‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 142 sur 351 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

(suite) CHAPITRE IV

État des armées dans le département du Bas-Rhin. — Sainl-Just et le Bas à Strasbourg.— Proclamation aux soldats.— Mesures extraordinaires. —La redoute d'Hohenheim.— Destitution de l'adjudant général Perdieu.

— Les troupes vêtues et soignées. — La discipline rétablie. — Affaire de Rescbfeld. — Héroïque réponse des représentants à un parlementaire prussien. — Précautions prises à l'intérieur. — Emprunt sur les riches.

— Arrestation des administrateurs du Bas-Rhin et de Strasbourg. — Le maire Monet. — Lettre à la société populaire. — Nouveaux commissaires nommés par la Convention. — Fondation des écoles primaires dans le département du Bas-Rhin. — Succès de nos armes. — L'ennemi conlrainl de lever le siège de Bilche. — Lettre de le Bas à sa femme. — Voyage à

Paris.

Vers la fin de l'année 1793, c'est-à-dire au mois de brumaire an n, au moment où Sainl-Just et le Bas furent envoyés dans le département du Bas-Rhin, notre frontière de l'Est était dans la situation la plus déplorable. ii. i

Sur les bords de la Sarre et du Rhin, les troupes républicaines, abandonnées et trahies, étaient en proie au plus amer découragement; une infâme perfidie avait livré à l'Autriche les lignes de Wissembourg, et, depuis le fort Vauban jusqu'à Saverne, depuis Landau jusqu'à Strasbourg, le territoire français était inondé de hordes ennemies.

11 y avait déjà, dans ce département et près des armées du Rhin et de la Moselle, un assez grand nombre de représentants en mission. Milhaud, Guyardin, Ruamps, Soubrany et quelques autres faisaient de leur mieux afin de réprimer l'audace des contre-révolutionnaires, qui, enhardis par les succès faciles de Wurmser, ne dissimulaient plus leurs projets et mettaient tout en œuvre pour livrer l'Alsace à l'étranger. Mais le défaut d'unité et de centralisation paralysait les efforts des commissaires de l'Assemblée, et le mal était au comble, quand la Convention jugea à propos d'investir Saint-Just et le Bas de pouvoirs extraordinaires et illimités.

Dès lors, tout changea de face en peu de jours. « Saint- Just, dit M. Michelet, apparut, non comme un représentant, mais comme un roi, comme un dieu. Armé de pouvoirs immenses sur deux armées, cinq départements, il se trouva plus grand encore par sa haute et fière nature^). »

Le fait est que les deux nouveaux commissaires frappèrent de suite les imaginations par leur gravité, par leurs manières exemptes de faste et d'affectation et par la rigide austérité de leur mœurs. Les autorités constituées s'empressèrent de leur rendre visite. A l'accueil sévère des représentants, elles durent comprendre que les

(1) Michelet : Histoire de la Révolution française, t. Vil, p. 16.

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