GLOIRE POSTHUME DE LÉODÉCAR
Églises érigées sous le vocable de saint Léger. — Fondations de Sainte-Odile- Maz-Munster et de l'abbaye de Murbach. — Culte de saint Léger à Emcerne. — Saint Léger protège les Francs contre les Maures et contre les Normands, — Translation des reliques du saint à Rennes, à Ebreuil, à Saint-Maixent, — Ces reliques divisées et honorées en divers lieux. — Culte de saint Léger à Autun. — Le saint protège Autun contre les protestants. — Oubli et injustice des temps modernes, — Hymne en l'honneur de saint Léger,
Une vie nouvelle a donc commencé pour Léodégar, il est né à la gloire , l'Église a enfanté un nouvel élu. Glorieuse elle-même de la splendeur de ses saints, elle aime à les élever comme en ses bras, à les présenter à Dieu et aux hommes, à les offrir à l'amour du Pére céleste, à la vénération des races futures. Elle entonne, pour ne plus l'interrompre ni jour ni nuit, le cantique de ses réjouissances. Les plus magnifiques accents sont pour les martyrs, et Léodégar a pris sa place dans une blanche légion ‘ , dont Dieu est la part, la couronne et le prix ! C'est le convive qui, détournant ses lévres dela coupe du monde et la trouvant infectée
: Te martyrum canditatus Laudat exercitus.
Hymn, SS. Ambr. et Aug, . Deus tuorum militum
Sors ct corona , premium , etc.
Brev, Rom. comm, un, martyr,
de fiel, s'est. assis au bahquet céleste ; c'est l'athléte qui a fortement couru et sobtenu la peine, ét acheté par son sang ki couronne éternelle : c’est l'ami de l'époux qui met en sa loi tout son amour ; le hérault qui proelame cette loi sur la montagne ; le vainqueur couronné de gloire, établi eri maître sur todtes les-æüvres de Dieu, comine sa merveille accomplie } c'est le justé fondé sur la pierre ferme ; et qui pourtant germera commé le lys , et s'épanouifa dans l'éternité devant le trône de Dieu j il fleurira aussi dans le temps et dans les parvis de la maison du Seigneur. Fils des homines, eontemplez le chef-d'euvre de Dieu ; le martyr que Dieù ouvre et couronne du bouclier de son amour à la face de la terre entière ; son enfant bien-aimé qu'il a coriservé ebmme une mére, qu'il a visité dans sa fosse; qu'il n'à point &bandonné dans les fêts ; il l'a vêtu d'une robe splendide, il l'a nourri du pàin de vie et d'intelligenee ; il l'abréuve
.8ux torrents des eaux dela sagesse; Il habitera ; Seigneur, en votre tabertiacle, il réposera sur votre montagne sainte. .
Mais Dieu retidr& aux martyrs la confession faite devant les hommes, il glorifiera qui letra gloriflé. Ainsi, pour Léodegat, pendant qu'il repose dans la gloire, son auréole éclate sur le monde, Il vitencore, il opère, il combat, il bénit et plus abondamment qu'en ses jours mortels. 1l s8 perpétue par une noble et intarissäble famille qui tompte par ses saints toutes ses générations ; il bátit des eités , il crée des populations , il console et fortifie sa patrie dans les douleurs nationales, il étend son patronage au délà des frontières, et suscite des peuples nouveaux dans des régions mhabitées et lointaines qui le prennent pour leur père, il traverse onze siècles environné d'hommages, et aux derniers jours où nous sommes, tout un peuple, à la face du monde , lui fait hommagé de son salut et de son triomphe. Voilà ce qué nous avons éncore à dire et cé qué nous nommons imparfaitement dans notre langage humain, et selon les usages éonsacrés, la gloire posthume de saint Léger,
* La glorification populaire de Léodégar se répandit rapi-: dement dans toutes les provinces ; de là ces innombrables églises érigées dans tous les diocèses sous son vocable ; de là son nom et son patronage adoptés par les populations les plus éloignées et par d'illustres 1nonastéres. Les lieux surtout où il vécut, où il mourut , Poitiers , Arras, Autun, la Bourgogne, la Champagne, l'Alsace se couvrirent des monuments de son culte.
