INTRODUCTION
A une époque où des évêques, des clercs et des moines fondaient la monarchie francaise, la ville d'Autun eut un saint pontife, moine et martyr, digne d’être moins oublié. Élevé au palais mérovingien, clerc et archidiacre à Poitiers, moine à Luxeuil et abbé de Saint- Maixent, propagateur et panégyriste de la Règle de saint Benoît, conseiller et ministre sous quatre rois, évêque d'une cité encore renommée, et, à ce titre, puissant en Bourgogne; lié de prés aux Pepins et aux plus illustres Austrasiens ; de plus, selon l'un deses biographes, maire on chef du palais de Neustrie, saint Léger ou Léodégar, par cetteuniversalité d'action, exerca une vaste influence. Autour de lui et au loin, on sent comme une vertu s'échapper de ses lèvres et de ses yeux mutilés, de ses ossements dispersés et du sang fécond de sa famille. Son frére Warein meurt à côté de lui, martyr; sa mère monte avec lui au ciel et sur les autels !; sa famille est neuf fois nommée parmi les saints en trois générations ?; elle compte en un siècle cinq évêques et quatorze moines. Par elle, les Vosges, l'Alsace, les bords du Rhin, se couvrent de
' Sainte Sigrade.
? Aux précédents ajoutez la patronne de l'Alsace, sainte Odile; sainte Roswinde, sa sœur ; sainte Hunna, sa parente ; ses trois nièces, sainte Eugénie,
Il INTRODUCTION.
monastères. Le patronage de saint Léger s'étend sur la France et au delà : tout un canton suisse, la catholique Lucerne, conserve son vocable dans ses églises, son effigie sur ses monnaies, toute sa Passion dans les curieuses peintures de ses Kappel-Brücke. Longtemps sa famille est féconde en saints et en héros. Gérard de Roussillon et les Welfes lui appartiennent ; un petit-fils de Charlemagne se fait gloire d'en descendre ; ses rameaux s'étendent au loin dans les maisons de Lorraine, de Bourgogne, de France, et jusque sur le trône de Constantinople et la chaire de saint Pierre !. Avant de s'épuiser, elle donne à l'Église saint Léon IX, le précurseur de saint Grégoire VII ; à l'ordre monastique, saint Norbert, fondateur des Prémontrés; et à l'Empire, ce Rodolphe de Habsbourg, qui au jour de son sacre ne retrouvant plus l'épée de Charlemagne, prit la croix, disant : Voilà mon sceptre!
Ainsi cette vie, oubliée et consumée dans l'ombre, se lie à un vaste ensembie. Cet holocauste d'un martyr et d'un pontife est une offrande donnée au ciel , sur le berceau de nos Francs, sinon en échange de leurs destinées, sinon en gage de leur avenir, au moins en expiation de leurs premiéres iniquités.
sainte Attale, sainte Gundelinde, et plusieurs autres membres de cette illustre faille, qui auront une place dans l'histoire de saint Léger.
: * Cette généalogie n'est point amplifiée à plaisir, comme on peut s'en assnrer par les importants travaux exécutés sur ce sujet. Voyez Georg. Eckhard, Orig. Habsburgo-austriace , lib. 1. — D. Hergott., Genealogia. Diplom, aug. gentis Habsburg. antiquit. — Hieronym. Viguier, Véritable origine des maisons d'Alsace, de Lorraine et d'Autriche, traduit en latin, annoté et publié par J.-J. Chifflet, sous ce titre : Stemma Austriacum, — David. Blondell. Genealog. Francisc. plenior assertio, t. 1. — Schoepflin, Alsatia illustr., t. 1. Idem,
Hist. Zaringobadensis. — Grand-Didier, Hist, de l'Egl. de Strasbourg, 1. 1. —
Baron de Zurlauben, Tablettes généalogiques, — Le P. Laguille, Hist. de l'Alsace, t, 1.
INTRODUCTION. IIT
« Car un martyr qui meurt, ce n'est pas seulement pour lui qu'il souffre, c'est aussi pour ses concitoyens: Pour lui, sa mort est récompense; pour eux, c'est un exemple : pour lui, c'est le repos; pour eax, le salut? Et par cet exemple, nous apprenons à croire au Christ ; nous apprenons à acheter par les opprobres la vie éter» nelle ; nous apprenons à ne craindre pas la mort !.» :
Léodégar, « ce martyr nouveau en temps chrétien, cet homme céleste que le monde vieilli ne put suppor« ter?, » « ce martyr de la liberté publique 5, » « cet: ange tutélaire dont tout le royaume des Francs, par une dévotion spéciale, reconnut le puissant patro-« nage *, » n'a point encore trouvé, même en sa patrie, justice et reconnaissance. Longtemps ses ossements errérent devant les Normands, portés de contrée en contrée sur les épaules de quelques moines. Et maintenant, tandis qu'une cité étrangére solennise sa mémoire, totjours exilé lui-même parmi nous, son tombeau est vide, sa légende oubliée, ses églises profanées, ses fêtes abolies, sa mémoire flétrie d'accusations injustes. Des sectaires l'ont respectée, des catholiques francais l'ont violée. Le blàme est descendu des chaires publi-
! Martyr enim cm patitur, non sibi tantum patitur, sed et civibus : sibi enim patitur ad premium, civibus ad exemplum; sibi patitur ad requiea, civibus ad salutem, Exemplo enim horum didicimus Christo credere, didicimus contumeliis vitam æternam quærere, mortem didicimus non timere. 8, Masimas Teurin., hom. 31, nova edit. Rom,
* Anonym. Æduens., Pita S. Leodegar. Virilitatem enim celestis civis senes-
cens mundus, gravatus vitiis, non valuit sustinere, D. Bouquet, Hist. Franc.,
t. HI, p. 614.
3 Mézeray, Hist. de Franee, t. I, p. 204, édit, du gouvernement. € .., De sorte qu'on peut nommer à bon droit le saiat prélat le véritable wartyr de le liberté publique. »
4 Bucelin, Menolog. Benedict., 9 octobr. Tanti sibi tuteleris patrocinium demereti uaiversum Galliarum regnum præcipua devotione perpetuo adlaberavit.