‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 78 sur 351 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

en ce moment. On veut frapper Paris pour arriver jusqu'à elle. On a dit que cette division de Paris touchait à son intérêt môme, et qu'elle fixerait dans son sein les législatures. Cette raison même doit vous déterminer a ne point diviser Paris; si les législatures étaient divisées comme nous, Paris bientôt serait armé contre lui-même. Paris n'est point agité; ce sont ceux qui le disent qui l'agitent ou qui s'agitent seuls. L'anarchie n'est point dans le peuple, elle est dans l'amour ou la jalousie de l'autorité.

« Paris doit être maintenu ; il doit l'être pour le bonheur commun de tous les Français ; il doit l'être par votre sagesse et votre exemple. Mais quand Paris s'émeut, c'est un écho qui répète nos cris ; la France entière les répète. Paris n'a point soufflé la guerre dans la Vendée; c'est lui qui court l'éteindre avec les départements. N'accusons donc point Paris, et, au lieu de le diviser et de le rendre suspect à la République, rendons à cette ville, en amitié, les maux qu'elle a soufferts pour nous. Le sang de ses martyrs est mêlé parmi le sang des autres Français; ses enfants et les autres sont enfermés dans le même tombeau. Chaque département veut-il reprendre ses cadavres et se séparer? »

Saint-Just démontra ensuite, avec une grande force de raisonnement, que l'administration municipale, administration populaire, paternelle et domestique de son essence, doit être, en quelque sorte, étrangère au gouverment. « C'est le peuple en famille qui régit ses affaires, » dit-il. Il redoute, faute d'un centre commun d'harmonie, d'éternels débats, une mauvaise répartition des impôts, l'immixtion arbitraire et violente du gouvernement dans les affaires de la cité. Enfin, à la dénomination de munii. ii

cipalités, vide de sens, selon lui, il propose de substituer celle de conseils de communautés, dont il s'est servi dans son plan de Constitution et qui s'applique plus spécialement aux citoyens. Il dit encore en terminant :

« On a voulu diviser Paris pour tranquilliser le gouvernement, et je pense qu'il faut un gouvernement équitable pour tranquilliser toute la France et réunir toutes les volontés à la loi, comme les étincelles de la terre s'unissent pour former la foudre. 11 ne faut point diviser Paris, ni nous en prendre à lui de nos propres erreurs, et le rendre le prétexte de ces cris éternels. »

Pour accuser Saint-Just d'avoir songé a la dictature en prononçant ce discours, il faut être bien aveugle ou de bien mauvaise foi. Défendons-le donc, puisque la vérité elle-même a besoin d'être défendue. Nous verrons plus tard si un tel reproche peut être applicable à ce jeune législateur qui n'a cessé de réclamer contre le despotisme les précautions les plus minutieuses.

Soixante-cinq ans se sont écoulés depuis le jour où Saint-Just, se faisant, pour ainsi dire, citoyen de Paris, a pris sous sa sauvegarde la grande capitale. Les accusations injustes et banales se sont bien souvent reproduites contre elle. Hier encore, ne les entendions-nous pas retentir sur tous les tons? Ils oublient, les envieux et les jaloux! que Paris, c'est la France en raccourci; que toutes les familles françaises s'y rattachent par quelqu'un de leurs membres; qu'abaisser Paris, ce serait amoindrir la France! Si les forces vitales du pays entier affluent à Paris, elles lui sont renvoyées avec usure, comme le sang qui revient au cœur est refoulé aux extrémités, plus jeune, plus puissant et plus riche. Cité ra-

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