Entre toutes ces provinces qui forment comme le royaume posthume de Léodégar, l'Alsace eut des marques spéciales de sa présence et de son influence dans les vertus et les beaux exemples qui se transmirent fidélement dans la noble famille du ducAthalric. L'ange de cette famille, sainteOdile, ouvrait successivement à tous ses membres les portes de la solitude et du ciel. Elle, dont le souffle et le baiser virginal suffisaient pour guérir un lépreux, exhalaít tout autour d'elle la bonne odeur de Jésus-Christ. Elle avait sauvé son vieux. père par la vertu de ses larmes; et selon la tradition , trois cent trente vierges de Hohembourg avaient vu le duc en habit pontifical, conduit par le prince des apótres, s'élever dans une troupe d'anges, et prendre sa place au chour des patriarches '. Beswinde , neuf jours après , s'étant endormie sans douleur, sur les hauteurs d'Hohembourg , passait à l'état angélique. Chacun des neuf oratoires bátis par sainte Odile avait ses merveilles ; deux avaient été consacrés par saint Léger. La plus belle de ces chapelles était dédiée à la vierge Marie; celle de Sainte-Croix fut honorée d'un précieux fragment de la vraie croix , qui inspira l'une des plus curieuses légendes de l'Alsace *. Saint Jean-Baptiste
: Vila S. Odiliæ, sxc. m Bened., p. 1, auct, anonym. cozvo,
» Nous ne pouvons qu'effleurer ces traditions curieuses, qui, sous une apparence puérile , tiennent aux plus grands événements du moyen âge.
Fortuné , évéque de Jérusalem, avait envoyé à Charlemagne une cassette d'argent contenant de précieuses reliques, entre autres du bois de la vraie
crois. Or il advint que le comte Hugues, l'un des paladins de Charlemagne,
désigna , dans une resplendissante vision , la place de son oratoire , et le prince des apôtres vint, pendant la nuit, la bénir. Sainte Odile y plaga son tombeau et y donna son nom. La Chapelle suspendue dominait à pic un profond précipice; l'Üratoire des larmes, longtemps témoin de la pénitence d'Adalric , était la chapelle sépulcrale de la noble famille et des humbles vierges du monastére. Odile y conduisit son père , sa mère, Hugues son frère, Roswinde sa sœur , et cent trente-cinq de ses filles. Mais, avant de les y conduire, elle les avait édifiées par ses vertus et ses leçons. « Ses frères venaient souvent recueillir les paroles de leur bienheureuse scur, et ce n'était jamaisen vain. En quelques années elle fit de ces nobles ducs des serviteurs si dévoués du Seigneur qu'eux , leurs enfants et leurs petits-enfants, prodiguérent leurs biens à fonder des monastères , et que presque tous, hommes et femmes , finirent par rejeter le faste du siècle pour embrasser le servage de Dieu‘, » Ainsi, outre Hohembourg et ses neuf oratoires, Nieder, Munster ou le vivier des pélerins , bâti par sainte Odile , au pied de la montagne (680, 700), ses frères , ses neveux, ses parents, fondèrent et enrichirent à perpétuité, Saint-Étienne deStrasbourg (717) , Saint-Michel de Honau (722), Saint-Pierre et Saint-Paul de Neuvillers (723) , l’opulente Richenau sur le Rhin et Maurmontier (724), Eltenheim Munster (725) ,
poursuivi par des envieux , fut emprisonné, jugé et condamné à mort. Déjà il présentait sa tête, le bourreau lève le bras, une force invincible le tient suspendu; plusieurs le remplacent, leur bras est frappé d’immobilité, Charlemagne lui-méme prend en vain sa terrible joyeuse ; son bras aussi reste immnobile, L'innocence du comte est reconnue ; sa prière guérit ses bourreaux. En. récompense il recoit la cassette de Fortané; il enchásse les reliques dans une magnifique croix d'or, y joint deux volumes précieux, et confie ce trésor à deux chevaliers chargés de le déposer là où s'arréterait un chameau qui le porte devant eux. Le chameau marche nuit et jour, se dirige en Alsace, arrive à Hobembourg, et frappe du pied à la porte de Niedesmienster, C'était le 9 du mois de juillet. Ce jour deviut une fête à perpétuité, célébrée jusqu'à la destruetion du monastère. #nnal. erdin. Pramonstrat., t. II, verb, Odilia, ! Vita S. Odilie, auct. cozvo.
