‹ Histoire de Saint LégerChapitre 119 sur 179 · ÉGLISE ET CRYPTE DE SAINT MAIXENT, ÉGLISE EF TOMBEAU DE SAINT LÉGER · texte numérisé non relu

ÉGLISE ET CRYPTE DE SAINT MAIXENT, ÉGLISE EF TOMBEAU DE SAINT LÉGER

Saint-Maixent, autrefois appelé Vau-clair, abrité par la forét de l'Hermitain qui a presque entièrement disparu , domine un val peu profond, et couvre une colline brusquement interrompue à l'est par le ravin nommé le Puits-d'Enfer. Deux monuments attirent seuls et méritent d'ailleurs toute l'attention du voyageur : Pabbaye et l'église de Saint- Maixent et l'église de Saint-Léger.

Celle-ci, longtemps abandonnée, en partie démolie, ne s'est rélevée de ses ruines que pour devenir un temple protestant. Elle est enfoncée dans le sol, humide , et privée de ses voûtes par les tempétes révolutionnaires ; le bas cóté gauche conserve geul deux arcades voûtées qui protégeaient un autel de la Sainte-Vierge, où l'on admirait de belles colonnes torses d'une seule pierre, débris d'une maison de capucins ; des religieuses les avaient rachetées des mains des protestants pour en décorer cet autel de la Vierge. Cet autel, celui de Saint-Léger , ces colonnes , les saints et les patrons, tout est sorti de là, quand l'hérésie y est entrée, La prière y avait

eessé depuis cinquante ans, quand nous y cherchions le souvenir de notre saint. Du reste, l'édifice était de récente date , les constructions avaient peu de caractére, quelques lourds piliers carrés poraient le millésime de 1638.

L'abbaye et l'église de Saint-Maixent sont plus remarquables, bien que l'abbaye soit encore de plus fraiche date; elle fut achevée en 1735. Ses vastes cloîtres et ses voûtes épaisses offrent la lourde ordonnance des constructions de la congrégation de Saint-Maur. En '

contraste toutefois avec cette massive solidité, on montre un esca-

dier de 1414 marches , trés-hardiment jeté autour d'un carré vide, «rné d'une belle grille et uniquement appuyé par l'assise et l'entrelacement des marches échelonnées en spirale. Cette abbaye , aprés les longues vicissitudes de la commende, de la réforme et des guerres de religion , servit de prison aux temps de la Terreur, puis 4le palais à l'évéque schismatique des Deux-Sévres , M. Mestadier, et plus tard de dépót de mendicité pour tout le département. Elle devint en 1824 un petit seminaire , et aprés 1830 , un collége ou une institution ecclésiastique soumise au monopole universitaire , qui l'a conduit rapidement à sa décadence.

L'église abbatiale, aujourd'hui paroissiale pour les cinq mille catholiques de Saint-Maixent , est la seconde du diocèse et la plus grande de toutes. Elle a dans œuvre 220 pieds de long , sur 60 de large. La voüte a quatre-vingts pieds d'élévation. Deux rangs de æolonnes espacées et de la plus élégante légèreté supportent ce ibeau pavillon oü se croisent de gracieuses nervures. C'est en général le style roman orné , que M. de Caumont appelle Pitavico-Noramamd. Un phénomène digne d’être consigné dans la mémoire des “archéologues , c'est que plusieurs restaurations , faites au temps de Louis XIV, sont assez bien accordées avec le style de l'édifice ou du qnoins se rattachent nettement au style gothique.

C'est peut-être le dernier essai dans ce genre avant la régénéra- «tion actuelle qui fait tant de bruit. Il se pourrait de méme que la crypte placée sous le chœur de l'église fût aussi dans ses parties les »plus anciennes une premiére ébauche du style gothique. Dés le septième siècle il est question d'édifices religieux bâtis à Rouen sur "un plan nouveau, qui frappait l'attention et que l'on désignait sous le terme de manu gothica , probablement parce que c'était l’œuvre de quelques artistes du midi ou de l'Espagne. Ce gothique du sep-

tième siècle explique les arcades ogivales dites mauresques, ln cintres surbaissés , croisés, coupés en triangle , les ornements, te feaillages, les chapiteaux romans ou gothiques que l'on trouve trèsénergiquement accentués sur les manuscrits du septième et de heitième siècle, dans presque tous les évangélisires les plus anciens, ornés des canons d'Eusèbe. L'édifice bAt par l'ubbé Auduiphe, per honorer saint Léger, frappa l'attention des contemporains par des formes insolites et nouvelles. La crypte qui couvre le toxabeau da saint et dont nous offrons un dessin fidèle, offre quelques traits étranges qui sc rapportent à cette époque. Les colonnes eanatlées sont imitées ou tirées des monuments antiques de Poitiers: les chapiteaux , les entrelaes, les modillons, les chaînes en losange que Yon voit prés des tomheaux sont d'un roman por et érês-pre-

. *oncé.

