‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 50 sur 351 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

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bons, et la mort de celui d'entre eux qui remettrait le pied en France ; il demanda aussi que le Comité de Constitution présentât, avant le jugement du roi, les droits de l'homme et l'acte constitutionnel de la République, et que la famille d'Orléans se retirât le lendemain (1). Après une séance orageuse, l'Assemblée, ajournant à deux jours la question relative à Philippe-Egalité, adopta un décret par lequel tous les membres de la famille des Bourbons-Capet furent bannis du territoire de la République , ainsi que du territoire occupé par ses armées.

Dans la séance du 27 décembre, Saint-Just se chargea de répondre aux défenseurs de Louis XVI. L'éloquent plaidoyer de Desèze était surtout basé sur le reproche d'incompétence adressé à la Convention, laquelle cependant, par voie de représentation, pouvait seule statuer sur le sort du roi déchu. C'est ce que comprit parfaitement Saint-Just, qui, voyant l'Assemblée hésiter, en quelque sorte, sur son propre droit, monta de nouveau à la tribune et parla ainsi :

« Citoyens, quand le peuple était opprimé, ses défenseurs étaient proscrits. Les rois persécutaient les peuples dans les ténèbres. Nous, nous jugeons les rois à la lumière. 11 faut encore qu'un peuple généreux, qui brisa ses fers, se justifie de son courage et de sa vertu. 0 vous qui paraissez des ennemis de l'anarchie, vous ne ferez pas dire que vous gardez votre rigueur pour le peuple et votre sensibilité pour les rois ! La faiblesse ne nous est plus permise, car, après avoir demandé l'exil de tous les Bourbons, nous ne pouvons, sans injustice, épargner

(I) Voyez le Moniteur du 18 décembre 1792, n°3l>3.

le seul d'entre eux qui fut coupable. Tout ce qui porte un cœur sensible sur la terre, respectera notre courage. Vous vous êtes érigés en tribunal judiciaire, et en permettant qu'on portât outrage à la majesté du souverain, vous avez laissé changer l'état de la question. Louis est accusateur, et le peuple est accusé. Le piège eût été moins délicat, si l'on eût décliné votre juridiction. Mais la résistance ouverte n'est point le caractère de Louis. 11 a toujours affecté de marcher avec tous les partis, comme il paraît aujourd'hui marcher avec ses juges mêmes. Je ne pense pas qu'on veuille vous persuader que c'est le dessein de rendre la liberté au peuple qui fit, en 89, convoquer les États généraux. La volonté d'abaisser les parlements, le besoin de pressurer de nouveau le peuple, voilà ce qui nécessita cette convocation. Après que l'Assemblée nationale eut porté ses premiers coups, le roi rassembla toutes ses forces pour l'attaquer elle-même. On se souvient avec quel artifice il repoussa les lois qui détruisaient le régime ecclésiastique et le régime féodal.

» On ne fut point avare de ces flatteuses paroles qui séduisaient le peuple. Alors, on voyait le roi, noir et farouche au milieu des courtisans, se montrer doux et sensible au milieu des citoyens. Louis vous a répondu qu'à cette époque il était le maître, et qu'il opérait ce qu'il croyait le bien. Au moins, Louis, vous n'étiez pas exempt d'être sincère. Vous étiez au-dessus du peuple, mais vous n'étiez point au-dessus de la justice, votre puissance avait à rendre compte aussitôt que votre perfidie en serait dépouillée. Celui-là qui disait : mon peuple, mes enfants; celui-là qui disait n'être heureux que de leur bonheur, n'être malheureux que de leurs peines, refusait les lois qui consacraient les droits du peuple et

devaient assurer sa félicité. Ses larmes ne sont point perdues, elles coulent encore sur le cœur de tous les Français. On ne conçoit point cet excès d'hypocrisie. Le malheureux ! il a fait égorger depuis ceux qu'il aimait alors. En songeant combien il outragea la vertu par sa fausse sensibilité, on rougira de paraître sensible. Vous savez avec quelle finesse les moyens de corruption étaient combinés ; on n'a point trouvé parmi ses papiers de projets pour bien gouverner, mais on en a trouvé pour séduire le peuple : on créait des séditions, afin de l'armer contre les lois et de le tuer ensuite par elles. Quel est donc ce gouvernement libre où, par la nature des lois, le crime est inviolable? La puissance exécutrice n'agissait que pour conspirer; elle conspirait par la loi, elle conspirait par la liberté, elle conspirait par le peuple. 11 est aisé de voir que Louis s'aperçut trop tard que la ruine des préjugés avait ébranlé la tyrannie; vous les connaissez les projets hostiles qu'il médita contre le peuple , je ne vous les rappellerai point. Passons au 10 août. Le palais est rempli d'assassins et de soldats. Louis vient à l'Assemblée ; les soldats qui l'accompagnent insultent les députés; et lui, parut-il s'inquiéter du sang qu'on répandait? On frémit lorsqu'on songe qu'un seul mot de sa bouche eût arrêté le sang. Défenseurs du roi, que demandez-vous? Si le roi est innocent, le peuple est coupable.

» On a parlé d'un appel au peuple, n'est-ce pas rappeler la monarchie? 11 n'y a pas loin de la grâce du tyran à la grâce de la tyrannie. Si le tyran en appelle au peuple qui l'accuse, il fait ce que fit Charles Ier, dans le temps d'une monarchie en vigueur. Ce n'est pas vous qui accusez, qui jugez Louis ; c'est le peuple qui l'accuse et le juge par vous. Vous avez proclamé la loi martiale contre les

liO HISTOIRE DE SA1NT-JUST

tyrans du monde, et vous épargneriez le vôtre ! Ne ferat-on jamais de lois que contre les opprimés? On a parlé de récusation; et de quel droit le coupable récuserait-il notre justice? Dira-t-on qu'en opinant on l'a accusé? Non, on a délibéré. S'il veut nous récuser, qu'il montre son .innocence ; l'innocence ne récuse aucun juge. La révolution ne commence que quand le tyran finit. Vous devez éloigner toute autre considération que celle du bien public ; vous ne devez permettre de récuser personne. Si l'on récuse ceux qui ont parlé contre le roi, nous récuserons, au nom de la patrie, ceux qui n'ont rien dit pour elle ; ayez le courage de dire la vérité ; la vérité brûle dans les cœurs, comme une lampe dans un tombeau. Pour tempérer votre jugement, on vous parlera de faction. Ainsi la monarchie règne encore parmi nous. Eh ! comment fera-t on reposer le destin de la patrie sur le jugement d'un coupable ! Je demande que chacun des membres monte à la tribune et prononce : Louis est ou n'est pas convaincu. »

Il y a loin de ce discours grave, sensé, magistral, à l'ironique projet de décret présenté par Camille Desmoulins, qui, avec la plus déplorable légèreté de caractère, trouva le courage de mêler le sarcasme à cette lugubre discussion. Saint- Just, en descendant de la tribune, fut de nouveau salué par d'enthousiastes acclamations, que le président, Barère, dut réprimer en faisant observer qu'il s'agissait d'une sorte de solennité funèbre, et que les applaudissements ou les murmures étaient également interdits.

Après avoir encore entendu un certain nombre d'orateurs, la Convention, sous la présidence de Vergniaud, acceptant courageusement, pour tous ses membres, la

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