Schwartralh (734), l'abbaye libre et impérialede Gengenhach (736). Entre toutes les fondations de cette pieuse famille, il eu est deux surtout quiserattachent immédiatement au culte de Saint-Léger, c'est Maz-Munster et la noble et impériale abbaye de Murbach,le plus beau fleuron de sa gloire posthnme. Maz-Munster eut pour fondateur le comte Mazo , qui, selon les traditions du monastére, ayant perdu son unique enfant, noyé dans le Tolder, donna tous ses biens, de concert avec sa femme, pour fonder ce monastère de vierges en l'honneur de leur parent saint Léger, prit l'habit de pénitent et de pélerin, fit le voyage de Rome et s'en revint mourir à Maz-Munster auprès du tombeau de sea fils sur lequel on lisait : Ci git le fils du roi Mazxo , fen dateur de ce monastère.
Dans le même temps Eberhard, petit-fils d'Adalric, plug altier qu'un lion, plus féroce que l'ours des Vosges , dij un auteur contemporain, imita fidèlement son aieul, et dans ses violents écarts et dans son humble pénitence. Vieux, aveugle, sans enfant , il se confia à saint Firmin, le fondateur de Reitsenau , et lui abandonna ses immenses possessions pour fonder cette magnifique abbaye de Murbach nommée d'abord Vivier des Pàlerins *. Le saint martyr Léodégar en fut l'un des premiers patrons, avec saint Maurice et ses compagnons *; son chef y reposa entouré d'honneurs; ses Áctes y furent fidèlement recueillis, son nom y était invoqué comme une sauvegarde et gravé sur la tombe méme des morts ; ainsi sur celle du vieil Eberbard, que l'on pourrait appeler à cause de son nom , le Sanglier des Vosges , on lisait en vers léonins ces paroles :
! Munster, Descript. Suggoiæ. — Chronicon Ebershejmense , apud Bolland. ad n oct. Comment. prev., cap. xx, $ 326.
+ Diploma Theodorici regis, apud Mabillon i in appendice ad tom, II Anna. Beredict,, v p- 700. — Littera comitis Eberhardi, ibid., p. 701. 3 Chronicon Novientense, apud D. Martene, dnecdot., t. I, col, 1134,
DE SAINT LÉGER. ées
Pour les biens que je t'ai donnés,
Veuille, 6 Léodégar, m'associer aux bienheureux, Pour toi, enrichi sans mesure, Tu vivras sans fin dans les cieux '.
De ces abbayes se répandirent dans toute la Suisse et la Bavière des essaims de moines missionnaires, qui ont formé les populations les plus catholiques de l'Allemagne , et on leur doit les plus fidèles des cantons suisses, ceux qui viennent de sauver la liberté helvétique. Murbach pour sa part fondait le boulevard de la Suisse catholique, l'héroique et fidéle Lucerne. Léodégar a partagé avec saint Maurice et les martyrs de la légion thébéenne l'honneur d'étre les péres et les bons génies de ces nouveaux peuples. Il a conservé comme eux, pendant douze siècles, l'hommage filial des Lucernois;ilfigure avec eux sur les images les plus Populeires de la cité, parmi ces peintures séculaires qui
lécorent les parois des Cappell-Bruck. Saint Léger a eu seul et conserve encore le signe de royauté le plus éclatant, une place sur le champ des monnaies qui courent aux mains du peuple. C'est dans l'église de saint Leodegarius que se pressaient naguère encore, pour demander reconfort et rendre grâces de leur triomphe, les soldats qui ont préservé la Suisse et l'Europe d'une invasion de barbares.
Au moment où le patronage de saint Léger s'étendait sur ces régions lointaines , le cœur de la France était envahi par les Maures d'abord , puis par les Normands. La vie nationale refluait dans la tête, dans cette France du nord qui n'avait rien perdu de sa première verdeur. On peut en juger par cette prodigieuse fécondité d'une seule famille qui sur un seul point, au milieu de la tempéte qui
t Pro tibi donatis, Leodegari, junge beatis : Perpetuo vives coelis supra omnia dives.
Bucelin , Germanig sgcra, part. u, p. 283.
ravages le midi des Gaules, pose fortement et paisiblement les fondations de tant d'œuvres d'avenir. |
Cependant le saint martyr devenu véritablement, comme on lui en donna le titre , le patron de la France et le père de la patrie, ne se contentait pas de stimuler les forces, la confiance des Francs du nord ; il consolait encore et fortifiait les Francs du midi. La fureur d'Abdérame et de ses Sarrasins vint expirer devant son tombeau ; à quelques pas de là , à Youillé , Charles les écrasait sous son invincible marteau.
