‹ Histoire de Saint LégerChapitre 115 sur 179 · Anonym, /Eduens,, n · texte numérisé non relu

Anonym, /Eduens,, n

3 Anonym. Murbac., ibid., no 9.

3 Anonym. Æduens., n° 17. — On a beaucoup déclamé contre ces épreuves des temps barbares; et nos historiens les plus orthodoxes ont crié à l'envi à ls superstition, à l'ignorance, et d'autant plus qu'ils se croyaient plus habiles et plus dévoués défenseurs de la religion de nos pères, Pourtant, à en juger par ce fait-ci, ce n'était point chose si misérable que cette confiance de tout une grande assemblée, rois, princes, évêques, clercs et nobles, moines et petit

Hermenaire et Vindicien , privés de la possession du corps de Léodégar, consolérent leurs églises en élevant et décorant des oratoires nouveaux àl'honneur du saint martyr. Vindicien ne se contenta pas des faveurs royales qu'il avait obtenues pour ses monastères de Saint-Waast, d'Arras et de Saint-Jean de Térouanne. Il alla jusqu'à Rome demander au pape Sergius des priviléges pour son monastère de Saint- Waast, relevé et enrichi à l'occasion de saint Léger. Le martyr de la liberté de l'Eglise lui mérita des immunités considérables, Théodoric conserva jusqu’à la fin un profond regret des fureurs d'Ébroin et une confiance filiale en Leodégar ; à sa mort, il voulut déposer dans le monument expiatoire son tombeau et ses restes mortels , eomme une marque permanente de son repenür.

Hermenaire de son cóté contribua assurément à ces honneurs précoces que nous rencontrons vers ce temps dans la

peuple se mettant en prières, en jeûnes, et attendant avec une f6i ferme . que Dieu manifestát sa volonté, En ceci comme en mille autres occasions, malgré l'outrecuidance de certains bons catholiques, trés-habiles à redresser les torts de Dieu dans le gouvernement des choses d'ici-bas, d'honnétes protestants ne laissent pas de prendre obstinément le vieux cbemin battu de nos pères, et de les trouver raisonnables. Grotius , qui n'était pas des plus mystiques réformés, a déclaré en bons termes que Dien était parfaitement libre d'acquiescer à la foi candide de ces âges vigoureux, et de la préférer aux arguties des procédures civiles et libérales; comme si, selon le méme Grotius, l'innocence avait meilleur compte avec les sortes , les textes d'Évangile, les lettres mises sous la pale de l'autel, voire méme avec l'eau chaude ct le fer rouge , qu'avec les inextricables dédales de l'avocasserie qui dispose de l'honneur et de la fortune des gens, et la publicité scandaleuse de certains procès dont le moindre mal est de flétrir et de stygmatiser bien plus profondément qu'avec le fer brülant des ordalies. Au reste, cet avis impertinent du savant Hollandais, plus d'un protestant a eu l'effronterie de le reproduire et de l'accepter. Cf. Hugo Grotius, Prolegomena ad histor. Gothic. — Conv. Sam. Schurzfleisch, Histor. veter. regni populique Burgondion., Wittemb., 1679, c. 1v, n. 4, n. d, « Sæpe tamen Deus apud populos legum litterarumque rudes permisit ut letus inventus causam innocentis comprobaret, forte quod eo rerum statu non tam malitia quam simplicitate hzc ratio probandi recepta est hanc : in sententiam ivit Hugo Grotius, et preclare graviterque affirmavit illis temporibus Deo simplicitatem pra argutiis placuisse.

cité de Léodégar. On lui décerne un jour de fête, un ôffice propre , et on lui bâtit un oratoire voisin de la basilique de Seint-Symphorien. Les deux martyrs veillaient ensemble aux portes de la cité et la protégeaient.

On se plut à couronner l'oratoire de saint Léger des institütions qui avaient le plus attiré sa sollicitude. Et, dé même qu'il avait établi aux portes de sa cathédrale de Saint-Nazaire quarante clercs chargés du soin des pauvres, Arisbert, son second successeur, attacha à son oratoire une matrieule de quatre clercs, et les dota de trois villas et dé trois mé: tairies de colons avec toutes leurs dépendances; et pour corroboret lexécution de ces dispositions testamentaires, Ansbert eh fit un devoir sacré à sa sœur Sigolena, religieuse du monastère de Sainte-Marie, et lui-riême choisit €ét ora« toire pour y prendre son dernier repos‘.

L'un des monuments les plus signalés de la vénératior d'Hermenaire et de son peuple pour le saint martyr , fut la rédaction méme de sa vie et de ses miracles confiée à un moine de Saint-Symphorien : on lui procura des pièces authentiques sur les derniers moments du saint et les tnérveilles de sa translation ; et une abbesse du Poitou , dont le nom semble la rattacher au nouvel évéque d'Autun , Her: menana envoya pour sa part un procès-verbal de la translation écrit sur les lieux et au milieu de témoins oculaires, Muni de tous ces doctiments, le chroniqueut inconnu, accomplissant les désirs du troupeau et du pasteur, s'acquittá de sa tâche avec une fidélité, une gravité, et parfois une éloquence qui fait de sa biographie l'un des plus précieux nionuments de l'histoire nationale.

