‹ Histoire de Saint LégerChapitre 31 sur 179 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

nous pouvons inventorier du patrimoine de Saint-Pierre à eette époque , il serà manifeste que la liste civile de Grégoire-le-Grand l'emporte sur celle de son dernier ‘successeur. Même en parlant à l'empereur, il défend Rotmne comme un héritage ! et appelle l'Italie sa terre ; tt préfet indépendant du prétoire , 1! amende une loi impériale qui ferme les monastéres aux soldats?; il pos- #ède en propre Naples, Otrante, Gallipolis, Neposinm, en Etrurie le territoire de Sabine. Il envoie des juges, des adtninistrateurs temporels, des préposés militaires dans la Sicile, la Calabre, la Pouille, la Campanie, l'exarchat de Ravenne, la Dalmatie , l'Illyrie, la Sardai- £ne , l’île de Corse, la Ligurie , les Alpes cottiennes. Il a de vastes patrimoines en Afrique et jusques dans l'Asie ; il possède dans les Gaules tout un Etat , gouverné par un patrice 5, ll suffit du reste de mesurer ses trésors à ses royales largesses : ses aumónes coulent à flots dans Rome !, et s'étendent au loin sur les contrées voisines,

* Rp., v, 40.

* Baron., ad ann, 593, xxi-Xxvi, — De Marca, «de Conc, imp., lib. n, c. 2.

$ Caj. Cenni, Monumenta Domination. pontific., t. V. — Esame di diplomi li Ludev. pio, — Opp. S. Greg., vita 5, Pape, t, XVI, edit. Venet. Joh. Diac., lib. 11, 53. Les Bénédictins de Saiut-Maur, éditeurs de saint Grégoire, proposent de faire remonter à Constantin l'origine de la plupart de ces possessions, M eerait possible d'aller plus haut encore et de trouver méme des donations d'empereurs paiens.

4 Chaque année il distribue quatre fois les pensions des clercs et y ajoute de riches présents, en or, en argent, en vétements ; chaque mois, aux kalendes, il distribue à ses pauvres du blé, du vin, des fromages, des légumes, des salaisons , des poissons, de l'huile, des parfums méme, et quelques objets bécieux destinés aux premiers de la ville et offerts en présents ou en secours avec la plus délicate prudence. Chaque jour, il donne à trois mille religieuses eut subsistance et 15 livres d'or pour des repas publics dont elles ont le soin ; Chaque jour, par ses ordres, des voitures parcourent les rues et les quartiers pout porter des secours aux malades, aux pauvres honteux, Il se plaint des nobles familles qui lui envient le mérite de les secourir. On conservait deux siècles plus tard un volumineux catalogue des pauvres qui participaient à ses

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dans les villes maritimes, par delà les mers, jusqu'à Jé. rusalem , où il fonde une hôtellerie publique ; jusqu'au mont Sinaï, dont les moines sont, durant son règne, nourris et vétus par lui. Plusieurs fois il approvisionne Rome entiére affamée, et il lui reste encore assez pour racheter des trodpes de captifs, repeupler des villes entières , relever et embellir les basiliques romaines. Il y a plus : Grégoire a ses gardes pontificales et son armée; il distribue les postes pour la sûreté de Rome ; il fournit de garnisons les villes voisines, il a sous sa main de quoi écraser' les Lombards : dans un moment d'impatience contre l'impéritie impériale , il écrit : « Dites à « vos sérénissimes maîtres que si, moi, leur serviteur, « je voulais ine méler de la mort des Lombards, au- « jourd'hui la race lombarde, en proie à l'anarchie, « n'aurait ni rois, ni ducs, ni comtes. Mais je crains « Dieu; je tremble de tremper dans la mort d'un seul « homme'.»

