‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 49 sur 351 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

de magistrature ne serait pas obligatoire pour le souverain.

» Mais hâtez -vous de juger le roi, car il n'est pas de citoyen qui n'ait sur lui le droit qu'avait Brutus sur César. Vous ne pourriez pas plutôt punir cette action envers cet étranger, que vous n'avez puni la mort de Léopold et de Gustave. Louis était un autre Catilina. Le meurtrier, comme le consul de Rome, jurerait qu'il a sauvé la patrie. Vous avez vu ses desseins perfides; vous avez vu son armée; le traître n'était pas le roi des Français, c'était le roi de quelques conjurés. Il faisait des levées secrètes de troupes; il avait des magistrats particuliers; il regardait les citoyens comme des esclaves; il avait proscrit secrètement tous les gens de bien et de courage ; il est le meurtrier de Nancy , du Champ-de- Mars, de Gourtrai, des Tuileries; quel ennemi, quel étranger nous a fait plus de mal? Il doit être jugépromptement , c'est le conseil de la sagesse et de la saine politique. On cherche à remuer la pitié; on achètera bientôt des larmes, comme aux enterrements de Rome; on fera tout pour nous intéresser, pour nous corrompre même. Peuple ! si le roi est jamais absous, souviens-toi que nous ne serons plus dignes de ta confiance, et tu pourrais nous accuser de perfidie. »

Ce discours produisit un immense effet. Ce ne fut pas la Montagne seulement qui l'accueillit par les plus vifs applaudissements, ce fut aussi la Gironde, qui se mit au diapason du jeune orateur; ce ne fut pas seulement le rédacteur du journal Le Républicain, qui en fit le plus pompeux éloge et qui y trouva « force de raisonnements, de vues profondes et cette philosophie si nécessaire à ceux qui doivent rédiger le pacte social d'une grande

nation ; » ce fut aussi le girondin Brissot, qui écrivit, dans le Patriote : « Parmi des idées exagérées, qui décèlent la jeunesse de l'orateur, il y a, dans ce discours, des détails lumineux, un talent qui peut honorer la France. »

Saint-Just, on peut le dire, avait débuté par un coup de maître: inconnu la veille, il était célèbre le lendemain. Conséquent dans sa haine contre la monarchie, il voulait, par une inflexible logique, la frapper dans l'homme qui en était la personnification. Le peuple devina en lui le génie même de la Révolution, et il en fit son héros. Saint-Just, au reste, méritait bien l'immense popularité dont il a joui tant qu'il est resté au pouvoir; car ce fut lui qui, peut-être, s'occupa le plus des intérêts du peuple, comme nous en donnerons la preuve lorsque nous étudierons son projet de Constitution et^ses fragments d'institutions républicaines. « S'il fût né Romain , a dit de lui Barère qui a été l'un de ses proscripteurs, il eût fait des révolutions comme Marius, mais n'aurait jamais opprimé comme Sylla. 11 exécrait la noblesse autant qu'il aimait le peuple, » pensant , en cela, comme l'intrépide Lanjuinais, qui écrivait, dans un de ses ouvrages : « La noblesse n'est point un mal nécessaire. » Il devait, en effet, avoir en horreur tout ce qui s'opposait à cette liberté et à cette égalité dont il voulait, a tout prix, assurer le triomphe.

Sous l'empire de cette grande idée , il reprit deux fois la parole dans le procès du roi. Louis XVI avait comparu le 11 décembre, devant la Convention, pour y subir son interrogatoire. Dans la séance du 16, quelques membres de l'Assemblée, Lanjuinais entre autres, en faisant allusion à la famille d'Orléans, accusèrent vaguement la Montagne de vouloir rétablir la royauté. Saint-Just se leva alors pour demander l'exil éternel de tous les Bour-

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