CHAPITRE V
Danton menacé. — Arrestation de Hérault-Séclielles et de Simond. — Saint-Just en rend compte à l'Assemblée. — Robespierre accuse le parlement d'Angleterre. — Conduite de Danton. — Avertissements inutiles. — Les trois Comilés cte Salut public, de Sûreté générale et de Législation se réunissent. — Arrestation des dantonistes. — [.es noies de Robespierre et le rapport de Saint-Just. — Séance du 11 germinal. — Lecture du rapport de Saint-Just à la Convention. — Danton, Camille Desmoulins, Philippeaux et Lacroix sont décrétés d'accusation. — Leur procès. — Embarras du tribunal. — Conspiration des prisons. — Nouveau rapport de Saint-Just. — Exécution des dantonistes. — Conclusion.
Disons-le de suite : s'il y a, pour l'historien qui s'incline avec reconnaissance et respect devant la Révolution française, un épisode douloureux à étudier et pénible à retracer, c'est, à coup sûr, celui de la mort de Danton et de ses amis. Quoi ! ce géant de la Convention, l'orateur puissant dont la grande voix avait accompagné le tocsin dans la nuit du 10 août, et, comme un formidable écho,
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avait si souvent troublé le sommeil des rois; l'homme aux paroles électriques, qui avait poussé tant de milliers de jeunes soldats aux frontières en leur criant : « Faites la guerre en lions. » Quoi i cette image même du peuple dans sa majesté et ses irrésistibles élans, cette force vitale de la République, Danton enfin! va être livré au Tribunal révolutionnaire et immolé comme traître et conspirateur ? C'est à n'y pas croire ! Mais n'anticipons pas, et racontons quelle part Saint-Just, dans son austérité farouche et sa terrible bonne foi, prit à cette fatale immolation.
La mort des hébertistes avait assombri beaucoup de patriotes. Si nuisible qu'eût été cette faction, en salissant la République par ses excès, on se demandait s'il était bien temps de réprimer aussi violemment l'exaltation révolutionnaire, et si la réaction, qui avait tant applaudi au supplice d'Hébert, n'allait pas grandir et devenir plus menaçante après ce premier triomphe. Le Comité de Salut public comprit lui-même le danger, et, comme pour tracer la route à suivre en révolution entre les deux extrêmes, il se résolut à frapper la faction des indulgents et a poursuivre la corruption, là comme ailleurs. C'était la conséquence du dernier rapport de Saint-Just.
Hérault- Séchelles et Simond furent les premières victimes, pour avoir enfreint le décret de la Convention interdisant, sous peine de mort, de donner asile à un émigré. Le premier s'était déjà compromis par ses relations avec Proly, Dubuisson et autres intrigants qui avaient partagé la destinée d'Hébert ; le second, ancien vicaire général de l'évêque de Strasbourg, avait été intimement lié avec Euloge Schneider, le trop fameux accusateur public près le tribunal criminel du Bas-Rhin, et