Aux Maures succédérent les Normands ; cette formidable armée d'Abdérame, conduite avec une savante régularité, sur deux colonnes dévastatrices , fit place à des bandes de pirates qui tombaient à l'improviste comme des larrons, infestaient toutes les côtes et toutes les rivières , rayonnaient dans tous les sens et croissaient partout. La terreur alla pendant cent cinquante ans ; les plus habiles échouaient dans leurs meilleures combinaisons, les plus forts se décourageaient ; les villeset les campagnes se dépeuplaient ; le dé. sert et le chaos rentraient dans le monde. On vitalors un étrange spectacle : pendant que rois, nobles, peuples et clercs désespéraient du salut de la patrie, les morts se levè. rent de leurs tombeaux et se firent les meilleurs et presque les seuls défenseurs des vivants. Portés sur les épaules des clercs et des moines comme les Mérovingiens inaugurés au pavois, les vieux patrons des peuples, les pontifes, ' les martyrs, les apótres se rencontrérent sur toutes les routes, Saint Martin, saint Benoit, saint Remi, saint Médard , saint Germain , saint Maur , saint Léodégar, veillaient autour des cités éperdues, défendaient leurs rey arts, langaient les foudres et les tempétes , épouvantaient les envahisseurs et réjouissaient les populations chrétienne: par des miracles qui sont la plus brillante page de leur vie glorieuse.
Cette épopée des saints a conservé sa poétique grandeur
dans les récits du temps. Voici l'une de ces pages consacrées à Léodégar.
Invité par le roi Salomon de se retirer dans l'Armorique à l'approche des Normands, les moines de Saint- Maixent avaient transporté dans l'église de Saint-Sauveur de Rennes les corps de saint Maixent et de saint Léger. La première tempête passée, ils s'en retournent à leurs anciennes cellules, et reprennent sur leürs épaules les ossements de leurs pères déposés dans une châsse d'ivoire ; ils arrivent avec un grand labeur aux bords de la Loire. « Comme nous dressions là notre camp, disent-ils dans leur relation , nous apprimes que les paiens dévastaient le pays de Poitiers ; pleurant et sanglottant , nous tombámes la face contre terre, parce que nous avions chassé nous-mêmes le bienheureux du mausolée que lui avait préparé le Christ, et nous ne pouvions plus l'y ramener ni retourner en nos demeures. » Il leur fallut reprendre courage et chercher un nouvel asile. Les Normands , comme ufle bande de loups, se ruaient de tous cótés sur les brebis du Seigneur ; des rives de la mer aux murs de Poitiers, de Poitiers jusqu'à Tours, ce n'était que ravages; les saints lieux pofanés , les églises brülées , les monastéres renversés , les villes incendiées. Les moines de Saint-Maixent s'enfuirent devant ces fléaux jusque dans les montagnes de l'Arvernie ‘ ; ils s'arrêtent à-Ebreuil et y achetèrent soixante sous un coin de "terre et une église pour s'y reposer en attendant un temps meilleur : là ils déposérent la chásse d'ivoire, les saints corps de Maxence, de Léodégar, de Warein son frère , et de plusieurs autres saints (856-870).
Ébreuil étaitune ancienne villa de Sidoine Apollinaire. Les préfets des Gaules, les empereurs et les plus nobles Aquitains ‘l'avaient habitée ; les hôtes nouveaux , et surtout Léodégar, Jui rendirent toute sa célébrité. Les peuples y accoururent,
s Scriptura de corpore S. Leodegarii, quomodo ad Ebroilum venerit, Ex Ms &D, Delamarre , apud Bolland,, Comment, prev., $ xxu , n, 346.
aveugle, comme autrefois six villes disputaient à Smyrne le berceau d'Homére. Ainsi à Murbach, dés le neuviéme siécle, des miracles s'opéraient devant le chef de saint Léger. Jumièges et Maymat, prés Limoges, prétendaient posséder, en partie du moins, le corps et la tête du saint martyr; saint Waast d'Arras en eut aussi quelque peu, en mémoire du théâtre du martyr. Notre-Dame-de-Soissons réunit Léodégar à Sigrade. Ce chef était encore vénéré à Saint-Pierrede-Préaux , prés Lisieux, sur un autel qui, dédié à saint Léger et à saint Thomas de Cantorbéry, associait ainsi les deux héroiques champions de la liberté de l'Église.
Pendant que sur sept points divers on se glorifiait de posséder la téte du vaillant athléte de la foi, ailleurs on revendiquait ses yeux, qu'arracha Ebroin ; ses bras qui bénirent les peuples, et jusqu'aux moindres parcelles de son corps. À Saint-Victor de Paris, à Saint-Denys en France, à Saint-Nazaire d'Autun, on montrait, à des époques diverses et successives, enchássés dans l'or et les pierreries, en tout ou en partie, les yeux de saint Léger. Ce fut longtemps l'un des trésors de la Sainte-Chapelle, et plusieurs miracles ont confirmé la vénération des fidèles *.
