‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 53 sur 351 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Discussion sur les subsistances. — Opinion de Saint-Just sur les principes de l'économie française et la libre circulation des grains. — Impression de son discours sur rassemblée. — Le Patriote de Brissot et la Biographie universelle.

Durant le procès du roi, une importante question avait été discutée à la Convention, c'était celle des subsistances, question vitale et épineuse qui déjà, à plusieurs reprises, avait été une grande cause de discorde et de troubles, et à la solution de laquelle tous les talents devaient leur contingent de lumière.

Dans la séance du 29 novembre 1792, une députation du conseil général de la Commune avait été admise dans l'Assemblée, et avait présenté une pétition au sujet des subsistances. L'orateur de la députation, après avoir décrit les grandes et légitimes inquiétudes du peuple, la

cruelle misère dont il était menacé, par suite de la coalition des riches capitalistes et de la cupidité des accapareurs et de certains industriels qui, non contents d'entretenir la cherté des subsistances, les dénaturaient en falsifiant les boissons, avait demandé que l'Assemblée , au nom du salut public , rendît aux autorités constituées le droit de taxer les denrées de première nécessité.

A cette occasion, Saint-Just monta à la tribune et prononça un admirable discours, qu'interrompirent fréquemment les applaudissements de la Convention tout entière.

« Je ne suis point de l'avis du Comité, dit-il en commençant, je n'aime point les lois violentes sur le commerce. On peut dire au peuple ce que disait un soldat carthaginois à Annibal : Vous savez vaincre, mais vous ne savez point profiter de la victoire. Les hommes généreux qui ont détruit la tyrannie, ignorent-ils l'art de se gouverner et de se conserver ? »

Suivant lui, tous les maux proviennent d'un mauvais système d'économie et d'administration; il faut, avant tout, porter la lumière dans le dédale où elles se sont égarées, et faire triompher les saines doctrines au milieu de la vigueur et de l'indépendance de l'esprit public.

De telles pensées dénotaient, à coup sûr, un ami du peuple, qui n'était point son servile courtisan.

Après s'être plaint de la trop longue durée d'un gouvernement provisoire « dans lequel tout est confondu, dans lequel les purs éléments de la liberté se font la guerre, comme on peint le chaos avant la nature, » il examine le déplorable état de la société présente, où le désordre général naît de l'absence de tout frein légitime et de toute garantie.

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