‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 143 sur 351 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

choses allaient prendre une autre tournure, qu'il était temps de mettre fin à l'anarchie démagogique ou réactionnaire, et qu'il fallait assurer le triomphe de la République ou périr à l'œuvre.

D'un coup d'œil, Saint-Just et le Bas embrassèrent les périls et les embarras de la situation. A peine arrivés, le 3 brumaire, ils adressèrent la proclamation suivante aux soldats de l'armée du Rhin :

« Nous arrivons et nous jurons, au nom de l'armée, que l'ennemi sera vaincu. S'il est ici des traîtres et des indifférents même à la cause du peuple, nous apportons le glaive qui doit les frapper. Soldats, nous venons vous venger et vous donner des chefs qui vous mènent à la victoire. Nous avons résolu de chercher, de récompenser, d'avancer le mérite et de poursuivre tous les crimes, quels que soient ceux qui les aient commis. Courage, brave armée du Rhin, tu seras désormais heureuse et triomphante avec la liberté !

» 11 est ordonné à tous les chefs, officiers et agents quelconques du gouvernement de satisfaire dans trois jours aux justes plaintes des soldats. Après ce délai, nous entendrons nous-mêmes ces plaintes, et nous donnerons des exemples de justice et de sévérité que l'armée n'a point encore vus. »

Cette énergique proclamation produisit le meilleur effet dans l'armée; les soldats se sentirent encouragés et soutenus; l'enthousiasme de la liberté et l'espérance de la victoire se réveillèrent dans leurs cœurs ; et le même jour, Saint-Just et le Bas purent écrire à leurs collègues : '

« Nous adressons à la Convention nationale un drapeau prussien, pris parle brave capitaine du IIe régiment de dragons, qui le remettra lui-même. Nous espérons que l'avantage que vient de remporter l'armée du Rhin sera suivi de plus considérables. Nous partons pour l'armée; nous enverrons demain un courrier à la Convention nationale, avec les détails de cette affaire. Nous ferons ici notre devoir. »

Ce capitaine, qui fut admis aux honneurs de la séance, au milieu des applaudissements de l'Assemblée, était le citoyen Donadieu; devenu lieutenant général sous la Restauration, il se fn remarquer, à la chambre des députés, par le plus ardent royalisme.

Les plans indiqués par Saint-Just pour repousser l'invasion dénotent en lui un véritable génie militaire. Prévoyant l'intention où était l'ennemi de se fortifier dans les gorges de Saverne, pour dominer la Lorraine et l'Alsace, il conseille de combiner les mouvements des deux armées de la Moselle et du Rhin, de façon à l'en chasser peu à peu, et à reprendre le terrain jusqu'à Landau. 11 cherche, avant tout, pour mettre à la tète des troupes, un général habile et qui croie à la victoire. Apprenant la présence de Pichegru à Huningue, il lui dépêche un courrier et lui mande de venir en toute hâte. Pour renforcer les armées, appauvries par la désertion et le feu de l'ennemi, il incorpore dans les camps les jeunes gens de la première réquisition et demande au Comité de Salut public de faire passer de puissants renforts à Sarrebruck et à Saverne. « Faites partir en poste, écrit-il, des sabres, des pistolets, des carabines pour les dépôts de cavalerie, et que, dans douze jours, deux mille hommes de cavalerie soient rendus à Strasbourg... Dé-

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