Un bras du saint était honoré à Fécamp, un autre dans la Champagne, à Basole au diocèse de Reims ; à Saint. Gérard de Broignes, prés de Namur, on célébrait, le 11 avril, une translation qui attestait l'acquisition d'une partie notable du corps du saint martyr, et qui remontait au saint fondateur de cette abbaye.
On conservait encore, à Saint-Victor de Paris, un anneau de saint Léger; à Saint-Waast d'Arras,, une pierre sur laquelle, selon la tradition , auraient été recueillis les yeux sanglants du martyr; et à Saint-Nazaire, à Saint-Benoîtsur-Loire, on possède encore avec le corps presque entier du grand patriar-
* Scriptura de S. Leodeg. corpore « schedis D, Delamarre, apud. Bolland., Comment,, $ xxvn , n, 390-392.
che des moines, quelques restes de l'un de ses plus illustres enfants ;áLucerne, dans l'église collégiale de Saint-Léodégar, on a recueilli précieusement d'autres reliques de notre saint, sorties de Massmunster en Alsace, et venues de main en main, de dépôt en dépôt, jusque dans la fidèle et très-catholique cité de Lucerne, La foi de ce peuple en son saintpatron inspira les artistes , qui au quatorziéme siécle couvrirent ses Kappel-Brucke des curieuses peintures où sont représentées les scènes de son martyre , à côté des souvenirs graphiques de saint Maurice et de la légion thébéenne , et dans tout le capricieux et pittoresque encadrement des danses macabres. Enfin à Saint-Lazare d'Autun, on conserva longtemps des anneaux d'or et d'argent, un tissu mélé d'argent, de soie et de perles, appelé sur la foi des traditions l'étole de Saint- Léger. Nous terminons cette revue des lieux consacrés par le culte de saint Léger , en revenant à son église d'Augustodunum, son héritage spécial. Depuis cet élan de foi:si spontané, qui dés le septième siècle glorifia notre saint par un office propre, par un oratoire sous son nom, par une féte annuelle, sa mémoire y a toujours été bénie. Après le passage des Sarrasins, les institutions créées par lui serelevérent avec les ruines de la ville; la matricule de Saint-Nazaire, les riches donations , le testament du saint se retrouvérent. Au quatorzième siècle on distribuait encore aux pauvres une aumóne appelé le denier de saint Léger *. Les comtes d'Autun essayèrent souvent de ruiner ces œuvres de miséricorde, Les évêques et les conciles d'Autun soutinrent une lutte acharnée pour conserver ce denier des pauvres. L'énergie du martyr ne fit pas défaut à son église ; elle prit une place glorieuse dans la grande lutte du moyen áge pour la liberté chréüenne. Elle y députa d'infatigables
* Voir aux 4fnalecta les notes sur le culte de S, Léger à Lucerne.
* Héli, évêque d'Autun, parle du denier de saint Léger en 1310. Il semble regarder cet usage comme récent ; mais unc charte de 1277 prouve que l'usage remontait plus haut et qu'on le regardait comme l'exécution des volontés orales ou écrites du saint évêque, Archives de l'évéché d'Autun,
da HISTOIRE
champions sortis de ses rangs, de ses eloitres , de ses eonciles , où la grande voix que la papauté envoyait au monde pour le tenir en éveil, trouva un fidèle écho. Ses plus nobles enfants marchérent à l'avant-garde des croisés, et retournèrent les derniers aux mêmes combats *. Ses plus illustres prélats se signalérent par leur sèle pour le culte de saint Léger. Ainsi en 1458, le cardinal Rollin interdisait toute œuvre servile au jour de la fête de saint Léger et la maintenait au rang des fétes patronales et des jours les plus solennels de l'année *, Cette fète au seiziéme siècle était encore au rite quadruple, comme les fêtes majeures, avec un ectave et trente-six leçons propres. Un événement extraordinaire, arrivé sur la fin de ce siècle, ajouta un nouveau lustre au culte de notre saint.
