint-Just, pour qui elle éprouva elle-même un vif penchant. Un projet d'union fut arrêté entre eux, à la satisfaction des deux familles ; mais la célébration en fut ajournée à un temps plus calme. On espérait alors la fin prochaine des calamités publiques; et Saint-Just, ce grand ambitieux , n'enviait, après avoir aidé à l'affranchissement et à la grandeur de son pays régénéré, que quelques arpents de terre à la campagne, une femme aimée, et des livres pour occuper ses loisirs. Son amour pour Henriette fut pendant quelques mois l'unique occupation de son cœur, et dut être bien souvent, dans les circonstances difficiles où il se trouva, sa consolation et son soutien. Cependant le rêve des deux fiancés ne devait point se réaliser, et ce ne fut pas le 9 thermidor qui en fut la seule cause. Quelques mois avant cette funeste catastrophe, la passion de Saint- Just s'évanouit pour un motif des plus futiles. Henriette avait contracté la mauvaise habitude de prendre du tabac. La délicatesse de Saint-Just s'offusqua de ce petit défaut qu'il avait surpris chez la jeune fille. La rupture qui s'ensuivit entre les fiancés fut un sujet de désolation pour les deux familles, et jeta sur l'amitié de le Bas et de Saint-Just un nuage presque imperceptible, mais dont nous trouverons cependant la trace dans la correspondance du frère d'Henriette.

Mais cet amour était dans toute sa force et dans tout son rayonnement quand Saint-Just et le Bas furent envoyés à Strasbourg. Nous raconterons comment ces

illustres jeunes gens accomplirent leur mission ; et il est à croire que si tous les commissaires de la Convention avaient usé de la fermeté et de la modération qui furent la règle de leur conduite, on eût évité bien des remords, conjuré bien des périls, et assuré dans un temps trèscourt l'affermissement de la République.

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