Il est fácheux que ce dernier débris d'un édifice qu'au septilme siècle on admirait déjà , ait été défiguré par les reconstruetions medernes , par ces arcs étranglés ou surbaissés et ces voûtes plates qui Paffaissent, et surtout par cet autel de très-moderne facture qui masque le tombeau du saint. Les deux statuettes sent : à droite celle de saint Maixent, à gauche celle de saint Léger, tous deux en costume d'évéque ; un reliquaire placé sous les pieds de saint Léger renferme un fragment de ses ossements ; l'ange debout près de lui supporte une petite chásse ovale vitrée qui contient une relique de 2 pouces 172 de long sur 2 lignes d'épaisseur, et 48 de large ; ces statues sont en bois doré.

Derrière cet autel, on aperçoit à droite le tembesu de saint Maixent , et à gauche celui de saint Léger ; tous deux sont vides ; celui-ci seul a une inscription, que nous reproduisons {ei , d'après une transcription prise sur les lieux. M. Babinet, dans son intéres- Sante notice sur saint Léger , pense qu'il faut lire ainsi cette inscription :

HIC QYONDAM REQVIEVIT LEODEGARIVS CVJV8 BROVILVS TENET O08; HIC ECCE LOCVS EMYLVS, HABET ALMI FRATRIS LIBAAS V ET VII vNCIAS.

Le sens serait , continue le méme auteur :

Ici reposa jadis Léger. Ebreules possède aujourd'hui soe. reliques,

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mais ca lieu est encore son émule , et nous avons de notre divin frère cing livres et neuf onces.

D'après l'inspection du monument vu sur les lieux et selon les Indications dues à la doete obligeance de M. l'abbé Cousseau, nous Iisons dans une première ligne un distique complet , dont les premiers mots sont cachés par urie colonne :

eve (QVOSDAM REQUIEVIT LRODEGARIVS ; 0684 TEERT CVIVE DBOVILYS ECCE LOCYS.

Dans la seconde ligne nous lisons distinctement ; TYMYLYS au lieu de EMVLYS ; HABET en toutes lettres ; ALMIFLYVS en un seul mot, à la place des sigles et des additions proposées par M, Babinet. Pour compléter la mesure , il doit y avoir derrière la colonne sex LIBRAS OU TRES LIBRAS. Ainsi nous lirons :

(Hic sanctus) quondam requievit Loodegaries, Ossa. tenet. cujus Brovilus ecce locus :

(Tres libras?) tumulus hic habet almifluus

Et VIII] uncias, © |

Et nous traduirons :

Ici reposa autrefois saint Léodégar ;

Or voici qu’en ce lieu dit Ebreuil sont ses ossements ;

Fécond en bénédictions, ce tombeau en * possède ( trois livres ? ) Et neuf onces.

A cette seule lecture , il est manifeste que l'inscription est postérieure aux translations du saint corps et qu'elle date du retour des moines de Saint-Maixent à leur abbaye, par conséquent du dixiéme siécle.

Le mot almifluus est tout à fait de cette époque. On le trouve dans une vie de saint Hadelein que les Bollandistes placent au dixième siècle, et attribuent au bienheureux Notker '; dans la vie de saint Richar, par Ingelrame , abbé de Saint-Riquier, dela fin du dixième siècle *. Ce mot est de la famille de lucifluus , mellifluus

: Acta SS, Bollaud., iii februar., p. 373.

* Almiflui confessores Christi Richarii, — D. Mab., Acta SS. ord. S. Bened, sæcul. n , ad vitam S, Richarii Prolegom,, n° 3.

manxifluus *, très-communs das les monuments de ce ties, ej que semble affectionner en particulier le moine de Seint-Maixent * qui, selon nous , a composé au huitième ou neuvième siècle la vie métrique de saint Léger que nous publions plus bas. On trouve dans les Acta Sanctorum, au 28 juin, une épithaphe de sainte Théodechilde, de Sens, que les Bollandistes n'hésitent pas à faire remonter au delà du huitiéme siècle , et dontles caractères, la ponetuation, le rhythme se rapprochent étonnamment de noire Inscription : nous la donnons avec sa ponctuation singulière :

HYNC : REGINA : LOCVM : MONACHIS : CONSTRVEIT : AD ? INO : TECHILDIS : REBVS : NOBILITANDO : SVIS :

CVIVS : NYNC : LICET : HOC : CORPYS : CLAVDATUR : IN : ANTEO : SPIRITYS : ASTRIGERO : VIVIT : IN 2 AXE :DEOS IMPLORANS : RECTIS : PASTORIBYS, EVCE :DEATYM ; — — — DET : SAPIENTIBVS ; HINC ? HEV ;. MALE : PM. s DETS.:

Nous devons le dessin de la crypte de Baint-Maikent à Tobligeance de M. l'abbé Cousseau et de MM, les directeurs du. collége de Saint-Maixent. Ce dessin a été reproduit au burin par " R. P. Louis David. | !

* Vita S. Aldegondis, sxc. n Bened., n. 7, 13. — Vita metrica S. Cutberti, ibid,, n° 7, etc.

* Vid. infra , V, pag. 464 sqq. Cet auteur emploie dams le méme sens qu'almiftuus le mot almificus, v, 1121.

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