C’est presque le dernier signe de la vertu de nos vieux saints; il pourra rencontrer un sourire incrédule, mais il glorifie autant nos pères que notre saint martyr. Ce signe du ciel éclata dans cette dernière croisade, appelée la ligue, et sur la contrée qui en fut le berceau, qui en demeura le foyer persévérant; qui lui donna, dans le maréchal Tavannes et le président Jeannin, son chef le plus impétueux et son modérateur le plus habile. En 1592, la Bourgogne, ardente encore de patriotisme et de foi, était traversée par une armée calviniste qui venait lui imposer la royauté hérétique du Béarnais. Le maréchal d'Aumont , avec des succès mélés et divers incidents, arriva sous les murs d'Autun , le 48 mai 4899 ; la ville fut canonnée et poussée à outrance pendant trente-trois jours son plus solide rem: part, le castel de Rivaus , fut à la fin ouvert par une bréche ; la prise et le pillage de la ville devenaient inévitables; le grand et décisif assaut était livré, quand, au fort de la lutte sur la brèche, on vit apparaitre en cet endroit de la
* Expéditions de Ganthier-sour-Avoir en 1096, à Nicée, et de Jean-ane
Peur, à Nicopolis, en 13996, .
* Statuum RR, DD; Jeh, Rollin, apud D. Martène, dnecdota, t. IV,
ville , au-dessus des combattants, la face d'un évêque, les maina jointes , en habits pontificaux : dee témoins oculaireg nombreux attestèrent avoir vu le fait, et toute la ville y reeonnut l'intervention « du bon et précieux saint Léger, qui priait Dieu pour la protection des Autunois, » Pour donner à o6 fait toute aon authenticité et en perpétuer le souvenir, Févêque Pierre Saunier, avec son vénérable chapitre, institua Ja fête quadruple de l'apparition de saint Léger, fixée au 21 juin de chaque année. Elle s'euvrit en ce méme joux de cette année, qui tombait un dimanche , par une procession générele où fut portée l'image de saint Léger. La grand'messe eommengait par cet introit triomphal : Gaudeamus... de eujus apparitione eongaudent Angeli: l'évéque monta en chaire et avertit de rendre grâces à Dieu et à saint Léger de la victoire obtenue sur les ennemis. Le soir il y eut encore une procession générale qui ee rendit dans la grande cathédrale de Saint-Gelse et Saint-Nazaire , ou l'on chanta le Fe Deum et des cantiques d'actions de grâces, dans la cha» pelle de Saint-Léger !.
Cette fête «s renouvela quatre années de suite; la conversion du Béarnais y mit fin. Depuis, méme en sa cité, l'auréole de saint Léodágar a páli; la temps a renversé la chapelle avec l'immense basilique de Saint-Nazaire, et par toute la cité, pas un oratoire, pas unarceau ne l'a remplacée; une seule chapelle rurale , longtemps déserte etabandonnée dans la campagne, eonservait son vocable oublié. Les deux fétes quadruples, cet office propre qui remontait au lendemain de son martyre ; ceachants populaires trouvés par les premiers troubadours ; ces reliques sauvéesà travers tant de périls ; ces anneaux d'or et d'argent , symbole de la foi de Léodégar à l'église d'Autun sa fiancée ; l’œil du père de famille qui semblait veiller encore, enchássé dans une calcédoine et dans upe étatuette d'argent: tout a disparu. Il
1 Voyez le procès-verbal de cette egparition tiré d'un manuscrit d'Autun, aus 4nalecta de cet ouvrage.
n’y a plus de controverse entre les six monastères qui se disputaient son chef vénérable ; il n'y a pas méme ; dans son tombeau ; les neuf onces de cendres saintes , pesées et rapportées si religieusement du fond de la France à Saint- Maixent. En méme temps que la cendre du martyr était dispersée, sa mémoire était flétrie; les hommes cupides et ambitieux en ont fait un poursuivant d'honneur et de puissance; les apologistes des révolutions qui tuent les rois, ont fait de lui et de son frére deux régicides. Les politiques du siècle le blámant de n'avoir pas été prudent comme eux, comme Ébroin , lui ont préféré, méme après son martyre, cet autre Barrabas, frappé par la main de Dieu et des hommes. Le martyr est donc demeuré sur sa croix, et il n'a pas dépendu de leurs maîtres, que méme les petits enfants n'aient passé devant lui en branlant la téte et en doutant que ce fût là vraiment un saint et un fils de Dieu *.
