‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 77 sur 351 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

» Si chaque département, ajoute-t-il plus loin, s'entend d'une portion du territoire, la souveraineté en est demeurée à la portion du peuple qui l'habite, et le droit de cité du peuple en corps n'étant point consacré, la République peut être divisée par le moindre choc.

» C'est en vertu de ce droit de cité du peuple en corps que le reste de la République marche aujourd'hui dans la Vendée, et que le souverain maintient son domaine contre l'usurpation et l'indépendance d'une partie de luimême... Je regarde donc la division des départements comme une division de quatre-vingt-cinq tribus dans la population, et non comme une division de territoire en quatre-vingt-cinq parties. La Constitution doit être dépositaire de ces principes. »

Après avoir parfaitement établi la distinction qui existe entre la monarchie agissant par voie d'autorité et la République n'obéissant qu'aux suffrages du peuple, il soutient, avec beaucoup d'habileté, son système de division de la France, tel qu'il l'a conçu dans son essai de Constitution, et le propose à l'adoption de l'Assemblée comme de nature à affermir les fondements de la République, en ce qu'il fait résider dans les communes la souveraineté de la nation.

« Ah ! s'écrie-t-il en terminant, puisse un jour l'Europe, éclairée par votre exemple et par vos lois, être jalouse de notre liberté autant qu'elle en fut l'ennemie! Puisse-t-elle se repentir d'avoir outragé la nature en répandant le sang d'un peuple qui fut le bienfaiteur de l'humanité!

» Mais si, pour avoir négligé les principes de la liberté, votre édifice s'écroule, les droits de l'homme sont perdus, et vous devenez la fable du monde. »

Quelques jours plus tard, le 24 mai, poursuivant son rêve d'unité systématique, il reprit la parole pour combattre le plan du comité, qui proposait, par la bouche de son rapporteur, de distribuer la population en juridictions municipales. Après avoir regretté que la dénomination de cantons, qui appartient à la terre, ait été préférée à celle de communes, qui désigne les hommes, il cherche à éclairer l'Assemblée sur le danger de toutes ces administrations séparées et puissantes. La crainte du fédéralisme l'occupe toujours.

« Je prévois, dit-il, par ce que nous avons fait jusqu'à ce jour, quel doit être notre destin. L'autorité, dans chaque département, se constitue en indépendance; et, par l'indépendance de son territoire et par sa rectitude, chaque département aura des représentants distincts; et si la représentation se divise par le choc des intérêts ou des passions, la République française est dissoute. Avec quelle facilité le poids du gouvernement en masse n'écrasera-t-il pas le peuple ainsi épars en petites municipalités! »

N'a-t-il pas raison dans ces dernières paroles? Plus loin, comme prévoyant l'anathème insensé que le fougueux Girondin Isnard va bientôt lancer contre la capitale de la France, il réfute avec une rare éloquence les accusations dont Paris est l'objet.

« Vous craignez l'immense population de quelques villes, de celle de Paris; cette population n'est point redoutable pour la liberté. 0 vous, qui divisez Paris, sans le vouloir vous opprimez ou partagez la France. Que la nation tout entière examine bien ce qui se passe

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