‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 219 sur 351 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

l'éloge de Tétrell, prononcé par lui devant la Convention, éloge contre lequel protesta en masse le bataillon de l'Union du Bas-Rhin, par la bouche de Ruhl (1), avait achevé de le perdre dans l'esprit des républicains austères. 11 n'en fallut pas plus pour les rendre suspects l'un et l'autre. Le Comité de Sûreté générale les fit arrêter; et, deux jours seulement après l'incarcération d'Hébert, Saint-Just, au nom des deux Comités, vint rendre compte a l'Assemblée de l'arrestation de Hérault et de Simond. « Nous avons pensé, dit-il après avoir exposé les motifs de cette mesure sévère, que, dans une circonstance telle que celle où nous nous trouvons, la Convention nationale devait être inflexible, s'honorer de faire respecter ses décrets par ses membres avec la môme rigueur dont elle userait envers tout autre. » L'Assemblée confirma l'arrestation des deux députés.

Elle continuait ainsi de se décimer. Quelques jours avant, sur un rapport d'Amar, elle avait décrété d'accusation Chabot, Delaunay (d'Angers), Jullien (de Toulouse), Fabre d'Églantine et Bazire, et ordonné leur renvoi devant le Tribunal révolutionnaire. On sait pourquoi : Chabot, pour s'enrichir par l'agiotage, s'était associé à des banquiers étrangers, les frères Frey, dont il avait épousé la sœur; Delaunay (d'Angers) et Jullien (de Toulouse) avaient pris part à l'association. Quant à Bazire, on ne lui avait demandé que son silence pour le faire participer aux bénéfices de l'entreprise. « Son crime, disait le rapporteur, est d'avoir su ces complots et de s'être tu. » Fabre d'Églantine était accusé d'avoir falsifié un décret de la Convention. Si probable que soit, dans cette affaire, l'innocence de l'auteur du calendrier républicain,

(I) Voyez le Moniteur du 10 germinal an u, n° 190.

loi HISTOIRE DE SAINT-JUST

on ne peut s'étonner outre mesure de sa condamnation, si l'on se rappelle l'accablante déposition de Cambon contre lui.

Robespierre et Saint-Just ne voulaient souffrir aucune souillure dans l'Assemblée, rêve irréalisable, dont, cependant, il faut leur savoir gré, tout en regrettant ce qu'il y eut de farouche et de sombre dans leur honnêteté.

« J'appelle les tyrans de la terre, disait le premier, à se mesurer avec les représentants du peuple français ; j'appelle à ce rapprochement un homme dont le nom a trop souvent souillé cette enceinte, et que je m'abstiendrai de nommer; j'y appelle ce parlement d'Angleterre, associé aux crimes liberticides du ministre que je viens de vous indiquer, et qui a, dans ce moment, ainsi que tous nos ennemis, les yeux ouverts sur la France, pour voir quels seront les résultats du système affreux que l'on dirige contre nous. Savez-vous quelle différence il y a entre eux et les représentants du peuple français ? C'est que cet illustre parlement est entièrement corrompu, et que nous comptons dans la Convention nationale quelques individus atteints de corruption. C'est qu'à la face de la nation britannique les membres du parlement se- vantent du trafic de leur opinion et la donnent au plus offrant, et que, parmi nous, quand nous découvrons un traître ou un homme corrompu, nous l'envoyons à l'échafaud (1). »

Et n'y avait-il pas quelque chose d'héroïque dans cette Convention, lorsque, au moment où, de l'autre côté du détroit, Pitt, avec un cynisme révoltant, déclarait, malgré

(I) Séance du 26 ventôse an n ; Moniteur du 28, n" 178.

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