‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 51 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

responsabilité d'un vote motivé, décréta l'appel nominal sur chacune des trois questions suivantes :

Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté et d'attentat contre la sûreté de l'État?

Le jugement sera-t-il soumis à la ratification du peuple réuni dans ses assemblées primaires?

Quelle peine Louis, ci-devant roi des Français, a-t-il encourue?

Sur la première question, six cent quatre-vingt-treize députés, y compris Saint-Just, répondirent : « Louis est coupable. » Vingt-six se récusèrent.

Avec quatre cent vingt-trois de ses collègues, Saint-Just repoussa le recours au peuple.

Sur la troisième question, il motiva ainsi son vote : « Puisque Louis XVI fut l'ennemi du peuple, de sa liberté et de son bonheur, je. conclus à la mort. »

Les autres députés de l'Aisne votèrent dans le même sens; excepté Belin, qui demanda la détention jusqu'à la paix, et Condorcet, qui vota pour la peine la plus grave dans le Code pénal, autre que la mort.

Trois cent quatre-vingt-sept représentants ayant voté pour la mort, en comptant les quarante-six qui avaient réclamé le sursis, Vergniaud, au nom de la Convention, déclara, au milieu du plus lugubre silence, que la peine prononcée contre Louis Capet était la mort.

Quelques mots encore sur ce long et triste procès,sur cet acte d'inexorable justice. Nous sommes forcé de reconnaître, avant tout, que la Convention n'a obéi qu'au cri de sa conscience. Si Saint-Just s'est trompé lorsqu'il a conclu à la mort, il s'est trompé en grande et illustre compagnie. Mais, en songeant à la lutte désespérée soutenue alors par la France, comment oser affirmer que l'erreur a été de son côté? Ah! si le sang de Louis XVI

doit retomber sur quelque mémoire, c'est sur celle de ces émigrés armés contre leur pays, et sur celle de ces rois, si mal à propos coalisés contre nous !

Si certains écrivains s'obstinent encore à traiter de bêtes fauves les juges inflexibles de Louis XVI, de quel nom flétriront-ils donc ceux de ses prédécesseurs qui, de gaieté de cœur, sans cause, sans raison, sans utilité, sans force majeure, ont proscrit et fait tuer tant de milliers d'innocents? Non, ce n'étaient pas des hommes cruels, ce n'étaient pas des barbares, les Carnot, les Cambon, les Guiton Morveau, les Levasseur, les le Bas, les Saint-Just, les Lakanal, les Robespierre, les Couthon, et tant d'autres qui, du fond de leurs tombeaux, pourraient jurer, comme le consul de Rome, qu'ils ont sauvé la patrie.

Comme contre-poids à d'aveugles et injurieuses appréciations sur la Révolution française, je me rappelle et je cite, avec plaisir, ces lignes écrites, au sujet de la Révolution d'Angleterre et de la nôtre, par M. Guizot, qu'on n'accusera certainement pas d'être un révolutionnaire bien fanatique :

« Qu'on cesse donc de les peindre comme des apparitions monstrueuses dans l'histoire de l'Europe; qu'on ne nous parle plus de leurs prétentions inouïes, de leurs infernales inventions : elles ont poussé la civilisation dans la route qu'elle suit depuis quatorze siècles; elles ont professé les maximes, avancé les travaux auxquels l'homme a dû, de tout temps, le développement de sa nature et l'amélioration de son sort; elles ont fait ce qui a fait tour à tour le mérite et la gloire du clergé, de la noblesse et des rois.

» Je ne pense pas qu'on s'obstine longtemps à les condamner parce qu'elles sont chargées d'erreurs, de

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