‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 4 sur 351 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

plus ou moins apocryphes, racontées sur Saint-Just pendant son séjour au collège de Soissons, par un écrivain de nos jours, qui a pieusement saisi l'occasion de jeter le plus de défaveur possible sur la mémoire de l'homme dont il a cru écrire l'histoire. Dans un intérêt de réaction fougueuse, cet écrivain a parsemé son récit de petites historiettes dont la naïveté doit faire sourire de pitié le lecteur sérieux. Tantôt c'est un honorable vieillard, condisciple de Saint-Just chez les oratoriens, qui lui a dépeint le caractère sombre et emporté de son camarade de classe. Malheur à quiconque eût osé troubler, dans ses méditations solitaires, le futur membre du Comité de Salut public! Voyez-vous cet écolier de douze ans qu'on ne pouvait approcher sans danger quand, loin du tumulte des jeux, il se promenait rêvant, non pas au renversement de la monarchie, qui paraissait bien solide encore, mais sans doute à sa mère absente et à ses sœurs, dont il aimait tant la douce société!

Il était donc bien timide au collège, l'honorable vieillard de qui M. Edouard Fleury tient ces graves renseignements (1)!

Tantôt c'est une vieille femme de Blérancourt qu'il a longuement interrogée, et que Saint-Just, enfant et prophète, avait effrayée d'une terrible façon en lui prédisant tous les bouleversements à venir.

Nous savons ce que valent ces appréciations de condisciples jaloux et haineux quelquefois, ces contes de vieilles femmes, dont la mémoire incertaine peut être complaisante, et avec qui l'on cause habilement sur des événements accomplis depuis soixante années, événe-

(I) M. Edouard Fleury, Saint-Just et la Terreur, 2 vol. in-18, 1852.

ments dont, la plupart du temps, elles n'ont pu apprécier ni la portée ni la valeur.

A coup sûr, les détails sur l'enfance et la première jeunesse des hommes qui ont marqué dans l'histoire sont d'un grand intérêt ; mais encore faut-il qu'ils découlent d'une source certaine; car, pour la satisfaction d'une opinion, imaginer quelques petites anecdotes à effet ou se faire l'écho de commérages suspects, c'est toujours en imposer à l'histoire, c'est quelquefois commettre une mauvaise action. Nous aussi, à Blérancourt et à Chauny, où nous rattachent des relations de famille, nous avons essayé de recueillir des renseignements exacts sur la vie intime de Saint-Just dans ses premières années; aucun de ceux qui nous ont été transmis ne nous a paru assez bien établi pour être digne de la publicité. Au reste, la commune de Blérancourt a été, depuis longtemps déjà exploitée au profit delà réaction, dont les écrivains ont habillé, à leur manière, les faits insignifiants qu'ils sont parvenus à recueillir. Aussi, jusqu'en 1848, la mémoire de Saint-Just ne fut guère en vénération parmi ses compatriotes, et sa famille ellemême osait à peine avouer sa parenté avec un scélérat qui avait eu l'idée de dépouiller ses héritiers en faisant hommage de son patrimoine à la République. La mémoire de Calvin avait eu le même sort à Noyon il y a, quelques cents ans.

A la chute du gouvernement de Juillet, on se souvint, dans Blérancourt, qu'on avait quelques titres à la protection des républicains, et l'on essaya de les produire; mais les événements ultérieurs étouffèrent bientôt ces velléités de zèle, et, grâce aux odieuses calomnies répandues sur la mémoire de Saint-Just, son nom, si puissant jadis dans cette froide contrée, y est redevenu comme

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