CHAPITRE V
Les Institutions républicaines de Sainl-Just. — Comment elles ont élé conservées.— Charles Nodier, jacobin exalté! — Examen des Institutions. — Platon et Thomas Morus. — Une appréciation de Saint-Just par Charles Nodier.
Saint-Just, d'accord avec les plus illustres génies de l'antiquité et des temps modernes, s'était imaginé, contrairement à l'opinion de Pangloss, que tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Dans les courts instants de repos de sa vie factice et d'une si dévorante activité, il jetait sur le papier des projets de réformes, des plans d'institutions, bases d'un grand ouvrage, à la façon de la République de Platon et de l'Utopie de Morus, ouvrage que la mort, qui le prit si jeune et si brusquement, ne lui laissa pas le loisir d'achever. Ces notes éparses, négligées par les vain-
queurs de thermidor, étaient tombées entre les mains de M. Briot, ancien député au conseil des Cinq-Cents, homme d'une probité sans reproche et d'une parfaite modération, qui, après la Révolution, les rassembla et les publia sous ce titre : « Fragments d'institutions républicaines (1). »
C'est l'œuvre d'un esprit animé du plus tendre amour de l'humanité, et rêvant une perfectibilité sociale a laquelle il n'est pas donné à l'homme d'arriver. Il faudrait pour cela anéantir les passions, qui sont comme l'hydre à cent têtes, et qui ne disparaîtront qu'avec la dernière créature humaine ; alors deviendront inutiles aussi toutes les lois et toutes les institutions de ce monde. Au milieu de quelques idées naïves et impossibles, il règne partout, dans ce livre, une admirable pureté; il y a çà et là des choses d'une parfaite justesse et dont l'application serait très-simple, très-légitime et très-facile; il s'y trouve enfin, à chaque page, un sentiment profond de dignité, de liberté et d'égalité. Aussi, la publication de cette œuvre d'un des membres les plus influents de la Convention nationale fut-elle fort mal accueillie ; et M. Briot, menacé dans son repos , fut obligé de faire disparaître tous les exemplaires, à l'exception d'un très-petit nombre qui avait été distribué entre les amis de Saint-Just.
A une époque plus éloignée des tempêtes de la Révolution, et sous un régime où la pensée avait ses coudées plus franches, Charles Nodier réédita les Institutions républicaines, en y joignant une préface qui est un admirable morceau critique et littéraire (2). Mal lui en a pris cependant, car, par la plume de M. Edouard Fleury, le
(1) Édition tirée à 300 exemplaires ; Paris, 1800, in-12.
(2) In -8° de 80 pages; Paris, Techener, Guillemin, 1831.