Glorifié parmi les nobles Francs pár le chátinient d'Ebroin , à la cour par le repentir de Théodoric , datis l'Église par la vénération, Léodégar a droit encore à l'ovation des

* Anseberti episcopi Æduensis testamentum. D, Mabillon, Annales ord. S. Be. ned, , t. I, Pe 646. |

peuples. Le signal en part du palais. L'abbé de Saint- Meixetit; Audüiplie, énfant, disciple, nourrisson de Léodéghr 8t 56% suetesseut à la tête do la petite Cellule, ést député par Atisóáld pour aller solennellerhent recueillir et triniférèt le corps du int mürtyr.

4H aééorhblit rapidemiendt sa mission. On áccourt de tous les poihts ; hotnmes et femmes , peuples et moines , surtout les isfrities et les pécheurs, tout ce qui a besoin de guéri« sos ët de consolation. Les uns chantaient des psaumes et dés &ntierihes , les autres , guéris ou consolés, exprimaient éveo acclainatios leur reconnaissance, plusieurs versaient dés larmes de joie et de repentir ; entouré de te cortégé, le écrps du saint martyr sortit de la forêt de Saring et s'avaänça à travers les populations pressées. On était au mois de mars', les prémiérs soleils du printemps éelairaient eétte marche triomphale; à chaque pas, les groupes se renouvelaient, des processiohs se sticcédáient sans fin et sortaient des monastères ; des bourgs , des villas, avec les croix , l'encéns et de suaves parfams btülés sous les pas du sát martyr, Oh rencohtra , entre adttes, au Quercy, l'ab besse Herménanh; qui rédipen, sur les dépomtioins immédiates et tontes récentes de témoins oculaires, le récit de la dernière passioh da saint et celui de $8 trañslation. Elle y déclare que les miracles sónt si hombreux qu'ón he peut les énuméror.et qu'à peine un psautier contiendtait senlement edux qu'elle a vus. Le eortóge passa par le diocese de Tours ; l'évéque Robert alla au devant du saint martyr et ld reçut avec son tlergé et la foule de son peuple. Cotime on tta-

! Consummátum est martyrium sancti Leodegarii episcopi sexto nofias oc tobris, ét dedicado ipsius batilieæ tertio kalendas novémbfis; transtattó vero | sancti corporis medio martii mense. ll s'agit ici, il est vrai, de Ja seconde translation de saint Léger de Poitiers à Saint-Maixent. Mts il eit probable qu'on a voulu faire concorder les deux translations; car, en suppttärit l'éfjodue de Ja première , indépendamment du txte ptécité , on arrive sti fnois$ de itisis, ou tout au plus aux premiers d'avril, Boll,, Commentar, prav., n. 282-963,

versait la ville, une femme injustement enchainée invoqua le saint martyr et ses fers se brisèrent ; à Jouy", une pauvre fille aveugle, muette, paralytique, fut complétement guérie. À Soney *, une femme fut délivrée du démon, Dans un bourg nommé Ingrande *, sur les confins des diocèses de Tours et de Poitiers, un boiteux et un paralytique reçurent en méme temps l'usage de leurs pieds et de leurs mains, En entrant au diocèse de Poitiers prés d'une villa inconnue de nos jours, nommée alors Interamnis, l'évéque Ansoald ayant voulu ravitailler toute cette foule qui suivait le saint martyr, le vin se multiplia miraculeusement. Plus loin , au confluent du Clin et de la Vienne, au bourg appelé Sénon *, les flots agités se calmérent subitement , et un aveugle-né recouvra la vue. On revenait aux plus beaux jours de l'Église, aux scénes mémes de l'Évangile. Léodégar passait à travers les peuples, comme son divin maitre, en faisant le bien et guérissant toute langueur.

Le moment le plus solennel de cette longue féte fut celui où l'évêque de Poitiers, Ansoald , avec tout son clergé, son peuple et ses pauvres, reçut le saint martyr à la clarté des flambeaux et des torches, parmi des flots d'encens et les chants réunis de cette foule imménse; la guérison miraculeuse d'une paralytique aux portes de la ville ajouta à lenthousiasme. Le cortége traversa la ville et descendit à la basilique de Sainte-Radegonde, puis à celle de Saint- Hilaire, oà de nouveaux miracles attestérent que le saint était digne de prendre place entre le grand évéque, confesseur héroïque de la foi, et la pieuse reine, martyre de la pénitence (681).

Cependant, pour le recevoir à Saint-Maixent , on élevait . un somptueux édifice , sur des proportions et en des formes

! Gaudiacus , Jouy, Mabill.

? Solnaus , Sauny, ibid.

? Ignorande, Boll,; Igorande , Mabill.; Ingrande. 4 Sagone, -

qui frappèrent l'attention par leur nouveauté hardie ‘ et par leur étonnante grandeur. Le corps du saint martyr fut déposé prés du tombeau de saint Maxence, sous une crypte et dans un magnifique autel éclatant d'or. Ce fut là que les enfants ou les anciens compagnons de Léodégar vinrent le prier avec les peuples qui accouraient de toutes parts. An- soald dédia cette église et présida à la dernière translation du saint. Par ses ordres encore, le moine de Poitiers, Ursin, écrivit une vie de Léodégar qu'un autre moine de Saint- Maixent exprimait avec toutes les ressources de la poésie de son temps (684).

! « Miræ magnitudinis fabricata est domus, cujus fabrice ædifieiam est dissimile omnium basilicarum constructionibus. »Voir plus bas la note sur l'Eglise et le tombeau de saint Léger.

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