XXVIII INTRODUCTION
son bras puissant, remue profondément les Gaules et y détermine les évolutions au milieu desquelles nous allons retrouver saint Léger et les évéques, ses contemporains.
Voyez d'abord comme il parle haut et ferme à l'Orient. Dieu l'y a conduit avant son pontificat pour mieux explorer le champ de bataille. L'action engagée, il frappe d'abord tout autour de Byzance; casse une sentence de l'archevéque de Larissa! , soustrait à sa juridiction l'évéque de Thébes ; excommunie Jean de Prima Justiniana ?, puis le replace sur son siége , malgré sa vieillesse devenue onéreuse ?; maintient Némésien à Dioclée; chasse Maxime de Salone, malgré les légions impériales*; absout, aux portes de Constantinople, un prêtre de Chalcédoine, condamné au tribunal du patriarche"; accueille du fond de l'Isaurie la plainte d'un moine, outragé par un clerc de Sainte-Sophie *. Enfin il prend à parti Jean-le-Jeüneur, s'éléve contre son titre arrogant de patriarche œcuménique, et abandonne à la risée ce fastueux jeûneur, « qui macère ses os et gonfle « son esprit, couvre son corps de haillons et monte « en son cœur sur la pourpre , couche sur la cendre et « plane dans les hauteurs ; humble docteur qui ensei- « gne la superbe , face de mouton qui cache des dents « de loup *. » Mal accueilli de Maurice, il en appelle au jugement de Dieu : Jean-le-Jeüneur, dans l'année méme, eut à rendre compte de l'initiative d'un grand
! Ep., in, 67.
* Ep., un, 7T.
3 Ep., 1v, 20, 41; vi, 27, 29; 1x, 80,81.
4 Ep., mi, 45. .
5 Ep., 1x, 59; ur, 535 1v, 32; v1, 14, 66; vir. 34. 9 Ep., v, 12, 18, 20,43; vi, 60; vit , 21; vin , 30. 7 Ep., v, 20, 21.
INTROBUCTION. XXIX schisme (595). Peu après, Maurice périt misérablement ; tout l'empire grec sembla fléchir sous le poids de ces prophétiques paroles du pontife : « Vous aiguisez contre la république le glaive des Barbares !! »
Grégoire n'en régne pas moins en pére sur l'Orient : ses aumónes pénétrent jusqu'au Sinai; ses consolations visitent des évéques lointains; sa vigilance étouffe à Alexandrie, à Thessalonique des hérésies renaissantes; ses encouragements favorisent des tematives pour la conversion des Perses; ses lettres répondent à des consultations familiéres venues des vallées du Caucase. C'était surtout cette Église d'Orient qui lui semblait « une barque vieille et vermoulue, suspendue sur l'a- « bime, craquant comme à l'heure du naufrage?; » son infatigable prévoyance n'épargne rien pour la sauver.
Il renouvelle en méme temps la face de l'Occident.
En Italie, il réforme toute la hiérarchie sacerdotale; il termine le schisme d'Aquilée; il convertit les Lombards; il évangélise les Barbariciens, tribu africaine reléguée par les Vandales dans les rochers de la Corse et de la Sardaigne 5.
De l'Occitanie lui vient, ainsi qu'un parfum, selon son expression, la bonne nouvelle du retour à l'unité de Recaréde et des Visigoths, convertis par ses légats, l'abbé Cyriaque et le vénérable saint Léandre de Séville, qui célébra cette conquéte, au milieu du troisiéme concile de Tolède, avec une magnificence de langage digne des plus beaux siècles *.
| Epist., v, 20.
? Epist., 1, 4.
3 Procop., de bello Vandal., lib. n. — Greg. ep., 11, 25, 27.
4 Ep., 1x, 20. — Nicol. Bibl. vet, hisp., t. 1, lib. vv, Conc. hispanic,