Mais il vaut mieux détourner les yeux de toutes ces injustices et les reporter sur les trophées du saint martyr. Il vaut mieux une fois encore écouter ce long concert de douze siècles, qui sur tous les points de l'Église a célébré ses louanges, et recueillir, pour épilogue de ce récit , l'hymne de toute l'Église à la gloire de Léodégar : « le grand pontife, le bienheureux martyr. »
ll est vraiment digne et juste *, Il est équitable et beau de vous rendre gráces, Seigneur saint , Pére tout-puissant, Dieu éternel, Par Jésus-Christ, votre fils , notre Seigneur, Verbe engendré du Père dés le commencement, En qui Léodégar, votre martyr bienheureux, L'évêque placé dans les hauteurs du monde, À méprisé les pompes et les fragilités du siècle.
: Nous avons cité en tête de cet ouvrage (Introduction , p. tv) le livre de M. Aimé Fleury, qui raconte aux enfants comme quoi : « un gentilhomme bourguignon, nommé Léger, homme altier, turbulent, et par-dessus tont l'en nemi déclaré d'Ébroin , se jouait de tout cc qu'il y avait de plus sacré. »
1 * De Liturgia gallicana, Missale pothic,, Missa S. Leodeg., immolatio misse, p. 284. Vide infra Ænalecta liturgica.
Et cependant portant sa croix sur VOS traces , 6 pasteur, ll a tout quitté pour posséder les délices du paradis.
O bienheureux Léodégar, le saint évêque! - Qui, le corps brisé par les coups des méchants,
Les lèvres mutilées , privé des yeux, exilé,
Vainqueur du monde et sorti triomphant des tortures,
A laissé un exemple aux évêques par la patience,
À conquis la vie sans fin, et pénétré dans les célestes royaumes,
A pris place au chœur des anges,
A été couronné des fleurs qui ne se flétrissent pas,
Et qui s'épanouissent par toutes les Gaules.
Hosannah dans les hauteurs!
Béni celui qui vient au nom du Seigneur,
Qu'elle est belle cette hymne que chante
La puissante voix des anges et des archanges ; L'hymne qui s'échappe aujourd'hui tout d'une voix En la passion du bienheureux martyr Léodégar!
Que du fond de nos cœurs, ^ En ce jour, au roi des rois, Résonne un hommage unanime;
Chantons ensemble d'un cœur joyeux, Chantons-le dans son athlète, En Léodégar :.
Que l'áme soit pure, la voix sonore, Et joyeuse et magnifique Notre hymne de louange ;
Que la bouche et le cœur s'accordent, Et qu'à l'unisson soient ces trois cordes, La parole, la pensée et l'action,
Pour être inhumainement tourmente, Aux ministres de cruauté, Le saint de Dieu est livré.
Au vénérable pontife On arrache les yeux, Ces yeux qui feront du bien au monde,
Ils sont creusés par le fer Pour rendre la lumière Aux ténèbres du prochain,
' Ex missali Mss, Vide infra Analecta liturgica.
Le licteur vibre le glaive, Le martyr donne sa 1ôte, Pour le Christ, son divin chef,
ll a vaincu l'ennemi des hommes, Le tyran de Babylone, Avec Ebroin , son suppót.
Ainsi par Jes portes eclestes , Devenu l'hostie du Christ, Il entre victorieux,
La céleste milice Chante avec allégresse À Dieu louange et gloire.
Environnés de périls, Et presqu'à chaque moment Tombant dans l'abime,
À toi , martyr, nous demandons asile; A toi nous offrons des prières ; Accueille nos supplications.
Pour se réjouir de tes biens,
Pour t'adresser sa louange,
Voici ta famille.
Méne-la aux célestes demeures;
Fais-la co-héritière du Christ,
Et ta compagne à jamais.
Amen.
Soldat glorieux du Christ, trés-saint Léodégar,
Par ta pieuse intervention, lave nos péchés;
Fais que nous puissions monter au tróne du royaume céleste, Par ta pieuse intervention , lave nos péchés,
Soldat glorieux du Christ , 6 trés-saint Léodégar *.
Faites descendre , Seigneur, votre paix en nos cœurs : et comme au bienheureux Léodégar, votre martyr, s'ouvre aujourd'hui la cour céleste par le zèle de la paix; ainsi , à nous pécheurs , daignes accorder par ses mérites le lien de la paix et le zèle de la paix à jamais, par Jésus-Christ, Notre-Seigneur, votre fils, qui vit et règne avec vous aux siècles des gidcles.