Enfin , cette humble toute-puissance est l'arbitre pacifique et supréme entre les peuples et les chefs des peuples. En 502, Grégoire clôt vingt-sept années de brigandage par un traité avec les Lombards. En 595 et 596, il intervient entre Ataulphe et Maurice ; en 598, nouvelle tréve; en 599 , 601, 603, nouvelles interventions entre les Esclavons, les Lombards, les Grecs et la malheureuse Italie ; il se fait l'éloquent ambassadeur

largesses. Sa table était celle de tout le monde , et son église de Latran, un grenier public. Rien n'échappait aux regards très-lumineux du bienfaisant Argus , comme parle son biographe : € Qualiter velut Argus quidam luminosissimus , per totius mundi latitudinem suc pastoralis sollicitudinis oculos circuntulerit , non abs re forsitan duxerim perstringendum, » Joh. Diac., lib. n, c. 24,28, 52, 56, 57, 99.

* Ep., vu,1,2, 5, 20.

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de Rome devant Phocas , et s'il descend à la louange officielle envers l'assassin de Maurice, souvenons-nous de Priam aux pieds d'Achille.La papauté est la tutrice et la suzeraine des peuples opprimés ; le septiéme siécle le croit, la France le reconnaít. Partie du palais de Bourgogne , une solennelle ambassade dépose aux pieds de Grégoire l'hommage de Brunebaut et de Théodoric , et provoque sa médiation entre l'empereur, les Francs et la république romaine. Burgoald et Varmaricard , députés burgondes, présentent le formulaire des priviléges de saint Andoche d'Autun , où se lit ce premier article de la charte du moyen âge : « Quiconque, roi, « évéque, juge ou séculier, connaissant cette constitu- « tion que nous avons écrite, osera y contrevenir, perdra « toute dignité de puissance et d'honneur. »

Telle est la papauté au septiéme siécle; tel est Grégoire-le-Grand, sa plus haute personnification , nonseulement le chef, mais l'esprit vivifiant du monde et de l'Eglise?. Sa grande image resta au Patriarchium de Latran, comme le perpétuel modéle de ses successeurs. . Son Pastoral donna la forme et la vie à tout le corps hiérarchique ; ses Morales popularisèrent les secrets de l'ascétisme et les traditions les plus élevées de l'allégorie : biblique. L'agiographie eut son type en ses Dialogues, candides causeries d'une grande áme qui bégaie pour élever les simples à la science des saints. Son Sacramentaire, seslecons et les disciples formés à son école ont fixé le chant, la langue et les formes dramatiques de la liturgie, l'évangile figuré du peuple. Ses Épitres promul-

| Ep. xii, 5. Aimoin, lib. iv, c. i.

* F. Von Kerz, Fortsatzung der geschichte der Religion Jesu, von Stolberg, t, XX, p. 381.

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guèrent partout les devoirs quotidiens des clercs, des moines, des prélats, toute la législation usuelle de l'Église. |

Les fortes traces de ses pas marquent l'invariable sentier de ses successeurs. Quels que soient leurs noms, leur origine, leurs précédents , la pensée est la même; les apocrisiaires de Constantinople Sabinien et Boniface , le sous-diacre romain Deus-Dedit , Théodore de Jérusalem , Conon de la Thrace , Jean le Dalmate , les deux Syriens Jean V et Sergius, les deux Grecs Jean VI et Jean VII , créatures impériales, le grand thaumaturge Agathon, et saint Martin, l'indomptable martyr, tous menés par une invisible main, s'en vont en la méme voie, planant sur les deux mondes avec une méme sollicitude , avec une égale majesté.

L'Occident surtout se serre autour de Rome qui, toujours reine , remonte sur le tróne. L'Italie oublie By- 2auce. Le schisme de Ravenne et d'Aquilée finit sans retour. Venise , la fille aînée des papes , sort des eaux, bénie par leur main prophétique , qui ouvre son avenir. Partout le paganisme s'efface en ses derniers vestiges ; le Panthéon, consacré à la Vierge-Mére et aux Martyrs, proclame l'éternelle chute des dieux.

Les montagnes et les mers s'aplanissent sous les pas des nombreux voyageurs qui n'entrent point dans la ville sainte , fussent-ils Grecs, et soudoyés pour persécuter le vicaire du pécheur, sans se reconnattre obligés d'aller adorer l'oint du Seigneur !. L'église anglo-saxonne surtout vénére avec un filial amour la papauté qui l'a créée; ses rois par troupes se pressent aux limina des

4 Baron, 4nnal. eccles,, ad ann. 650 , xui,

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