‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 3 sur 351 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Son père, vieux soldat, avait longtemps végété dans les grades inférieurs, et avait été décoré de la croix de Saint-Louis, distinction qui n'était accordée qu'en récompense d'une importante action d'éclat ou qu'après vingt-huit ans de service comme officier, mais qui ne conférait pas la noblesse. Mécontent d'une profession où les nobles seuls avaient quelque chance d'avancement et de fortune, il avait pris sa retraite, en se promettant bien de ne pas inspirer à son fils le goût d'une carrière dans laquelle il avait vécu obscurément et sans profit. Il ne se doutait guère alors qu'on n'était pas éloigné du jour où allait cesser cette injurieuse inégalité, et que bientôt, des profondeurs de ce peuple si longtemps méprisé, devait sortir une nuée de glorieux généraux, destinés à promener par toute l'Europe le drapeau de la France régénérée.

Après avoir réalisé quelques économies, il avait quitté le Nivernais et était venu s'établir dans les environs de

blesse, comme les Mole, les Séguicr, etc , ont un nom sans particule.

Les biographes ont fait naître Saint-Just les uns en 1768 les autres en 1769 ; pour les mettre d'accord, nous croyons devoir reproduire ici son extrait de naissance :

« Extrait du registre des actes de baptême de la paroisse de Décize pour l'année 1767.

» Le vingt-cinquième août mil sept cent soixante-sept, a été baptisé Louis-Antoine, né aujourd'hui, fils légitime de messire Louis-Jean de Saint-Just de Richebourg, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis, capitaine de cavalerie, ancien maréchal des logis de gendarmerie, compagnie d'ordonnance de monseigneur le duc de Berry, et de dame Jeanne-Marie Robinot. Son parrain a été Me Jeanne-Antoine Robinot, curé de Verneuil, et sa marraine dame Françoise Ravard, qui ont signé avec nous. »

Le registre est signé : Saint-Just de Richebourg ; Robinot, curé de Verneuil ; fme Ravard; Renault, maréchal des logis des gendarmes d'Orléans, et Robinot.

Noyon. Vers l'année 1773, il se fixa à Blérancourt, où il acheta quelques biens et vécut simplement de son modeste revenu, joint à ses pensions de retraite et de chevalier de Saint-Louis. On voit encore, dans une rue étroite, sa petite maison, derrière laquelle se trouve un jardin plein d'ombre, où, chaque jour il se promenait en surveillant les jeux de ses enfants. La Providence ne lui permit pas d'être témoin du grand mouvement révolutionnaire auquel il se serait certainement associé; il mourut en 1777, laissant une femme jeune encore, deux filles en bas âge et Louis-Antoine de Saint-Just, âgé alors de dix ans.

Madame de Saint-Just, charmante et charitable personne, qui survécut de quelques années à son fils, était d'une nature triste et comme résignée; c'est d'elle que Saint-Just tenait cette mélancolie un peu maladive qui se reflétait sur son visage, et cette aménité de manières dont il ne départit jamais, en dehors de ses emportements politiques et de sa fougue révolutionnaire. Elle aimait d'un amour excessif ce fils prédestiné, qui, jusqu'au dernier jour, lui rendit en adoration filiale sa tendresse maternelle. Ce fut donc avec une profonde douleur qu'elle se sépara de lui pour le mettre, à Soissons, au collège de Saint-Nicolas, dirigé par les oratoriens. Cette instruction de collège, faite à coups de pensums par des maîtres souvent indifférents, cette éducation en commun, si incomplète et si funeste parfois, convenaient peu au jeune Saint-Just, dont le caractère avait besoin d'égards et de prévenances. Aussi prit-il en haine ces murs sombres et tristes, cet enseignement incertain et ces agrégations de prêtres, contre lesquelles il tonnera un jour.

Nous ferons grâce au lecteur de quelques anecdotes

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