2 Ex procession. abb. S. Martini Æduensis, sec Xp, versus igem. Vide infra Analecta liturgica.
Nous avions mis en réserve, pour les traiter à part, quelques points de critique, de science et de littérature mélées qui eussent rompu le fil de notre récit. Malgré ces réserves, ce récit s'est tellement étendu , qu'arrivé au terme , l'espace nous manque pour aller plus loin; et pour ne pas dépasser toutes les dimensions convenables d'un volume , nous sommes contraint de réduire considérablement les notes annoncées çà et là dans le cours de l'onyrage. Il en est même que nous omettrons complétement ; telles entre autres les études annoncées sur les vies métriques des saints (Introduct. p. 1xxxvii), les nouveaux éelaircissements promis sur (a chapelle et les chapelains des rois Mérovingiens (p. 14) , la réfutation de M. Sismondi (p. 557) que nous devions emprunter à M. Rohrbacher (His. smivers, de l'Église cathol.,t. X, p. 320-324), les Peintures des Kappel- Brücke de Lucerne ( p. 41), et les monnaies diverses de saint Léger ‘ (voir le frontispice). Nous nous bornons à quelques notes strietement nécessaires sur [a généalogie de la famille de saint Léger, sur les bas-retiefs du mont Sainte-Odile, sur l e de Saint-Maizent , V'église et le tombean de saint Léger, |
! Les deux pièces placées, l'une au frontispice at l'autre à la fia de cet ouvrage, sont deux testons de Lucerne, frappés au seiziéme siècle, et portant l'effigie de saint Léger. Le revers est le même dans les deux pièces. Ces calques sont tirés d'une ordonnance de Charles IX contenant le poix et pris des espèces d'or et d'argent ausquelles ledict seigneur a permis avoir cours et mise en son royaume, pays, tevves et soigneuries de son obéissance, avec le descry, tant des monnoyes rongnées et legières, que de certaines espèces d'or, d'argent et de billon étrangères, Paris, Jean Dallier, 1561 (date de l'erdonpapce, 99 août 1961), fig. in-12. à
TABLEAUX GENÉABOGIQURS BN LA FAMILLE DE SAINT LÉGER ET DU DUC ATRALRIC.
Nous empruntons à l'excellente Histoire de l'Église de Strasbourg, par Grand-Didier, deux tableaux qui résument les travaux innombrables entrepris sur cette inépuisable filiation du duc Atbalric. (ares Introduction, p. 11, et Histoire , p. 3.)
(Voir cos tehlecua eu feuilles mes
Hi
BNAS-RRLIRPS DE HOHENMBOURG, AU MONT SÁINTÉ-ODILE.
Où menument , conservé au menattóre deHebembenry, eu mont Selau-Odile, a la forme d'une stéle quadrilatère de treis pieds de haut, Sur l'une de sesfnces, on a sculpté en demi-rolltf, dena une fiche irrégatièrement tracés, l'image de saint Léger ares tons les insignes de la dignité épiscopale, le bâton pesteral, la maitre aflaisséccomme on la portait avant le douzième siècle, Ka une chasuble à Vautique rolevée sur les bras, une tunique ornée d'une herdure à ja partie inférieure, unt ótole doti les deux houts terminés per des franges descendent jusqu'à ses plods, un manipule et un érangéliaire sur le bras gauche. Au-dessus de la tête on lit son nom en lettres. ontisies , sous la forme thóotisque : 8. Lagaean ( voir au fromthpice de cet ouvrage ).
Sur une autre face de ce tnonument, on a représenté le duc Auhalric et sainte Odile. Ethica ou Athalrie porte la couronne royale, waitée au temps des Mórovingiens. ll est came assis sur uo trône, et porte ure longue tuniyee, the chiamyde où un muntenx muncbé sur lépaule, une Chauteure ornée. Ses Jongs tevedx trans à
;e vers l'an 662; fondateur des vrier, vers 690. Sa femme fut lger, évêque d'Autun; + le 29
Sainte ODIPN , duc d'Alsace ; + avant l'an 720, Sainte ROSWINDE, de Hohenfles maisons d'Egisheim et de Lorraine. chanoinesse ster; le , Voyez la table suivante.) de Hoheabourg.
LUITFRID de l'ab- Sainte GUNDELINDE, ab- LUITGARDE et SAd'Alsace er Son fils besse de Nidermünster, VINE, nées du se- T vers 73105 FOR vers 720. cond mariage.
LUITFRID | Ha
LEUTARD,[ vers
iva.
GERARD de bars, DUGUES , ADELAIDE, mariée en premiéres noces à Confondateu dans sa jeu- rad Welf, comte d'Auxerre , et frère del'im-
älle de pd» vers 879. pératrice Judith, et en secondes à Robert-le- Fort , duc d'Anjou , tige de la troisième race des rois de France.